V. Bruns
Emmerth 3 2 1
Billroth 20 12 8
Middeldorpf 11»
Schuh 4 4»
Lucke 9 8 1
A première vue, une chose nous frappe dans ce tableau, c'est le chiffre énorme des morts dans la période pour ainsi dire primitive de l'opération. Quant au chiffre exagéré des décès de Billroth, ils est dû, dit M. Brière, à ce que plusieurs de ses malades furent opérés in extremis. Depuis, les chiffres se sont modifiés en faveur de l'opération, et si nous prenons comme exemple la statistique fournie par M. Susskind, dans sa thèse inaugurale, nous trouvons les indications suivantes :
Nombre
d'opération. Guérison. Mort.
Von Bruns 28 22 6
Kocher 33 11 2
Keppeler ^ 5 5 »
Chelius fils 5 4 1
Mich 4 4 »
L'auteur rapporte en outre les 20 observations de Billroth, et les observations de Lucke, citées par Brière avec un succès en plus. Le résultat total est donc notablement amélioré.
Seulement, il est encore une raison pour ne pas accorder à ces chiffres une valeur absolue : il nous parait impossible de comparer avec équité les résultats anciens et les résultats nouveaux. Il y a entre eux trop d'éléments dissemblables. En effet, le perfectionnement considérable des méthodes opératoires, et surtout la véritable révolution causée par l'application des pansements antiseptiques changent tellement les conditions que nous serions injustes en surchargeant les nouvelles statistiques des chiffres malheureux des opérations anciennes. Nous ne pourrions donc compter qu'avec les chiffres relativement récents. De plus, autrefois l'extirpation était considérée comme l'ultima ratio, la ressource extrême, désespérée, à laquelle on n'avait le droit de s'adresser que lorsqu'il n'y avait plus que ce moyen d'empêcher une mort rapide. C'était encore une des causes des résultats funestes, car on opérait sur des malades épuisés, et dont l'état général était en trop mauvaises conditions pour supporter une opération aussi grave. Il faut donc ajouter à la valeur des nouvelles méthodes, la précocité relative de l'opération: car, ainsi, l'opérateur s'entoure de plus grandes chances de succès. Enfin, la statistique générale comprend des faits trop différents, pour ne pas perdre encore de sa valeur. Comment comparer avec fruit les extirpations des goitres cancéreux, des petits goitres limités, des goitres kystiques, les extirpations totales ou partielles, totales du goitre et partielles de la glande, les extirpations totales de la glande ? Il faudrait établir des classifications nombreuses, comprenant, outre les méthodes diverses, les circonstances cliniques de la maladie. Malheureusement, la plupart des observations donnent des renseignements trop vagues pour que l'on puisse utilement établir ces catégories.
Aussi, nous allons nous borner à signaler les principaux
chiffres, et montrer la marche décroissante de la proportion de léthalité. Si, ainsi que le fait remarquer Susskind, dans sa thèse, on ne considère que les faits antérieurs à 1850, on trouve une mortalité de 40 0[0, chiffre énorme et qui justifie bien l'opinion chirurgicale de l'époque. En 1871, la statistique de Briere d*Yverdon que nous avons signalée, donne déjà une proportion de 31 0[0. Puis l/amélioration va croissant. En 1874, M. Berger (1), dans sa revue sur la Pathologie des goitres, relève un total de 106 observations connu es donnant une somme de 33 morts c'est-à-dire un peu plus de 30 1[3 0[O.Deux ans plus tard, M. Bruberger (2) relevait 124 cas,avec36mortsseulement.Le chiffre s'abaisse à 290[0. Enfin, si à notre tour, nous faisonsun relevé total de tous les cas que nous avons pu recueillir, nous trouvons 215 observations avec 46 décès; ce qui donne une léthalité de 21 0[0. Nous avons dit pourquoi il ne fallait pas prendre ces chiffres pour la réalité absolue.
Si, au lieu de comprendre toutes les observations, nous nous bornons, au contraire, à des statistiques partielles, portant surtout sur les faits postérieurs à l'établissement des nouveaux pansements et du perfectionnement des méthodes opératoires, nous trouvons des chiffres encore plus favorables. Susskind, dans sa thèse, établit qu'en ne prenant que les cas connus depuis 1850, on a seulement une mortalité de 19 0|0.
Si nous rassemblons toutes les observations que nous avons pu réunir et qui sont postérieures à la publication de la thèse précédente, nous trouvons 46 observations, parmi lesquelles seulement 8 morts; ce qui nous donne un peu moins de 18 0[0 d'insuccès.
{l)Berger. Arch. gén. de méd., juillet 1874. (2) Bruberger. Loco citato.
Le plus grand nombre de ces observations, et surtout des succès, appartiennent à la pratique des chirurgiens allemands. Seulement, certains résultats sont dusàune raison que nous devons signaler.
Quelques chirurgiens, en effet, ont le tort grave d'opérer lesgoitres, sans qu'ily ait aucune indication, aucun trouble fonctionnel, uniquement pour remédier à la difformité, pour Vhestéiique, suivant l'expression du professeur Rose, qui condamne hautement cette pratique. Parmi ces opérateurs, nous pouvons citer Lucke et Billroth. Là est la cause d'une partie de leurs succès récents, car en effet ils s'adressent à des tumeurs petites, mobiles, dont la dissection n'exige que peu de délabrements, et qui par suite offre des conditions opératoires plus favorables.
Malgré cela, nous ne saurions trop blâmer ces opérations faites sans indication précise, en l'absence de troubles fonctionnels, alors que rien dans l'état du malade ne commande une intervention. Même entourée des garanties actuelles, l'extirpation du corps thyroïde reste toujours une opération trop sérieuse, trop grave, pour que nous puissions reconnaître au chirurgien le droit de la pratiquer sans indications. On n'a pas, suivant nous, le droit de faire une opération de complaisance, quand celle-ci peut coûter la vie au malade.
En écartant ces faits et en restant dans le cadre des opérations indiquées, nous pouvons conclure de cette longue étude, que l'extirpation du corps thyroïde est une opération qui, comme le disait déjà M. Michel (de Nancy) en 1873, mérite d'entrer davantage dans la pratique française.
Les résultats qu'elle donne, quand elle est appliquée eu obéissant à tous les préceptes des méthodes nouvelles, sont au moins aussi favorables que ceux de certaines grandes
opérations (amputation de jambe, ovariotomie) dontl'usage est adopté par tous les chirurgiens. Quand elle est couronnée de succès elle amène toujours la guérison d'une maladie contre laquelle échouent souvent les autres moyens de traitement, et qui, dans les cas où l'opération est indiquée, doit toujours finir par la mort du malade. Elle peut donc, pratiquée à temps et en s'entourant des conditions opératoires actuelles, rendre de très réels services tout en restant toujours une opération que l'on doit ranger parmi les plus graves et les plus laborieuses.
Seulement, nous la repoussons de toutesnos forces quand elle n'est qu'une opération de complaisance, et il ne faut la pratiquer qu'en obéissant à des indications nettes et précises, variables du reste suivant la nature de la tumeur que l'on a devant soi.