‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 132 sur 161 · Un devoir social et les logements d'ouvriers, PICOT · texte numérisé non relu

Un devoir social et les logements d'ouvriers, PICOT

Proposition de loi relative aux habitations ouvrières présentée par M. Siegfried, 1892. J. O. Doc. parl.

Congrès de 1878.

RAFFALOVICH, Logements ouvriers.

MARTIN et Napras, L'étude et les progrès de l'hygiène en France.

Monde économique, 23 juillet 1892.

raisons de salubrité font réellement de la solution de cette question un devoir social.

Les dernières seules fixeront notre attention : elles sont d'ailleurs suffisantes pour justifier l'intérèt qui s'attache à cette question.

La question des habitations ouvrières, avons-nous dit plus haut, est le corollaire de la question des logements insalubres. C'est en effet le développement de la grande industrie qui, en exigeant un grand nombre de bras, et en rassemblant sur un même point de nombreuses familles ouvrières, en poussant à cet accroissement prodigieux des villes, a attaché tout son intérèt à la question des logements ouvriers. C’est, il faut bien le reconnaitre, la population ouvrière qui souffre le plus de linsalubrité des logements. C'est elle aussi dont la situation est la plus intéressante, lorsque, l’intérèt de la santé publique exigeant la démolition de maisons et de quartiers entiers, les locataires des logements détruits se trouvent expulsés. C'est elle enfin qu'il faut garantir de l'élévation du prix des loyers résultant de la raréfaction des logements insa-

lubres.

Initiative privée. — L'historique de cette question des habitations ouvrières est singulièrement réconfortante. Il montre ce que peut l’activité individuelle instruite de ses devoirs, soucieuse de les exercer, devançant l'action de l'État, lui ouvrant la voie, et demeurant pour elle un auxiliaire indispensable.

Les familles ouvrières peuvent être logées soit dans de petites maisons individuelles, soit dans des maisons collectives, « sortes de ruches dont chaque alvéole contient

un foyer, »

De She

La maisonnette affectée à l'usage exclusif de la famille présente cet avantage qu'elle correspond à l'unité et à la personnalité de la famille humaine, qu'elle transforme l'ouvrier, qu'elle élève son caractère. Malheureusement ces petites maisons ne peuvent guère s'élever que dans la banlieue des villes : elles isolent l'ouvrier et prétent le flanc encore davantage au reproche adressé aux habitations ouvrières de séparer l’ouvrier du reste des citoyens de la cité, de reconstituer à son égard les classes détruites par la Révolution.

Si personne n'a inventé ni découvert le système dès petites maisons, il est juste, toutefois, de reconnaitre que le premier effort sérieux pour les propager remonte à l’année 1835, et qu'il est dû au maire de Mulhouse, André Koechlin. En septembre 1851, un nouvel effort fut fait par la Société industrielle de Mulhouse. Après une étude des plus complètes par Jean Dollfus, on s'arrêta au mode de lhabitation individuelle avec jardin, qui parut réaliser le mieux l'indépendance des familles. Une entreprise considérable fut commencée, dont les résultats sont connus de tout le monde, et qui réalisa, pour la première fois, sur une grande échelle, ce qu'on a appelé depuis le système mulhousien. L'expérience ne tarda pas à se généraliser sous la triple initiative des patrons, des classes aisées, et des ouvriers.

De bonne heure, les patrons de la grande industrie ont compris qu'il y allait de leur intérèt de fixer autour de l'usine les ouvriers nomades, d'accroître la stabilité de leur personnel en l’attachant par un lien matériel. L'exposition d'économie sociale a permis de constater, sur ce domaine, les efforts vraiment remarquables de la part

des chefs de la grande industrie française : il y a plus de

Page 1