‹ De l'intervention chirurgicale chez les diabétiquesChapitre 15 sur 25 · OBSERVATION XXXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXV

Phlegmon gangreneux du pied gauche chez un diabé-

tique. — Larges incisions. — Cautérisation au fer rouge. — Drains antiseptiques — Guérison.

(Observation communiquée par M. le professeur Poncet. Inédite).

M. de B..., âgé de cinquante-quatre ans, est un homme fort, vigoureux, et dont l’état général laisse à désirer depuis deux où trois ans. A la suite de chagrins violents, il a présenté à diverses reprises des troubles gastro-intestinaux, des malaises divers.

- L'examen des urines pratiqué il y a quelques mois et ces jours derniers, donne 40 à 50 grammes de sucre dans les 24 heures.

Il y a un mois environ, à la suite d’une marche forcée, un durillon qui existait au niveau des articulations métatarso- phalangiennes des troisième et quatrième orteils, s’enflamma. M. de B., garda pendant quelques jours le repos, et, sous l'influence de, l’immobilisation, de pansements propres et du traitement général antidiabétique, l’état local s’améliora.

Il ya cinq jours, à la suite de tentatives d’excision du cor avec un canif et de l’irritation produite par la marche, se produisirent des accidents phlegmoneux graves.

Appelé auprès du malade le 1% novembre 1891 par le docteur Aribaud de Combrieux, M. Poncet, constata un phlegmon gangreneux d'origine plantaire s'étendant par les plis interdigitaux sur la face dorsale du pied jusqu’à sa partie moyenne; un pus sanieux, chargé de détritus sphacèlés, s’écoulait par la pression au niveau de petites plaques gangrènées (anesthésie à peu près complète de tous les tissus enflammés),

M. Poncet pratiqua immédiatement de larges incisions, soit sur la face plantaire, soit sur la face dorsale, incisions dépassant,

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comme il le conseille, les limites des tissus envahis et dans des dimensions telles, que les produits septiques puissent aisément s’éliminer. Il promena ensuite le fer rouge dans les incisions qu'avait faites le bistouri, Le malade fut pansé antiseptiquement, et, dès le lendemain, il fut soumis à des bains locaux antiseptiques. Le pied était placé toutes les cinq heures dans un bain d’eau bouillie additionnée d’une solution de sublimé à 1/1000; puis, ces bains antiseptiques, qui étaient remplacés dans l'intervalle par des compresses trempées dans le sublimé et appliquées sur la plaie, furent employés pendant quatre jours, c'est-à-dire pendant tout le temps que la plaie mit à se déterger. L'opération avait été pratiquée le 1% novembre, le 5 novembre M. Poncet trouvait la plaie entière granuleuse, complètement débarrassée des produits sphacèlés, et, à partir de ce moment, la cicatrisation suivit sa marche normale.

OBsERVATION XXXVI

Phlegmon sous-cutané de la paume de la main et de l’avant-bras droits chez une diabétique. Larges incisions. Bains antiseptiques. Drainage. Guérison.

(Observation communiquée par M. le professeur Poncet. Inédite).

Mme F..., âgée de soixante-huit ans est envoyée le 30 mai 4891 à M. Poncet par M. le docteur Ducros de Saint-Gengoux-le- National (Saône-et-Loire) pour un phlegmon de la paume de la main. Le début des accidents remonte à huit jours. La malade s'était piqué le bord interne de la main avec la pointe d’un clou. On constate les signes d’un phlegmon sous-cutané de la paume de la main dont le point de départ et le siège maximum répondent à l’éminence hypothénar. Il existe un gonflement notable du côté de la face dorsale et la tuméfaction inflammatoire remonte, du côté du poignet, à la face palmaire, D’après les renseignements communiqués par son médecin, M F.., est depuis longtemps

PSE 40 =

diabétique. L'analyse de ses urines pratiquée ces jours derniers donne le chiffre de 40 grammes de sucre par litre.

