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« le palpons, etc. Le concept de toutes ces sen- « salions possibles agglutinées en un tout est « notre représentation du corps; et, quand il « est soutenu par des sensations actuelles, il « est ce que nous appelons la perception du « corps.... Il embrasse tous les groupes distincts « possibles de sensations que ce corps regardé, « touché , expérimenté de divers côtés , peut « éveiller en nous ; c'est là son contenu réel et (( effectif; il n'en a pas d'autre, et ce contenu « peut indubitablement être acquis par Texpé- « rience. La seule activité psychique qui soit o requise à cet effet, c'est l'association régulière « et renaissante de deux représentations qui au- « paravant ont déjà été liées ensemble, associa- « tion d'autant plus solide et plus contraignante « que les deux représentations ont reparu ence semble un plus grand nombre de fois. )>
D'après cela , on comprend en quoi consiste notre atlas visuel. — H y a une table carrée d'acajou à trois pas de moi, sur la droite. Je tourne les yeux, et, par ma rétine, j'ai la sensation d'une certaine tache brune un peu luisante ; grâce à l'accommodation du cristallin et à la contraction des muscles moteurs de l'œil, j'ai en même temps une certaine sensation musculaire, qui, par une correspondance acquise, éveille en moi l'image de trois pas accomplis sur la droite.
— Mes yeux suivent le contour de la table, en d'autres termes ma rétine éprouve tour à tour une série continue d'impressions, à mesure que les rayons lumineux partis des bords de la table viennent frapper tour à tour son centre jaune ; or, pendant ce temps-là, l'accommodation et la contraction des muscles de Foeil me donnent une série parallèle et continue de sensations musculaires qui, par une correspondance acquise, réveillent en moi l'image des sensations tactiles et musculaires qu'éprouverait ma main en cheminant d'angle en angle le long du contour. — Remarquons le caractère de ces images réveillées. Si mon regard a été rapide , elles ne sont pas expresses; elles restent à l'état naissant ; je suis obligé de prolonger mon regard pour les évoquer précises et complètes, pour imaginer les sensations musculaires de mes trois pas, les sensations musculaires et tactiles de ma main promenée sur le bord de la table. Je n'arrive là qu'en insistant, en me demandant tout bas ce que f entends par cette distance et par cette forme. Même en insistant, je n'imagine d'abord que la première des emjambées, la sensation que donnerait à ma main le premier angle ; ces deux images servent de type pour les autres. En somme, mon opération est la même que lorsque, dans une phrase écrite, je lis le mot arbre; si la
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lecture est rapide, je Feiitends simplement; il 'n'évoque point en moi d'images expresses ; il me faut peser dessus, réfléchir, pour faire apparaître l'image d'un bouleau, d'un pommier ou de quel- (]ue autre arbre; encore sera-t-elle bien vague, bien mutilée; tout au plus entre verrai-je quelques linéaments d'une forme colorée, l'esquisse effacée d'un dôme ou d'une pyramide verte; c'est par une forte et longue insistance que je ferai surgir en moi des images d'arbres assez nettes et assez nombreuses pour équivaloir au mot générique qui les résume et les désigne tous. — Ainsi nos sensations optiques sont des signes comme nos mots. Comme chaque mot, chaque sensation rétinienne et musculaire de l'œil a son groupe d'images associées ; elle représente ce groupe ; elle le remplace et le signifie; en d'autres termes, elle lui est toujours associée et n'est jamais associée qu'à lui, en sorte qu'elle lui équivaut pour l'usage et la pratique. En effet quand elle naît, il e«t à portée^ sur le point de renaître. Ou'on lui donne un peu de temps, il renaît en partie. Qu'on lui donne un temps suffisant, il renaît tout entier. Il fait cortège à la «sensation ; mais le plus souvent, comme les opérations sont rapides, il reste sur rarrière-plan;elle seule est en scène. Comme elle n'y est qu'un instant et que le cortège a besoin d'un délai pour défiler, il demeure dans
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les coulisses. — Ces coulisses, nou^ les connaissons'. Le lecteur les a vues quand nous avons montré la persistance sourde des images, leur vie latente, leur état rudimentaire, l'effacement qu'elles subissent et la survivance qu'elles conservent, souvent pendant des années entières, jusqu'à ce que la vibration indistincte, qui ne se perpétuait que dans quelques cellules des hémisphères, reçoive d'une circonstance imprévue un ascendant universel et se propage tout d'un coup à travers la majorité des cordes de l'instrument cérébral. Pour mieux comprendre leur effacement et le rôle qu'en cet état elles jouent encore, considérons des distances plus grandes, et^en général, le procédé par lequel nous évaluons les distances. — Sur une carte géographique nous regardons le myriamètre tracé au bas, et, prenant ce myriamètre au bout d'un compas, nous marchons sur la carte, mesurant de cette façon si Paris est plus loin de Bourges que de Tours ou de Dunkerque. — Au premier pas de l'opération, nous avons évalué le myriamètre en sensations musculaires; il équivaut à telle promenade que nous avons coutume de faire, à douze mille pas, à deux heures de marche. Mais, aussitôt après, nous avons oublié la signification musculaire que nous