Baillarger, Des hallucinations
CH. I. NATURE ET RÉDUCTEURS DE LIMAGE 89
deux moments sont distincts : au premier moment, elle semble extérieure, située à telle distance de nous quand il s'agit d'un son ou d'un objet visible, située dans notre palais, notre nez, nos membres quand il s'agit d'une sensation d'odeur, de saveur, de douleur ou de plaisir local. « Les actes de conception et d'imagination *, dit très-bien Dugald Stewart, sont toujours accompagnés d'une croyance (au moins momentanée) à l'existence réelle de l'objet qui les occupe... Il y a très-peu d'hommes qui puissent regarder en bas du haut d'une tour très-élevée sans éprouver un sentiment de crainte. Et cependant leur raison les convainc qu'ils ne courent pas plus de risque que s'ils étaient à terre sur leurs pieds. » En effet, quand le regard plonge tout d'un coup jusqu'au sol, nous nous imaginons subitement transportés et précipités jusqu'en bas, et cette seule image nous glace, parce que, pour un instant imperceptible, elle est croyance ; nous nous rejetons instinctivement en arrière, comme si nous nous sentions tomber en effet. Il faut donc admettre « que les objets imaginaires, lorsqu'ils absorbent l'attention, produisent, pendant ce tempslà, la persuasion de leur existence réelle ». C'est pourquoi les personnes qui ont des images très-vives emploient, pour les exprimer, les mêmes mots que pour désigner les sensations elles-mêmes, et, pendant quelques secondes, prennent leurs images pour des sensations. « J'entendis une fois, dit Lieber, un prédicateur, homme de couleur, décrire les tourments de l'enfer. Avec une certaine éloquence, il passait de la description d'une torture à celle d'une autre ; à la