Réforme sociale, 16 juillet
dans ce but le monopole de l'alcool avait été institué en Suisse et en Russie. L’Angleterre combat l'alcoolisme par l'élévation du droit, par des mesures draconiennes contre la fraude, par des faveurs accordées aux boissons hygiéniques. En Allemagne, le monopole à été repoussé en 1886, mais la rectification des alcools est obligatoire.
Certains États de l'Amérique du Nord ont, dans leur lutte contre l'ivrognerie et l'alcoolisme, dépassé la mesure : ainsi l'État du Maine, où l’on interdit presque absolument la vente des liqueurs fortes. C'est une gène générale pour un résultat des plus incertains : c'est un empiètement manifeste de l'État sur la liberté individuelle.
La Norwège est assurément le pays où la campagne antialcoolique a été le plus méthodiquement poursuivie. Il y a cinquante ans, c'était un des pays consommant le plus d’alcool ; au contraire, maintenant, la consommation de la bière et du café y augmente, tandis que celle de l'alcool diminue.
Avant 1814, époque de la séparation de la Norvège d'avec le Danemark, la fabrication de l'alcool était monopolisée. À ce moment, elle devint bre, et la distillation de l’eau-de-vie de pommes de terre s'accrut dans une proportion considérable. Le mal prenait corps, et l'on en vint à concevoir les plus sérieuses appréhensions. Des projets radicaux furent déposés au Storthing. La loi de 1840 éleva l'impôt de telle façon que les petites distilleries ne tardèrent pas à disparaitre. La fabrication, cantonnée entre un petit nombre de producteurs, fut plus facile à surveiller. En 1874, il ne restait plus que 24 disülleries.
D'autre part, une loi de 1845 décida qu'aucune nou-
velle concession de vente au détail et qu'aucun débit ne
pourraient être joints à un commerce pour l'exercice duquel le droit de bourgeoisie est indispensable. La vente au détail ne put ètre pratiquée que moyennant l'autorisation de la municipalité : cette autorisation n’est, d'ailleurs, accordée qu'à des personnes présentant des garanties suffisantes, et seulement pour une période de cinq années. Dans les villes, les municipalités doivent fixer le nombre des débits à concéder.
D'après une loi du 3 mai 1871, le droit de vente au detail peut être accordé dans les villes à titre de monopole à des sociétés qui s'engagent à employer le bénéfice de l’entreprise à un but d'utilité publique : c’est le système de Gothenburg. Des sociétés de cette nature sont établies dans un grand nombre de villes, et elles ont exercé certainement une influence considérable sur la décroissance de la consommation depuis 1877, par la réduction du nombre des débits.
Dans les campagnes, le conseil communal peut défendre la vente en détail et le débit de l’eau-de-vie. Il y a en Norwège de vastes régions où la vente et le débit en sont défendus. Si le conseil communal permet la vente, il fixe lui-mème le taux de l'impôt dans la limite déterminée par la loi. D'ailleurs, la consommation ne peut avoir lieu que certains jours et pendant certaines heures. En outre, dans les foires, la vente et le débit de l’eau-de-vie sont absolument défendus. L'opinion publique est tellement montée contre l’abus de l'alcool que l'autorité a de moins en moins souvent l’occasion de sévir.
Ce phénomène s'est produit sous l’action des sociétés pour l’abstinence absolue, s’exerçant par voie d’écrits et de conférences. Des sociétés avec rites et marques distinctives, à l'exemple des Good Templars des Etats-Unis,
se sont formées, notamment parmi les ouvriers.
Par les résultats obtenus en Norwège, on peut juger de l'influence heureuse que peut exercer sur l'alcoolisme une législation sévère appuyée par l'opinion publique.
Mais évidemment une telle législation qui touche aux mœurs, aux habitudes, à la vie journalière! des peuples, ne peut être simplement copiée ni transportée d'un pays à un autre sans subir de nombreuses transformations. Il serait grand temps en France d'étudier sérieusement cette
question.