OBSERVATION XL
SCHMALFUSS, cité par KUEMMEL. Traduction inédite.
Jeune fille de 16 ans, sans antécédents héréditaires, non réglée, entre à l'Hôpital général, dans la section de médecine, vers le milieu de janvier 1886. Depuis quatorze jours environ elle était souffrante et se plaignait d'abattement, de perte de l’ap-
pétit, de douleurs lombaires, de diarrhée et de frissons. À son
arrivée on constata qu'elle avait une température très élevée, que son ventre était quelque peu enflé, un peu plus dur à gauche et que l’on trouvait quelques taches rosées disséminées sur le
ventre et sur le dos : avec cela douleurs dans la fosse iliaque,
tuméfaction légère de la rate et catarrhe bronchial.
On porta le diagnostic de fièvre typhoïde, diagnostic qui fut confirmé dans la suite. La malade se remit très bien au bout de quelques semaines et engraissa de quatre livres en quatorze jours. Bien portante pour tout le reste, elle continuait cependant à se plaindre de quelques petites douleurs. et d’un sentiment de plénitude dans le ventre. Ce qui montrait que cette sensation n'avait rien de subjectif, c’est que la malade ne pouvait plus revêtir les robes qu’elle mettait encore très bien dans les premiers jours de son rétablissement. La circonférence du ventre mesurait à ce moment quatre-vingts centimètres. Dans le segment inférieur de l’abdomen on constatait une tuméfaction que l’on ne pouvait que difficilement circonscrire en haut et dont la position ne modifiait pas les caractères. Les organes thoraciques étaient sains. Il n’y avait pas de fièvre. Vers le milieu de mars on examine la malade sous le chloroforme. On trouva des tumeurs assez volumineuses, de consistance irrégulière qui remplissaient le grand bassin, la cavité abdominale jusque vers l’ombilic. L’utérus, petit, paraissait complètement indépendant de ces tumeurs ; les ovaires ne pouvaient être distingués. Par le toucher rectal on trouvait particulièrement à droite, de nombreux ganglions, de la grosseur d’un pois à celle
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d'une amande. On pose le diagnostic de tumeur maligne à point de départ vraisemblement ovarique, en voie de généralisation. Il résultait de cet examen que l'on n’avait rien à espérer d’une intervention chirurgicale : malgré cela, dit Schmalfuss. nous ne pouvions nous résoudre à l’abstention, étant données la jeunesse du sujet et l'excellence relative de son état général : peutêtre même l'état local était-il moins malade que notre examen pouvait nous le faire croire. C'est dans ces conditions qu'il pratiqua la laparotomie vers le milieu du mois d'avril, avec l’aide du D' Schede dans le service duquel la malade avait été provisoirement placée. Le péritoine était recouvert d'une fausse membrane d’une épaisseur de trois centimètres environ, criblée de nombreuses granulations,les unes miliaires, les autres grosses comme un pois. Aller plus profondément était une entreprise tout à fait impossible, car l'épiploon n'était pas seulement absolument confondu avec la fausse membrane dans la constitution de laquelle il entrait pour une partie, mais encore au-dessous les anses intestinales étaient fortement agglutinées les unes avec les autres. On ne saisissait pas de tumeurs plus volumineuses de consistance irrégulière.
C'était l'épaisseur de la fausse membrane en rapport avec les anses intestinales soudées entre elles qui en avait imposé pour des néoplasmes. L'incision fut coutinuée en haut jusqu’audessus des limites de la lésion. Schmalfuss excisa un petit morceau de la fausse membrane pour la soumettre à l'examen histologique et il fitla suture. La guérison ne se fit pas attendre et la malade était dans un état satisfaisant au commencement du mois de juillet. L'examen microscopique affirme la nature tuberculeuse de l'affection. La malade se présentait de temps en temps, tous les trois mois et à chaque fois nous la trouvions a notre grande surprise plus forte et plus saine ; à ce point que nous pouvions penser qu’elle avait été délivrée de sa tuberculose par l'opération. Le 1°’ août de cette année, elle se présentait de nouveau à notre examen. Depuis le mois d'octobre der-nier elle avait ses menstrues, tout d’abord à intervalles
réguliers, puis dans les done semaines elle avait eu des hémorrhagies abondantes de cinq jours de durée avec huit jours . à peine de repos et ces pertes l'avaient considérablement affaiblie. Les poumons étaient encore absolament sains. L'exploration du ventre faite sous le chloroforme affirma la cicatrisation, et permit de constater que l'abdomen n'était nullement augmenté de volume et que sa circonférence était normale. Paroi souple, pas la moindre induration, nulle trace de tumeur, point du tout d’ascite. Les organes génitaux externes sont sains, l'utérus est encore un peu plus petit que normalement, en rétroversion et légèrement incliné à droite. L'ovaire droit de grosseur et de consistance normales est intimement uni à l'utérus, à sa partie postérieure, dans la région correspondant aux ligaments sacrés : on trouve en ce point une partie plus compacte, épaissie et comme plus résistante. L’ovaire gauche facile à atteindre par le palper est vraisemblablement normal; il est néanmoins attenant à l'utérus et aux parties molles du bassin à gauche. Pas de ganglions perceptibles. Quelques douches très chaudes eurent raison des métrorrhagies et La malade sortit guérie le 16 août.