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profit pour l’industrie ; ce sont les paysans, dit-on, qui profiteront de la facilité du crédit pour emprunter à gros intérêt et acheter de la terre rapportant moins que les intérêts à payer, ce qui les ruinera à bref délai : et on fait l’effrayante prédiction du relour de cette usure qui fut la plaie de la société romaine, et qu’on a vu reparaître en France pendant la Révolution.
Nous verrons dans notre étude historique, qu'il faut chercher dans l’organisation de la société romaine dans sa politique aggressive, la cause de l’usure à Rome : que si l'usure fut si terrible, ce ne fut pas faute de lois répressives : mais ces lois impuissantes sur les causes de l’usure devaient resier sans effet : ajoutons que les rigueurs barbares déployés contre les débiteurs insolvables suffisent à expliquer les luttes, qui périodiquement ensanglantaient le forum.
En France au lendemain d’une révolution qui venait de bouleverser les fortunes, de longues guerres qui avaient absorbé d'énormes capitaux, les capitalistes pouvaient être en mesure de faire Ja loi aux emprunteurs. Peut-on comparer celte situation à la situation actuelle : les chiffres toujours croissants des dépôts à la Caisse d'épargne ne montrent-ils les progrès incessants de l'épargne, l’abondance des capitaux ?
On redoute que le paysan n’emprunte à des taux exagérés pour acheter de la terre : la passion qu'il avait autrefois pour la possession de la terre se comprenait quand les valeurs mobilières étaient rares ou du moins peu connues
dans les campagnes : la terre apparaissait comme la valeur par excellence, presque comme la seule valeur.
Aujourd’hui la crise que font souffrir à l’agriculture une succession de mauvaises récoltes et la concurrence étrangère, de plus en plus difficile à soutenir, sont de nature à tempérer l’enthousiasme des paysans. En même temps que la faveur attachée à la terre tend à disparaître, la fortune mobilière s’accroit sans cesse, comprenant des valeurs de tout repos et qui inspirent une légitime confiance, à la campagne comme à la ville.
On sait combien le Crédit foncier a peu répondu aux espérances fondées sur lui. Le but de sa création était d'amener le capital aux campagnes : au contraire, tandis que ses prêts sont faits presqu’exclusivement aux habitants des villes, le plus grand nombre de ses obligations est souscrit par les campagnes. N'est-ce pas la preuve que le paysan place son épargne en valeurs mobilières plutôt qu’en terres, et peut-on craindre qu’il emprunte pour acheter de la terre, quand il n’y emploie pas ses épargnes ?
Il ne faut accepter que sous bénéfice d'inventaire, cette légende du paysan naïf, qui ne songe qu'à posséder de la terre, sacrifiant à cette manie, ses intérêts les plus évidents. Il y a une chose à laquelle le paysan français tient au moins autant qu’à la terre, c’est l’argent, et il est assez fin pour discerner son véritable intérêt. Si l'inconvénient qu’on redoute se produit encore, c’est un mal trop peu général pour être pris en considération, et qui tendra à disparaître avec le temps, à mesure que se répandra l'instruction.