OBSERVATION LXIX
‘ Inédite. Due à l’obligeance de M. le D' PETIT, professeur à l’École de médecine de Rennes.
Me X..., 18 ans, de Sixt (Ille-et-Vilaine), était malade depuis le commencement de 1887. Bronchite suspecte du sommet, hémoptysies légères.
Le ventre s’était développé vers le commencement de cette même année 1887 et le D' Gringoire, de Redon, constata au début la présence d’une tumeur vers la fosse iliaque droite. Il crut à un kyste ovarique. La tuméfaction augmenta bientôt en même temps que la fluctuation devenait manifeste. Cependant, les lésions du poumon avaient en partie disparu.
En juillet 1888, la malade arrive à l'Hôtel. Di u de Rennes, pour y subir l’ovariotomie. L'état de la poitrine était assez bon.
Le ventre est énorme, plus développé que dans une grossesse à terme, et très fluctuant : néanmoins, cette fluctuation est très superficielle. A la palpation, on ne trouve pas trace de paroi kystique, et malgré l'affirmation du médecin qui a suivi la malade dès le début et déclare avoir trouvé le kyste après une ponction, les chirurgiens présents ne peuvent se défendre de penser à une ascite symptomatique. Quoi qu’il en soit, M. le professeur Regnault, de Rennes, assisté des professeurs R. Petit et Bertheux, se décide à ouvrir l'abdomen, après avoir pris les précautions minutieuses d’une antisepsie rigoureuse.
Il s'écoule tout d’abord un liquide ascitique et non kystique. M. Regnault n'ayant fait qu’une très petite ouverture, est disposé à borner là son intervention, lorsque, après l'évacuation du liquide, il trouve profondément une masse solide, celle constatée, lors de la ponction antérieure, par le D' Gringoire.
L'opérateur agrandit l’incision, introduit toute la main et explore la cavité abdominale. Il trouve une tumeur volumineuse partie du ligament large du côté droit, l’englobant tout entier, adhérente à tous les viscères voisins, foie, rate, intestins, et dont l'extraction lui semble des plus difficiles, L’extérieur de
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cette tumeur est couvert de granulations tuberculeuses, dures et serrées. M. Regnault se dispose à tenter l’ablation de cette masse, malgré toutes les difficultés qu'il prévoit; mais, en explorant plus complètement, il trouve tout le péritoine pariétal couvert de semblables granulations.
Après avoir pris l'avis de tous ses confrères présents, l'opérateur borne là son intervention chirurgicale. Il lave soigneusement la séreuse avec un liquide antiseptique (sublimé) et referme l'abdomen en plaçant sur la suture aseptique un pansement de Lister.
M. Regnault s'attendait à une très rapide reproduction du liquide péritonéal. Il n’en a rien été ; la plaie s'est fermée dans les limites ordinaires d’une réunion par première intention, aucun liquide n’a reparu, et lorsque cette jeune fille quitta l'H6tel-Dieu, pour retourner à Sixt, trente jours après l'opération, le ventre était complètement revenu sur lui-même.
Un petit abcès de la paroi, survenu au niveau de l’un des points de suture, retarda son départ de quelques jours.
La malade regagna son pays en soutenant le ventre avec une ceinture bien appliquée.
Plusieurs mois après M. le D' Gringoire écrit au professeur Regnault pour lui apprendre qu'aucun liquide ne s’est reproduit dans la cavité péritonéale et que l’état général de la malade se maintient dans les meilleurs conditions.
D'une lettre datée de juin 1889, écrite par le D' Gringoire, il résulte :
1° Que le diagnostic d’ascite tuberculeuse avait été posé dès le début.
2° Que. deux ponctions ayant été pratiquées, ce n'est qu'à la troisième qu'on crut avoir affaire à un kyste.
3° Que l’état actuel de la malade est encore très satisfaisant.