‹ De l'intervention de l'État en matière d'hygiène publiqueChapitre 49 sur 161 · D., ibid · texte numérisé non relu

D., ibid

quences de son erreur sont limitées; de plus, il subit personnellement les effets de son erreur, en sorte qu'il la corrige s'il la reconuait, ou qu'elle l’écrase sil y persiste. L'État, lui, décidant par mesure générale et par voie d'autorité, se trompe pour tout le monde. Et de plus, comme ses représentants ne supportent pas les conséquences de leurs décisions et de leurs actes, comme ce n'est pas de leur poche, mais de celle de tout le monde que se paient les erreurs ou les bévues officielles, la force de redressement fait défaut, et le mal persiste jusqu'à ce qu'il ait atteint un degré d'intensité qui le rend intolérabie.

La question finaneière ne doit pas être non plus perdue de vue, Sans doute on devra moins regarder à l'argent dans un pays comme le nôtre, pour lequel, à l'heure actuelle, les réformes hygiéniques sont d'une urgente nécessité. Mais encore ne faut-il pas ruiner le pays. On cite souvent, et avec raison, l'exemple de l'Angleterre. Mais l'Angleterre n’a pas les mêmes charges que la France. Où en serions-nous si, {out en menant de front la reconstitution de nos forces militaires et notre réorganisation scolaire, nous avions dépensé plus de trois milliards en quelques années comme l'Angleterre, pour prévenir par des travaux d'assainissement le retour offensif des épidémies ? Il y a, hélas! à l'heure actuelle des préoccupations encore plus poignantes que celles des épidémies etilest telle invasion plus redoutable que celle du choléra, en vue de laquelle il convient de ménager le crédit financier du pays.

Heureusement il est bien des eas dans lesquels les travaux d'assainissement peuvent se faire sans grandes charges pour l'État. On peut considérer en effet que la

salubrité d'une propriété est une charge naturelle de

cette propriété. En donnant de l’eau à une maison, en la rattachant à un égout, la commune fournit au propriétaire les moyens d'accomplir son devoir; elle peut done exiger de ce propriétaire la contrepartie du service qu'elle lui rend en faisant sa propre affaire. Et rien n’empèche que la redevance imposée au propriétaire soit calculée de telle sorte que son montant représente l'intérêt et l’amortissement du capital employé aux travaux. C'est ce principe fiscal qui vient de prévaloir dans les lois récentes qui ont permis à diverses municipalités d'organiser le système du tout à l'égout.

Nous pensons qu'il était utile de signaler tous les écueils auxquels une action irréfléchie de l'État en matière d'hygiène pourrait se heurter. Il en est encore un que nous n'avons qu'à rappeler brièvement, puisque notre théorie des rapports de PÉtat et de l'Individu à eu pour but de le mettre mieux en relief : c’est celui qui résulterait d’un déplacement des responsabilités, de la substitution d’une loi nationale au devoir propre des Individus, dans le discrédit que lon jetterait sur ceux-ci pour reporter toute sa confiance sur les administrations publiques, dans le besoin toujours croissant d'appeler l'État à son aide et dans l'affaiblissement de l’idée qu'on peut avoir de la puissance de l’action individuelle.

Il importe donc de ne pas tomber d'un excès dans l'autre. Et, si légitime que soit l'intervention de l'État en matière d'hygiène, si nécessaire que soit le développement de cette action, évidemment insuffisante à l'heure actuelle en France, il était indispensable de bien préciser les limites dans lesquelles elle doit s'exercer, de Signaler les fautes que l’on doit éviter. Il y va du succès mème

de l’œuvre que l'on poursuit,

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