PROUST, Hygiène internationale
On voit quel doute subsiste sur le caractère contagieux des maladies visées par la loi de 1822. Soixante-dix millions de chiffons de laine provenant des régions où règnent la peste, la fièvre jaune et les plus hideuses maladies sont chaque année importés dans le Yorhshire, et travaillés à la main avant d'être livrés aux machines. Depuis de longues années les choses se passent ainsi, et jamais la santé des ouvriers n’en a souffert. L'enquête sur le travail des chiffons de coton et de lin employés dans les papeteries en France a donné lieu aux mêmes constatations". |
Aussi comprend-on l'embarras qu'éprouva l’Académie de médecine pour clore par des conclusions sa discussion célèbre sur le choléra en 1884°. Elle finit par se borner à déclarer que les quarantaines terrestres étaient impraticables, que le simulacre de désinfection des voyageurs et de leurs bagages dans les gares était inefficace, et à recommander aux municipalités la désinfection et l'assaïinissement.
En somme, les épidémies ont deux causes : les unes sont extérieures, les autres intérieures. Les premières nous sont peu connues, Les plus sages avouent qu'ils sont et restent réduits aux conjectures et que, par conséquent, 1l est prudent de s'en tenir jusqu'à plus ample informé aux causes subjectives. Nous serions tentés de conclure avec Bouchardat® que « les moyens que l'on « propose et que lon impose au hasard pour prévenir « ou évincer les maladies contagieuses sont d'une effica-
« cité au moins douteuse ». La meilleure hygiène, c’est,
1. Économisle français, 16 mars 1878, Fr. Passy. 2. Bulletin de 18$4, p. 914.
. BOUCHARDAT, Trailé d'hygiène.
en somme, celle du logement et de l'alimentation. Et nous ne saurions trop recommander la conclusion du mème auteur : « N’en déplaise aux désinfecteurs, aux « fumigateurs, dit-il, tout ce qu'il y à de positif et de « certain dans leurs mesures sanitaires, c'est la dépense. « Or, toute mesure sanitaire qui multiplie les dépenses «oblige les particuliers à réduire celles qui sont néces- « saires à la satisfaction de leurs besoins réels. » À ce titre, elles doivent donc être condamnées.
Aussi, comprenons-nous qu'à plusieurs reprises les quarantaines aient été condamnées par le Board of health*. Suivant lui, le degré d'intensité des diverses maladies épidémiques dépend des mèmes conditions sociales ou sanitaires : la véritable sauvegarde contre les maladies pestilentielles consiste dans les mesures qui ont pour objet de prévenir ou de supprinier les conditions sans lesquelles ces maladies ne sauraient exister, à savoir la destruction des foyers d'infection et l'amélioration des habitations.
L'assainissement des villes est revenu en honneur depuis quelques années. Mais, avant d'indiquer ce qui mérite d'être fait en ce sens, nous devons, après avoir exposé les critiques adressées à la loi de 1822, poursuivre l'historique sommaire de l'hygiène internationale.
L'application de la loi de 1822, dont nous venons de voir le développement historique, fut suspendue par la circulaire du 1% mai 1832. A cette époque, les idées contagionistes étaient battues en brèche de toutes parts, sous l'influence de ce courant d'opinion le scepticisme en matière de transmission des maladies pénétra dans le
domaine administratif, les réglements sanitaires tombèrent