‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 23 sur 161 · J. SIMON, De la liberté · texte numérisé non relu

J. SIMON, De la liberté

2, Sur l’éducation publique, p. 69.

doit ètre protégé contre des dangers ou des maux que l’action individuelle n’a pas engendrés ou qui lont été par des Individus sur lesquels l'État n’exerce pas son droit de souveraineté. Dans ces cas l’action répressive est impossible. L'action préventive pourra seule être employée utilement.

Pour l'exercice de ses attributions facultatives, pour l'œuvre de progrès dont il ne saurait se désintéresser, l'État emploiera tantôt l'action directe, selon que l'initiative individuelle devra ètre simplement encouragée ou qu'au contraire l’action individuelle ne s’exerçant pas, il devra y être suppléé par celle de l'État.

L'action directe sera ici plus exceptionnelle que lorsque l'État intervient comme organe de défense sociale. L'État en effet est mal placé pour entreprendre certaines œuvres soit industrielles soit commerciales. En revanche, il faut reconpaitre qu'il sera parfois à mème de diriger certains services bien mieux que ne le pourrait faire l'Individu et nous en verrons des exemples en matière d'hygiène publique. L'Individu, dont l’activité est mise en mouvement surtout par l'intérêt personnel, a une tendance à se désintéresser des progrès dont la réalisation ne le touche pas directement. L'État sera donc appelé assez souvent à intervenir.

Mais l’action de l'État s'exercera rarement ici par voie réglementaire. Le progrès ne se décrète pas. Il faut, pour le réaliser, agir surtout sur les mœurs, et la loi constitue un moyen bien imparfait d'atteindre ce résultat. D'ailleurs il ne faut pas oublier que nous avons posé en principe que l'État dans cette mission de protecteur du progrès n'a, pas plus que l'Individu, le droit de porter atteinte aux

droits légitimement acquis par d'autres Individus. Le

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champ d'action de la règlementation est donc ici très limité. Elle ne saurait en sortir sans dangers. Le progrès imposé est un progrès factice qui tôt ou tard amène des déceptions parfois chèrement payées.

Souvent l'action directe de l'État aura pour conséquence de susciter l'initiative individuelle en lui apprenant des progrès qu’elle est à mème de réaliser soit par son action isolée, soit par voie d'association. « Le meilleur gou- « vernement, a dit Goethe, est celui qui apprend aux hom- « mes à se gouverner eux-mêmes. » Le plus souvent, Paction directe de l'État sera une action impulsive. Elle devra par suite n'être que temporaire et disparaitre dès qu'elle aura produit les résultats qu’on devait en attendre.

L'action supplétive de l'État s’exercera le plus souvent à côté d’une action individuelle, moins parfaite, ou en l’absence de toute action individuelle préexistante.

Mais parfois, en vue d'assurer plus complètement les résultats qu'il se propose d'atteindre par son action directe, l'État pourrait être tenté de détruire l’action individuelle préexistante, et c'est ce qu'il fait lorsqu'il établit un monopole. Le monopole est contraire au principe des droits individuels. Aussi, sans condamner d’une facon absolue le monopole établi dans un but de progrès, nous pensons cependant que le monopole ne peut être légitime que lorsqu'il est établi dans un but de défense des droits individuels.

L'action indirecte de l'État agissant pour développer le progrès sera pour ainsi dire sans limites. Elle se manifestera surtout par l’action auxiliaire. Ce mode d’intervention présente de grands avantages sur l’action directe. Il est plus économique. Il est plus conforme à l'idée

- d'une société individualiste. Le progrès ainsi provoqué

Se —

est peut-être plus lent, mais il est moins factice. L'action directe de l'État ne devra être employée dans cette hypothèse que s’il est démontré que l’action auxiliaire ne peut produire les résultats que l'on se propose d'atteindre. Quant aux moyens dont dispose l'État pour exercer cette action auxiliaire, ils sont fort nombreux, et il serait impossible de les énumérer. Ce sont les encouragements, les récompenses, les secours divers, dont nous aurons l’occasion de rencontrer des exemples en étudiant les diverses interventions de l'État en matière d'hygiène publique.

Il est une forme de l’action indirecte de l'État qui mérite d’être encouragée et développée. Dans les différents services qu'il dirige légitimement, l’État est à mème de réaliser les progrès qui lui paraissent désirables. En essayant des méthodes ou des systèmes nouveaux l’État prèche d'exemple, et les résultats obtenus sont de nature à exercer la plus heureuse influence sur l’action individuelle. L'État, a-t-on dit, doit être un patron modèle. Rien n'est plus juste. Mais l'État doit être un modèle dans toutes les fonctions qu'il exerce, et en particulier

nous dirons qu'il doit être un hygiéniste modèle.

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