‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 111 sur 161 · D'PIOGER, La queslion sanitaire · texte numérisé non relu

D'PIOGER, La queslion sanitaire

Économiste français, 2 octobre 1886.

2, Rapport de MM. BouLey et NOCARD au Congrès international d'hygiène de 1873.

Von

régime, eurent acquis la même vigueur et la mème résis-

tance ?

Les découvertes récentes en chimie et en microbiologie commencent à nous éclairer sur les rapports qui existent entre notre alimentation et notre santé. Nous n’en sommes plus à une causalité plus ou moins vague sur le rôle de la nature, de la quantité et de la qualité de nos aliments : nous savons maintenant que, en dehors de leur valeur intrinsèque au point de vue nutritif, les aliments peuvent nuire à notre santé de deux facons principales : 1° par la présence d’un microorganisme dont labsorption produit une maladie infectieuse; 2° par un poison chimique qui détermine une intoxication.

Si l'influence de l'alimentation sur la santé n’est plus mise en doute, on considère généralement encore cette corrélation comme l'affaire de chacun, et on néglige trop le côté social de ce facteur sanitaire de premier ordre. L'Étot ne saurait se désintéresser de la question de l'alimentation. Si la santé publique est en rapport avec les facilités de l'alimentation, si la consommation de certaines denrées falsifiées ou frelatées est de nature à nuire ‘à la santé, et si l'Individu est impuissant à reconnaitre par ses propres moyens et à distinguer ces denrées, si enfin une consommation poussée jusqu'à l'abus de certaines substances, qui par elles-mème ne sont pas insalubres, est capable de nuire, non seulement à l'ndividu qui les consomme, mais encore de faire sentir des effets malfaisants jusque sur la descendance de cet Individu, il nous apparaît que l'intervention de l’État en ces matières est justifiée.

Il nous semble inutile d’insister. Aussi bien la difficulté n’est pas pour nous de savoir si l'État peut se désinté-

resser de l'alimentation publique, mais de déterminer

dans quelles limites, son intervention peut et doit s’exercer. La question sera souvent délicate, qu'on en juge par un exemple. A la suite d'avis réitérés du Comité consultatif d'hygiène déclarant dangereux l'emploi de l'acide salicylique et des salicylates, des arrètés furent pris en 1881 et en 1884 par le Ministre du Commerce interdisant leur introduction, à quelque dose que ce fût, dans les denrées alimentaires. De nombreuses poursuites furent intentées à des épiciers, cabaretiers et autres commerçants, et vingt-cinq wagons de bières salicylées mis en séquestre à la douane. On voit le coup porté au commerce, et cela, sans que le Comité d'hygiène publique ait pu, à l'appui de ses avis, invoquer des cas d'empoisonnement par la bière salicyclée, soit dans les hôpitaux, soit à domicile. Bien plus, on l'emploie comme médicament à d’assez fortes doses. Il est donc permis de penser que dans ce cas le tort causé à l’industrie et au commerce avait été plus grave que celui que l’acide salicylique, dans les produits saisis, n’en eût fait à notre santé. Le danger c'est que la protection de la santé publique ne soit le prétexte de mesures ayant uniquement le caractère d’une protection commerciale ou industrielle. Les arrètés de 1881 et de 1884 auxquels nous venons de faire allusion étaient la conséquence de la lutte entre les bières francaises et les bières allemandes.

Si donc nous admettons l'intervention de l'État en matière d'alimentation, nous considérons que cette intervention doit être sage, prudente, limitée, et que sous aucun prétexte elle ne doit être détournée de son but véritable, Nous pensons qu'il est plus utile pour la santé publique que laction de l'État s'exerce d’une façon

sérieuse et efficace sur un certain nombre de points, que

d'augmenter démesurément les cas dans lesquels elle se manifestera.

On a fait justement observer que la santé publique est dans un rapport étroit avec les facilités de l'alimentation publique. On a remarqué les oscillations de la mortalité avec les années de disette ou d'abondance. Messance à montré que la mortalité s’est constamment élevée ou abaissée parallèlement au prix du blé de 1674 à 1764 : John Barton a trouvé les mèmes résultats en Angleterre. On a consigné les hécatombes humaines provoquées par les grandes famines ; les médecins ont maintes fois signalé l'apparition d'épidémies et de maladies endémiques diverses à la suite de perturbations apportées dans l'alimentation publique par une crise agricole, économique ou politique.

Sur ce point, l'intervention de l'État doit être très limitée. Assurément les ressources alimentaires dépendent beaucoup plus de l'état économique que de la volonté des Individus. Mais cet état économique repose dans la société moderne sur les Individus eux-mêmes. Ce sont eux qui produisent la richesse, et les lois de la circulation, de la répartition et de la consommation, ne connaissent d’autres entraves que celles que la liberté peut dresser devant elles. Faire intervenir l'État -en matière d'alimentation, comme certains le proposent, ce serait faire revenir la société à ces temps lointains où l'Individu, réputé mineur et incapable, était tenu en lisière dans un État omnipotent. Les expériences plus récentes de l'empire romain en décadence ne sont plus faites pour nous rallier àce système. La société individualiste a donné’suffisamment de preuves de sa sagesse,

de sa capacité et de sa fécondité pour que nous jugions

bon de la défendre encore. Par le seul jeu de nos institutions libérales, grâce au développement économique qu'elles ont provoqué par le travail et l'épargne auxquels elles incitent l'Individu, les grandes calamités connues qui nous ont précédés, sont heureusement épargnées aux générations actuelles. Si quelque malaise économique vient encore à se produire, l'État est à même de seconder utilement par les moyens d'action dont il dispose (droits de douane, abaissement des taxes sur les transports) l’action individuelle. Et si de nouveaux malheurs devaient s’abattre encore sur nous, nous n’aurions aucune répugnance à faire appel à l'action de l'État, comme à toutes les autres forces sociales, pour contribuer à les surmonter sans trop de gène ou de misère. Mais cette intervention de l'Etat serait par là même exceptionnelle comme les faits économiques qui la nécessiteraient.

L'intervention de l'Etat est au contraire très justifiée lorsqu'il s'agit de surveiller les denrées, qui, par les principes morbides qu’elles renferment, sont de nature à nuire gravement à la santé publique'. Nous faisons allusion surtout à la tuberculose. Or, qu'on admette la contagion comme source unique ou principale de la tuberculose, ou bien qu'on persiste à la considérer comme la résultante autochtone de la misère physiologique, nous sommes toujours amenés à attribuer un rôle prépondérant à l'alimentation, puisque dans ce dernier cas, l'alimentation demeure évidemment une des causes principales de l’étiolement qui lui a préparé le terrain.

On est effrayé de la fréquence de la tuberculose chez

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