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gagner un peu plus en prolongeant outre mesure Île travail, mais bien de pouvoir développer ses forces physiques et ses facultés intellectuelles.
L'intérêt général de l’industrie est le mème, et l'Etat doit y veiller. L'industrie doit se réserver pour l'avenir les forces des bras. Son intérêt immédiat peut être parfois “en contradiction avec les intérêts de la production envisagée dans le sens général et économique de la prospérité du pays. Dans lPenfant, c'est l'homme qu'il faut protéger. La puissance industrielle de lAngleterre s'est accrue depuis que ce pays a édieté une législation protectrice du travail des enfants. Ses exportations ont plus que quadruplé, ses manufactures se sont multipliées. Quand l'enfant n’est pas exténué par un travail prématuré, une fois parvenu à l’âge d'homme, il est meilleur ouvrier et produit davantage.
Enfin, l'intérêt social, au point de vue de la conservation de la race et de la défense nationale, s'oppose à l'emploi imprévoyant ou excessif des forces de l'enfant. La vie de l'atelier peut porter atteinte à la santé de l’homme dans toute la vigueur de sa constitution. Comment ne redouterait-on pas son influence sur l’existence des êtres plus faibles ? Comment ne songerait-on pas à mettre à l’abri de la destruction la jeunesse de la nation, son espoir, menacés dans leur germe ? Le législateur méconnaitrait gravement les devoirs de tutelle sociale qui sont imposés à chaque génération envers la génération qui s'élève, en ne sauvegardant pas dans la personne de l'enfant les intérèts les plus sacrés de l'humanité.
L'intervention de l'État s'exercant pour réglementer le
travail des femmes employées dans l’industrie, a été plus
discutée et ne rallie pas encore tous les suffrages!
Les raisons d'utilité qui justifient la protection de l'enfant par l'État s'appliquent, quoique dans une moindre mesure, au regard de la femme. L'intérêt personnel de la femme trouve son profit dans l'intervention de l'Etat: celle-ci n’est point contraire à l'intérêt bien entendu de l’industrie; enfin elle est en harmonie avec l'intérêt général, car, on a très justement dit que protéger la femme c’est encore protéger l'enfant. "
La légalité de cette intervention est peut-être plus contestable. La femme, disentles uns, n'est pas une mineure, elle à la jouissance des mêmes droits que l’homme, elle est capable de contracter, et l'État excéderait ses pouvoirs en limitant ses droits naturels. Si la femme mariée est réputée incapable, il n’en est pas moins vrai que son mari possède à sa place l'exercice des droits dont elle est dépouillée. Réglementer le travail de la femme, c’est porter atteinte aux droits de la femme, et en outre aux droits du mari lorsque celle-ci est mariée.
Sur le terrain de l'utilité, l'intervention de l'État est également combattue par certains économistes. Que se propose l'État en protégeant la femme? Éviter qu’elle n'épuise sa santé par un travail excessif, et que par suite elle ne soit plus apte à remplir son rôle de mère. Mais, fait-on observer, si la santé est débilitée par l'excès de travail, ne le serait-elle pas tout autant par l'insuffisance des moyens de nutrition? Or si la femme travaille c’est évidemment parce que la rémunération de son travail est
indispensable pour elle ou pour sa famille. Pour que la
1. V. LEROY-BEAULIEU, Travail des femmes, p. 188 et s. L'État
moderne, P 343.
Yves GUYor et LAROGHE-JOUBERT, Chambre des Députés, 2 juin
1888. Doc. Parl.
réglementation du travail de la femme n'’entraine point une diminution de son gain journalier, il faudrait édicter le minimum des salaires. On n'ose pas aller jusque-là. Dès lors, la mesure de protection prise en faveur de la femme se retourne en réalité contre elle et contre sa famille.
Ces objections sont sérieuses. EF nous avouons, quant à nous, n'être pas très convaincu de l'utilité de la protection par l'État de la femme employée dans l’industrie, en nous plaçant au seul point de vue de l'hygiène publique. Il est vrai que d’autres considérations peuvent être invoquées à l'appui de l'intervention de l'État, considérations d'ordre moral, notamment celle du légitime souci de parer à la désagrégation de la famille qu'entraine dans une certaine mesure le travail de la femme. Leur examen ne rentre pas dans le cadre de notre étude, mais nous ne pouvons nous empècher de constater qu'elles ont une grande force.
Quant à la légalité de la réglementation du travail des femmes, peu nous importe que la femme soit considérée comme incapable ou pleinement capable. Mème dans cette dernière hypothèse nous ne pourrions proscrire d’une facon absolue l'intervention de l'État. Nous avons, en effet, posé en principe que la liberté de l'Individu ne va pas jusqu'à lui permettre de faire le mal, et que l'État a le devoir d'intervenir lorsque l’abus de la liberté est de nature à porter atteinte aux droits d'autrui. Si donc il nous était démontré que l'excès de travail de la femme est susceptible de nuire à l'enfant, et que la limitation du droit au travail de la femme ne peut entrainer aucune conséquence fâcheuse pour celle-ci, nous reconnaitrions à
l'Etat le droit d'intervenir pour prendre toutes mesures
de protection utile. La question de la réglementation du travail des femmes se ramène donc à une question d'utilité.
Nous pouvons en dire autant en ce qui concerne la réglementation du travail des adultes, question beaucoup plus controversée encore que la précédente. Nous ne considérons point comme illégale l'intervention de l'État si elle est justifiée par de sérieuses raisons, et si elle est de nature à protéger réellement ceux au secours désquels elle prétend venir. Comme le dit avec juste raison M. Cauwès', l’objection principale contre la réglementation du travail des ouvriers adultes n’est pas celle tirée d'une prétendue violation de la liberté de l’Individu pour qu admet que certaines mesures de protection des majeurs contre leur propre liberté, rentrent dans la sphère d’action légitime du législateur. Les plus graves objections en la matière sont les objections économiques, c'est-àdire les objections utilitaires.
Il faut prévoir que l’ouvrier, dont le nombre d'heures de travail sera limité, essaiera de rattrapper par un plus grand effort ce qu'il perd en durée de travail, afin que la productivité de celui-ci reste la mème et que par suite le salaire demeure équivalent. Et alors, n'y a-t-il pas lieu de craindre pour l’ouvrier un excès de fatigue différent mais aussi anti-hygiénique que celui dont on espérait le préserver, et résultant de l'excès de tension.
Ou bien au contraire l'ouvrier ne redoublera pas d’efforts : il ne s'inquiétera pas de maintenir la productivité de son travail égale à celle d'autrefois. Le voulant même, il se heurtera à une impossibilité absolue, car de plus en plus la productivité de l’industrie dépend moins de
l’activité de l’ouvrier que de la machine dont il est en