Bain, Sensés and intellecl
«grande distance.... Celle que nous éprouvons (c quand notre œil passe d'une inclinaison de « trente degrés à une inclinaison de dix degrés, ff est associée à l'idée d'un mouvement déter- « miné du bras qui porterait la main à huit « pouces et demi. » De cette façon, les sensations musculaires de l'œil deviennent pour nous des signes évocateurs dont chacun, en se produisant, peut faire surgir avec lui l'image de tel mouvement musculaire des membres , en d'autres termes l'idée précise de telle distance mesurée dans telle direction.
A ces auxiliaires ajoutez-en d'autres, je veux dire les sensations musculaires du col et de tout le corps qui se tourne, se courbe, se renverse, pour aider la rétine à recevoir l'image lumineuse distincte ; ce sont là autant de signes complémentaires qui, joints aux premiers, achèvent de déterminer la direction de Tobjet, par l'association qu'ils ont contractée avec l'image de tel mouvement des membres exécuté dans tel ou tel sens. — Le lecteur voit maintenant comment l'œil peut percevoir la figure d'un corps. La figure visible d'un corps n'est qu'une double série de sensations optiques, les unes rétiniennes, les autres musculaires, toutes deux parallèles , continues, et éprouvées lorsque l'œil suit le contour et parcourt la surface éclairée du corps. L'expé-
rience associe à cette double série de sensations, une série d'images, à savoir, les images des sensations musculaires et tactilesque la main éprouverait en suivant le contour et en palpant la surface des corps. — D'autres expériences nous apprennent que, selon la distance, la double série optique subi tune altération régulière, sans que l'autre soit altérée ; ce que nous exprimons en disant que le même objet tangible passe régulièrement, selon la distance, par une infinité d'apparences visibles; d'où il arrive que, lorsque nous le voyons à telle distance, la file de ses autres apparences visibles est prête à ressusciter en nous et stationne à l'arrière-garde dans notre esprit. — Je laisse le reste aux traités d'optique et de physiologie * ; c'est là qu'on trouvera l'énumération et l'explication de tous les jugements et de toutes les erreurs de l'œil. Ils sont l'objet d'une science entière, mais ils se ramènent tous au même principe. « Par « l'expérience, dit Helmholtz^^ nous pouvons évi- « demment apprendre quelles autres sensations « de la vue ou des autres sens un objet que « nous voyons excitera en nous, si nous portons « en avant nos yeux ou notre corps, si nous « regardons cet objet de différents côtés, si nous
1. Voir l'admirable livre de Helmholtz , surtout la troisième partie, Die Lehre von den Gesichts-Wahrnehmungen.