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A la seule iuspection de ce tableau, on voit ([u’ici aussi la forme fibreuse est la plus fréquente; sa variété ascitique généralisée est la seule qui dans cette statistique ne se soit pas terminée par la mort ; dans un cas, il y a eu une guérison manifeste (n“ 15); dans un deuxième, une amélioration réelle (n" 17), et dans un troisième, une amélioration relative, peutêtre temporaire. — Dans tous les autres cas, on a su affaire à des formes graves de tuberculose péritonéale, formes ulcéreuses sèches ousuppurées, formes miliaires aiguës, qui, ici, comme c’est la règle, ont eu une terminaison fatale.
Sur onze cas où on a pu faire l’autopsie, on a trouvé une tuberculose généralisée, dans deux cas (granulies) ; dans un troisième cas, la péritonite miliaire aiguë n’est venue que terminer la scène chez un phtisique excavé (n“ 12). Dans quatre cas, les lésions pulmonaires ont paru être les premières en date (n°“ 5, 8, 9, 12) ; dans un cas (n“ 13), il était difficile de dire où était la lésion primitive ; cette dernière observation était intéressante par le fait de la formation d’un abcès ombilical qui donna issue à un lombric ; à l’autopsie, chose exceptionnelle, on ne put trouver l’ouverture intestinale. La paroi n’était en effet pas ulcérée, mais elle adhérait à des ganglions caséeux. Dans un cas (forme ascitique généralisée (n° 6), la localisation tuberculeuse semblait être j)rimitivement péritonéale. Quant aux ulcérations intestinales, elles n’ont été rencontrées qu’une fois (n“ 4) ; dans les autres relevés d’autopsie, leur absence est expressément notée. -
Nous nous croyons donc en droit de penser, malgré la faible étendue de cette statistique, mais en raison de sa réelle valeur scientifique, que l’assertion émise par Kœnig au congrès de Berlin sur l’origine intestinale de presque toutes les péritonites tuberculeuses est peut-être exagérée; cet auteur dit avoir rencontré 87 fois des lésions intestinales sur 107 cas.
Nous ne faisons, d’ailleurs, que confirmer les recherches de Spillmann qui, dans sa thèse d’agrégation (1), a insisté sur l’indépendance pathologique de l’intestin et de la séreuse péritonéale.
Si, d’autre part, on veut bien remarquer que, dans la plupart des cas les lésions pulmonaires étaient très anciennes, on conviendra que, cliniquement, dans la plupart de nos cas, même avec tuberculose pulmonaire, la dominante rationnelle était la péritonite; dans l’observation 12 seulement, il s’agissait d’une péritonite survenue chez un tuberculeux ; chez les autres, les lésions pulmonaires étaient très effacées pendant la vie.
Nous concluerons que chez l’adulte, la péritonite tuberculeuse, le plus souvent primitive ou secondaire à une vieille lésion tuberculeuse des sommets, exceptionnellement secondaire à la tuberculose intestinale, est plus rare que chez l’enfant, ne comptant que pour 1,13 7» des maladies observées dans un service de médecine ordinaire, — qu’elle ne guérit ou s’améliore en moyenne que dans 7» des cas, et que la totalité de ces guérisons est fournie par la
(1) Spillmann. Th. d’agrégation, Paris, 1878.
forme fibreuse, le plus ordinairement par la forme ascitique ; — nous ne connaissons pas d’exemple chez l’adulte de guérison d’une forme nettement ulcéreuse.
Enfin, un point important que nous n’aurions garde de passer sous silence et qui se dégage de notre tableau B, c’est la plus grande fréquence de la péritonite tuberculeuse chez la femme; notre statistique compte plus de femmes que d’hommes, et cela, dans un service qui comprend plus d’hommes que de femmes. (H., 43; F., 24.)
On nous dira peut-être que notre statistique est assombrie; nous la croyons strictement exacte, et la croirons telle jusqu’à ce qu’on nous en oppose une meilleure. Nous n’ignorons pas que Boulland, dans sa thèse, aboutit à un total de dix guérisons pour 36 cas, soit 65 7» décès en tout, au lieu de 82. L’écart est notable.
Mais Boulland donne une collection d’observations et non une statistique émanant d’un même service pendant un nombre d’années donné, d’un service où les malades peuvent être suivis à travers leurs migrations dans les diverses salles d’un hôpital.
Pour ce qui est de la gravité proportionnelle de chaque forme clinique, le résultat est le même: décès, iOO “7 dans la forme miliaire, 90,9 forme ulcéreuse, 50,87 forme fibreuse.
Voici, résumées, les deux observations les plus probantes, d’amélioration et de guérison, parmi celles de M . Bard :
Observation n“ 16 du tableau B.
N" 756 de la collection de iM. Bard (M. Gurtillet, interne du service).
(Résumé).
Péritonite tuberculeuse à début aigu, avec épanchement. Guérison de l’ascite. Grande amélioration de l’état général.
Jules R. . . , 38 ans, peintre- plâtrier, né à Saint-Etiennede-Saint-Geoire, demeurant à Lyon, entré le 17 janvier 1888, salle Saint-Pierre, .ii* 8. (Hôpital Saint-Pothin) sorti le 5 mai 1888 Pas d’anlécédents héréditaires bien nets. Antécédents collatéraux nellement tuberculeux. Un enfant, mort à 11 mois, d’un transport au cerveau.
Alcoolisme. —Depuis l’âge de 28 ans, il tousse l’hiver; il y a 2 ans, hémoptysie; depuis lors, amaigrissement, perte des forces.
