PREMIÈRE PARTIE
DE L'INTERVENTION CHIRURGICALE DANS L'OBSTRUCTION INTESTINALE PROPREMENT DITE.
Deux méthodes se partagent depuis la fin du siècle dernier, le suffrage des chirurgiens dans le traitement de l'obstruction intestinale.
L'une, la plus ancienne, naïve dans son audace, se propose d'aller détruire directement l'obstacle à travers une large ouverture pratiquée à la paroi abdominale : c'est la laparotomie; l'autre, l'entérotomie, purement palliacive dans la plupart des cas, est moins radicale; elle exigeait pourtant, pour être conçue, des connaissances chirurgicales plus délicates que la première ; elle a pour but d'ouvrir au-dessus de l'obstacle une ouverture artificielle à l'intestin. La stagnation des matières fécales cesse de ce fait et avec elle, dans bien des cas, tous les autres accidents.
Il ne s'agit plus aujourd'hui d'opposer, comme on le faisait encore il y a quelques années, l'une de ces opérations à l'autre, d'en comparer les difficultés, les dangers, les résultats et de conclure à l'emploi exclusif de l'une ou de l'autre.
- Si souvent condamnée, l'ouverture de la cavité abdominale, dans le traitement de l'obstruction intestinale,
semble sur le point de trouver, aujourd'hui, sa réhabilitation définitive.
Il ne pouvait en être autrement en présence des succès sans nombre que donne actuellement, grâce surtout à la méthode antiseptique, la pratique dans des grandes opérations, dans lesquelles l'ouverture de la cavité abdominale est nécessaire.
Quoi ! on guérit presque tous les malades qui subissent rovariotomie (1), et l'on ne guérirait point avec plus de facilité encore des opérés chez lesquels cet acte grave, l'ablation d'un kyste doit se trouver remplacé par la simple section d'une bride; où le dégagement d'une invagination?
La valeur opératoire de la laparotomie est bien reconnue. Elle serait mise en pratique plus souvent si ses indications étaient toujours parfaitement définies. Telle qu'elle est et si favorablement qu'on veuille la juger, on ne pensera jamais à dire qu'elle peut suffire à tout. Dans bien des cas, l'ouverture d'un anus contre nature restera la seule ressource possible. Nous aurons à préciser, autant qu'il sera en notre pouvoir de le faire, les règles qui président au choix de l'une ou de l'autre
(1) Dans une discussion récente sur le pansement antiseptique, à laquelle ont pris part les chirurgiens les plus distingués de Londres, nous relevons les chiffres suivants : Sur 83 ovariotomies opérées et soignées suivant la méthode antiseptique Spencer Wells, n'a eu que 6 morts. 38 opérés ont guéri en série ininterrompue.
Keyth d'Edimbourg est arrivé à des résultats encore plus merveilleux : il opère 306 kystes de l'ovaire. Voici la mortalité par etnquantaine :
lro cinquantaine 11 morts.
Les 78 derniers opérés ont été traités par la méthode antiseptique. 2 seulement sont morts. 11 y a eu une série ininterrompue de 68 succès, (Brit. med. Journ., 1880,)
de ces grandes méthodes. Les raisons que nous pourrons invoquer à l'appui de telle ou telle opinion, seront tirées a plusieurs sources. On nous pardonnera de les déduire un peu longuement; mais, dans une question comme celle-ci, où l'incertitude du diagnostic retient si malheureusement la main du chirurgien, il faut apprendre à se servir de tout.
Après un exposé historique de la question, nous rappellerons en insistant uniquement sur les points qui peuvent nous être utiles, l'anatomie pathologique des obstructions intestinales. Nous montrerons ensuite comment le diagnostic général doit en être fait, et nous énumérerons sommairement les moyens médicaux qui peuvent être tentés contre elles. C'est en effet l'impuissance de ces moyens, toujours recommandables dans une certaine mesure, qui constitue en définitive la dernière indication générale de l'intervention chirurgicale.
Dans un autre chapitre, nous étudierons les faits connus de laparotomie et d'entérotomie : l'analyse des résultats obtenus pourra nous fournir quelques conclusions importantes.
Passant enfin à l'application des données fournies par les études précédentes, nous nous efforcerons de dire quelle doit être la conduite du chirurgien en présence de chaque cas particulier.
Un chapitre de manuel opératoire terminera notre étude. Nous essaierons de lui donner l'importance qu'il comporte.