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« tend pas du tout et elle exige encore moins, qu'en vertu « de cette obligation, je me fasse même un devoir de sou- « mettre ma liberté à cette restriction: seulement la raison « dit que, d’après l’idée qu'elle nous en donne, notre liberté «est soumise à cette restriction, et que les autres peuvent « aussi la contraindre de s'y soumettre en effet; voilà ce « qu'elle propose comme un postulat, qui n’est susceptible « d'aucune autre preuve, »
Ceci ne nous apprend toujours pas de quelle facon l'usage de mon libre arbitre pet s'accorder avee la liberté de chacun ; quand il porte atteinte à la liberté d'autrui, quand je peux être légitimement contraint à ne pas user de toute ma liberté.
Au fond, tous ces systèmes savants ne sont que la traduction philosophique de cet axiome courant que la liberté de chacun est limitée par la liberté égale d'autrui. Mais ils ne nous disent pas où se trouve cette limite.
Il importe cependant de la déterminer. Jusque-là les sociétés demeureront placées sous le règne de la force ; de la force individuelle, dans les sociétés inorganisées ; de la force sociale, c’est-à-dire de la loi, dans les sociétés organisées. La loi peut être bonne où mauvaise, libérale ou tyrannique, car n'est-elle pas en fait l'expression d'une majorité de volontés ? Pour cette majorité, comme pour chacune des volontés individuelles, il est indispensable de déterminer le point exact où la liberté d'un Individu empiète sur celle d’un autre Individu. Alors, sans doute, il faudra encore compter avec la force, mais au moins ses crimes seront désormais sans excuse.
Une certaine école qui se rattache à la doctrine individualiste prétend que la liberté doit être limitée non
seulement par le respect des droits d'autrui, mais encore
par les nécessités sociales reconnues par la loi. Une question analogue à celle que nous nous sommes posée relativement au respect dù à la liberté d'autrui apparait ici non moins pressante. Quelles sont ces nécessités sociales reconnues par la loi? où commencent-elles ? où finissent-elles ?
Faut-il dire avec un philosophe contemporain! que l'Individu n'est « qu'un organe de l'humanité», qué la Liberté n’est qu'un moyen, et qu'elle doit ètre subordonnée « au développement de l'humanité conçue comme « un être collectif dont nous sommes les organes conscients «et libres?» Les nécessités sociales ne seraient dès lors autre chose que la protection du libre développement de l'humanité, et la loi serait légitime à la seule condition de servir les intérèts de celle-ci.
Mais qu'est-ce bien que cette humanité ? quels sont ses droits ? quels sont ses devoirs ? quelle est sa fin et peutelle donc être autre que celle de l'Individu ? Concçoit-on une force fictive ayant une fin supérieure à celle des forces réelles qui la constituent? Le développement de l'humanité, n'est-ce pas le développement même de l'Individu ? La nécessité sociale n'est-ce pas la protection de la liberté individuelle ? Toute-mesure législative qui ne serait pas fondée sur la nécessité de défendre les droits de l’Individu, serait-elle légitime ?
De telle sorte qu'il faut bien reconnaitre que toute la théorie des rapports entre l'Individu et l'État repose sur la soiution à donner à ces deux questions qui n'en font qu'une : où commence le respect dû aux droits d'autrui,
el quand ces droits sont-ils violés ? quand est-il néces-