‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 19 sur 161 · HUMBOLD, Essai sur les Limites de l'action de l'État · texte numérisé non relu

HUMBOLD, Essai sur les Limites de l'action de l'État

Tout ceci suppose assurément la croyance au progrès. Mais le progrès est une notion qu'il importe de bien préciser. Certaines personnes ont toujours ce mot à la bouche, Un seul rivalise généralement avec celui-ci, et partage son succès, c'est celui de « Réformes. »

Nous croyons qu'il importe de se garder d’une exagération, qui n’est d’ailleurs que lindice d’une erreur scientifique, comme l'a si bien établi M. Renouvier dans sa Science de la Morale. « De quel droit, dit-il, parler d'une « loi du progrès? On ne peut pas définir scientifiquement « le terme vers lequel l'humanité s’avance. Des faits de « progrès, oui, sans doute, il s’en produit, mais rien de plus « que des faits. Encore pour apprécier ces faits, faut-il « invoquer un idéal social quelconque ? La théorie du pro- « grès fatal et continu offre si peu le caractère scientifique « qu’on peut y voir une variante du dogme théologique de « la grâce. Elle compte sur la providence des faits succes- « sifs, qui tire le bien du mal. Elle désintéresse les « personnes de l’action vertueuse et ferme. Elle les détourne

« des jugements intègres, incorruptibles, en les engageant

« à bénir le passé, à justifier le présent quel qu'il soit, et « à compter dans tous les cas sur l'avenir... ». Les faits de progrès sont toujours dus « à une liberté en acte », toujours conquis « par une liberté contre une résistance, » Les grands progrès sociaux sont « des victoires remportées « sur les habitudes générales ». Les plus grands de tous les progrès concevables seraient aussi « les actes de liberté « les plus profonds etles plus résolus. » Les progrès de ce genre ne peuvent être dus qu'à l'initiative « de groupes « libres d'hommes choisis, ayant composé entre eux des « sociétés nouvelles et exemplaires, œuvres de passion phi-

« losophique et de puissante réflexion en des sphères

Sn 97.

« limitées, » Ces associations libres et volontaires font ce que ni l'homme individuel, ni, à plus forte raison, la masse sociale tout entière ne sont capables de faire. Elles s’arrachent à l'empire de la coutume, elles substituent des actes réfléchis à des actes mécaniquement accomplis et enchainés. « La substitution de l'association volontaire et limitée à la société fatale », tel est le moyen d'acquérir la plus grande somme possible de liberté, par conséquent de réaliser la somme la plus considérable de progrès.

L'État, agissant dans les limites que nous avons tracées, c'est-à-dire en respectant les droits acquis, concourera bien plus efficacement au développement du progrès qu'en l'imposant par voie de contrainte. Le progrès sans la persuasion, sans l'adhésion successive de tous, serait le

contraire mème du progrès.

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