Le jour de son arrivée, la malade prit, à quelques heures d’intervalle, deux bains de sublimé tiède,

Le 31 mai, opération : larges incisions sur la face palmaire, drainage. On continue les bains de sublimé d’une durée.de 30 minutes et renouvelés toutes les quatre heures. Dans l'intervalle, la plaie est entourée de compresses de gaze trempées dans une solution de sublimé.

Le lendemain et-jours suivants, amélioration notable; la plaie se déterge et, le 9 juin, on supprime les bains et les pansements humides pour un pansement antiseptique sec.

11 juin: la malade a mal dormi la nuit précédente, elle se plaint de quelques douleurs dans le voisinage de la plaie. Le pansement est renouvelé, et M. Poncet constate une fusée purulente souscutanée remontant du côté de l’avant-bras. Nouvelle incision de 3 à 4 centimètres jusqu'aux limites du décollement. Drainage. Nouveaux bains antiseptiques.

Sous l'influence de ce traitement l’état local s’'amenda, et, de nouveau, on fit un pansement antiseptique à demeure.

Le 19 juin, malaises, douleurs du côté de la plaie dus encore à un décollement de la peau par la suppuration. Nouvelle incision dépassant les limites des tissus enflammés. Bains antiseptiques. De nouveau, cédation des phénomènes inflammatoires, et, à partir de ce moment, la plaie, devenue granuleuse, entre en voie d’épidermisation.

La malade quittait la maison de santé le 7 juillet suivant, complètement guérie.

A la date du 26 juillet 1891, son médecin écrivait à M. Poncet que la plaie était complètement cicatrisée, que l’état général de la malade était des plus satisfaisants, mais que, depuis quelques jours, elle se plaignait des démangeaisons les plus vives du côté de la vulve, produites par un eczéma. À cette date, l'analyse des urines donnait le chiffre de 45 grammes de sucre par litre, alors que la quantité d'urine émise dans les 24 heures était de 3 litres et demi.

Vers la même époque, d’après les renseignements toujours fournis par son médecin, M F..., présenta, sur la jambe gauche, à 5 centimètres au-dessous de la rotule une petite plaque noirâtre de sphacèle, mesurant 3 centimètres de longueur et pré-

Sentant à son centre une phlyctène. L’escarre fut incisée par le

médecin, suivant les conseils de M. Poncet. Des bains, des compresses de sublimé furent également utilisés, et, quelque temps après, la malade était guérie de ce nouvel accident, dans la pathogénie duquel son diabéte devait certainement intervenir.

Le 19 novembre 1891, M. le D' Ducros, avait l'obligeance de nous donner les renseignements suivants sur l’état actuel de M°e F..., MF. ,est dans un état très satisfaisant. Elle se porte bien mieux qu'avant l'opération, L'analyse des urines pratiquée dans les quinze premiers jours du mois de novembre 1891, dénote une quantité de sucre variant entre 19 et 25 grammes par litre. M°°F...,a, du reste, toujours suivi, avant comme après l’opération, le traitement général qui lui a été ordonné: liqueur de Fowler, bromure de potassium, eau de Vichy. Eviter les aliments farineux et les sucres.

Cette observation est particulièrement intéressante de . par les phénomènes qui ont été constatés à diverses reprises chez cette malade. Il s’agit, comme nous l'avons dit, d’une femme âgée dont les urines contenaient une grande quantité de sucre et chez laquelle les accidents phlezmoneux ont été conjurés à trois reprises différentes par de larges incisions, par le drainage, et, en second lieu,

par les bains antiseptiques. Chez cette malade, en effet,

lorsque les bains ont été supprimés, les accidents phlegmo -

neux ont réapparu, la suppuration a envahi les tissus

voisins et l’on peut aisément admettre que, sans les débridements qui ont été faits et sans la médication balnéaire, le phlegmon eut rapidement pris une allure maligne.

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