Depuis trois semaines, ballonnement après les repas. Le 5 janvier, subitement, douleurs et augmentation de volume du ventre; dysurie; constipation. Phénomènes constatés à l'entrée. Sensation de flot très nette; matité se déplace incomplètement. Râles sous-crépitants au poumon gauche ; au sommet droit, obscurité do la respiration.
24 janvier. — L’abdomen a un peu diminué : périmètre , 78 cent, â l’ombilic ; matité très mobile. Quelques vomis soments, diarrhée. Du 18 au 21, T. R. entre 39° et 40°. Depuis lors, elle se maintient aux environs de 38“ avec élévation généralement vespérale. Au sommet gauche, obscurité ; à la base gauche, râles humides. Pouls petit, 80.
28 janvier. — Mensuration 79; mais le tympanisme prédomine sur la matité.
9 février. - La température très élevée â l’entrée, subfébrile du 24 janvier au 2 février, est actuellement normale depuis 3 jours; périmètre : 74.
23 février. — Le malade va beaucoup mieux; la T. R. s’est abaissée, mais reste subfébrile, atteignant de temps en
emps 38®. Plus d’ascite, mais un peu d’empâtement surtout à gauche. Par places, zones indurées.
8 mars. — Température normale, tout en atteignant de temps en temps, mais exceptionnellement 38®. Ballonnement moins dur. Périmètre : 74.
31 mars. — Périmètre : 76. Immobilisation des viscères; matité en damier. Température normale, atteignant cependant 38® de temps en temps. Néanmoins, l’état général paraît meilleur et le malade a un peu engraissé.
Pas d’expectoration, pas de toux habituelle.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
5 mai. — Le malade se trouve bien, la température est normale. L’abdomen est encore volumineux (75 c.), mais plus souple ; les viscères sont plus mobiles ; les masses indurées sont moins dures, mieux isolées et plus mobiles que précédemment.
Le traitement a consisté en poudre de Fordys 0,60 ; phosphate de chaux 3 gr. ; badigeonnages à la teinture d’iode.
Observation n® 15 du Tableau B.
Observation no 838 de la collection de M. Bard, recueillie par M. Bret, interne des hôpitaux.
(Résumé).
Chloro-anémie tuberculeuse. Péritonite tuberculeuse antérieure guérie. Sclérose des poumons prédominant à droite.
Thérèse G..., 22 ans. Entrée le 13 juin 1888. Sortie 10 août 1888. Revue le 9 septembre 188^.
Pas d’antécédents héréditaires
En septembre 1885, ascite et anasarque, troubles digestifs, vomissements, constipation, abdomen douloureux spontanément et à la pression,
Gollodion, teinture d’iode.
L’ascite disparait, il persiste de l’empâtement*
En juin 1886, l’ascite et l’anasarque ont disparu. Puis œdème des jambes; le ventre redevient douloureux. Pendant deux ans, elle se porte bien de nouveau.
En avril 1888, affaiblissement, vomissement, douleurs abdominales.
Actuellement (juin) troubles dyspeptiques, cépbalagie, constipation. Douleurs à la pression dans la fosse iliaque gauche, empâtement à ce niveau.
Pas de toux, souffle chloro-anémique au cœur, et dans les vaisseaux du cou.
27 juin. — Un peu d’œdème des jambes le soir. T. R. au dessous de 38°.
11 juillet. — Il résulte des renseignements fournis par M. Léon Blanc que la maladie pour laquelle il l’a soignée était une péritonite tuberculeuse.
16 juillet. — Obscurité de la respiration, au sommet droit on arrière.
10 août. — La malade va bien, ne tousse pas, et quitte riiôpilal. Elle accuse toujours .les douleurs peu accentuées dans l’abdomen, sans troubles digestifs bien marqués.
La malade a pris pendant tout son séjour, deux pilules de Vallet par jour, et des douches froides.
A la question que nous nous sommes posée au début de ce chapitre, nous sommes peut-être fondé à répondre maintenant :
Lacurabibité de la tuberculose péritonéale est un fait acquis, mais elle ne s’observe guère que dans un cinquième des cas citez l’adulte., un tiers au plus (?) chez l’enfant ; la forme fibreuse, et en particulier sa variété ascitique, fournit presque tous les cas de guérison.
Cette curabilité, en général, n’est pas entièrement spontanée ; de l’étude des observations que nous avons
publiées, il résulte que le traitement médical paraît avoir une efficacité réelle, soit en reconstituant l’organisme (iodure de fer, iodure de potassium, arsenic, nourriture convenable, hygiène),' soit en luttant contrôla lésionlocalepar des révulsifs (vésicatoires, badigeonnages iodés, pointes^ de feu), par des applications collodionnées, et en traitant les symptômes (anorexie, diarrhée, constipation, douleurs). Il suffit de parcourir les observations pour voir que ce traitement est toujours long et quelquefois très douloureux : quelques-uns de nos malades ont subi des pointes de feu sur l’abdomen tous les deux ou trois jours, pendant quelques semaines.
Il existe, toutefois, des cas où l’expectation a fait tous les frais du traitement; à la Clinical Society de Londres, M. Finlayfl) en rapportait de-rnièrement un exemple concernant un garçon de 17 ans, guéri d’une péritonite ascitique et d’une pleurésie double, cas analogue à ceux que nous avons cités sous les numéros 31 et 38 de notre tableau A (Statistique de M. Perroud).
A la même séance, Bastian, Burney-Yeo, ont cité chacun des observations ; la publication de cas isolés, comme ceux-là, montre que la péritonite tuberculeuse est curable, ce que l’on sait depuis longtemps, mais non dans quelles proportions, ce que l’on ne sait pas encore d’une façon certaine.
(1) Bulletin médical, 5 novembre 1890,