‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 11 sur 161 · FOUILLÉE, La science sociale contemporaine, p · texte numérisé non relu

FOUILLÉE, La science sociale contemporaine, p

« les fois qu’on n’a point trouvé dans les Individus et dans

« leur situation réciproque la véritable explication d'un

« droit. Cherchez avec assez d'attention, et poussez l’ana- « lyse assez loin, vous reconnaitrez que toute mesure vrai- « ment juste a sa raison suffisante dans quelque droit inhé- « rent à tous les Individus. »

M. Renouvier' a montré avec non moins de force que l’idée de la Société, considérée comme être réel, ne résiste pas à la critique. Qu'est-ce que cette « Société- Personne » dont les droits sont réputés supérieurs à ceux des seules personnes que nous connaissions, nous et nos semblables ? Qu'est-ce, sinon une fiction pure et simple ? Les droits, les devoirs, n'appartiennent, ne peuvent appartenir qu'aux Individus.

Laboulaye? se demande justement comment la société, l'État pourraient avoir un droit supérieur aux droits de l'Individu. « Y a-t-il dans la somme de ces unités indé- « pendantes une vertu mystique, un droit, qu'aucune de « ces unités ne possède! »

Notre conception de l’Individu et de l'État diffère de la conception socialiste du tout au tout. Nous pensons que la mission de l'État est limitée à la défense du droit individuel, que l'État n’est que l’agent de l’Individu. L'État, selon nous, ne doit se désintéresser « ni de la destinée « morale, ni de la condition matérielle de ses membres*. » Mais en travaillant à «élever l’une et à améliorer l’autre», il doit subordonner «constamment son action au droit « des Individus ». Parmi les appels adressés à l'État,

l'individualisme doit rejeter tous ceux qui partent d’une

. RENOUVIER, Science de la morale, t. I.

. LABOULAYE, L’Elal et ses limiles.

. Henry MICHEL, L'idée de l'Etat.

VOË TE

confiance mystique dans la personne État, tous ceux qui. tendent plus ou moins directement à sacrifier la dignité de la personne humaine, ravalée du rang de fin en soi à celui de moyen subordonné à une fin, à restaurer l’antique conception d’un État maitre de tous les citoyens, et possédant, parce qu'il est l'État, des droits sur eux.

La conception socialiste se rapproche en effet singulièrement de la doctrine professée par les défenseurs de la monarchie absolue, et le dogme socialiste n’est guère que l’image de l’ancienne raison d'État contre laquelle il ne pouvait exister de droit qui vaille, car si les particuliers avaient des droits les uns par rapport aux autres,

ils n’en avaient point au regard de l'État. «En général, « tout droit doit venir de l'autorité publique, » disait Bossuet'. L'absence d’un droit individuel de nature à tenir en échec la puissance publique était en effet l’un des traits caractéristiques de la théorie de l'État en France au xvi° siècle. Si le conflit de lIndividu et de l'État n'apparait pas encore à cette époque, c’est que l'idée d’opposer l’un à l’autre ne saurait trouver place dans le système des idées régnantes*.

Voltaire, les Encyclopédistes, les Physiocrates, Turgot lui-même, n'ont été que les théoriciens du despotisme éclairé. S'ils réclament des réformes, c’est « dans l'intérêt de l'État ». Is n'ont pas entièrement renoncé à l'idée que l'État doit, premièrement accroitre sa puissance, le reste venant par surcroît. Suivant eux, la législation est toute-puissante, elle est capable de tout transformer, Bossuet faisait descendre la loi du ciel sur la terre. Les théoriciens du despotisme éclairé en laïcisent l'origine. La Raison pour

1. BossuET, Politique, livre I, article III, prop. 4. 2, H. MIicHEr, L'idée de l'État.

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