ANGLETERRE
L'Angleterre est, de tous les centres d’émigration, celui dans lequel il existe la plus grande liberté de circulation. C'est, en même temps, le premier qui en a adopté le principe. De Lolme pouvait dire, en 1785, dans un commentaire de la Constitution anglaise, que la liberté individuelle comprenait, d’après les jurisconsultes anglais, le droit de propriété, le droit de sûreté personnelle et la « faculté locomotive ».
La législation ne met aucun obstacle à l’émigration des nationaux; pendant longtemps, elle l’a subventionnée et, aujourd’hui encore, cherche à la diriger vers les colonies. Ce système de liberté a certainement contribué pour une forte part à l'influence que l'élément anglo-saxon a pris dans le monde entier.
L'intervention des pouvoirs publics anglais dans l’émigration envisage quatre buts différents : elle renseigne l'émi-
Sources : The Standard library Cyclopedia : Mot : Emigration, Londres, 1848.
Statistical Tables relating to emigration and immigration, London, 30 mars 1896.
Blue-Book, 1896.
Emigrants Information Office Handbook, 1897.
Communication de M. RarraLovicH au Congrès de 1889.
The Chamber Commerce Journal.
gration d’une façon officielle et exacte ; elle la favorise, au moins en principe, par des subventions en argent; elle s’efforce de la diriger vers ses colonies, elle tâche enfin, par une législation appropriée, d'attirer dans ses ports les émigrants étrangers pour faire bénéficier de leur transport sa marine marchande.
Les renseignements sont aujourd'hui fournis aux émigrants par « l’'Emigrant's Information Office » dont le siège est à Londres, et qui a été fondé en 1886 (1).
Cet Office avait eu un précédent dans la « Colonial Land and Emigration Commission » créée en 1840. Cette dernière se composait de 3 membres; mais elle avait des agents dans les principaux ports de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et des colonies. Elle publiait, comme l'Office actuel, des renseignements utiles aux émigrants; cependant, elle en différait en ce que son but principal était la vente des terres en Australie. Elle disparut en 1878.
L’ « Emigrant’'s Information Office » actuel n’est pas à proprement parler une institution d'État; mais il est en relations très étroites avec le département des Colonies. Il recoit de l’État une subvention (25,000 francs) et jouit de la franchise postale. L'impression de ses affiches, brochures et circulaires a lieu aux frais de l'État. Son Conseil d’administration, enfin, est nommé par le secrétaire des Colonies.
Son but est ainsi indiqué dans l'en-tête de toutes les publications qui émanent de lui : « Cet établissement a été « établi par le gouvernement de Sa Majesté, dans le but de « donner à ceux qui veulent émigrer des informations « dignes de confiance concernant l’émigration, spécialement « aux colonies anglaises ».
Ces renseignements se donnent verbalement ou par écrit. Des brochures distribuées gratuitement ou vendues à des prix infimes contiennent sur chaque pays les renseignements nécessaires à ceux qui veulent s’y rendre.
(1) 2e M. SieGrRIED, Rapport sur le Budget de 1897 (Ministère des Colonies), p. 89.
ie
Cet Office tient en outre le public au courant des choses de l'émigration au moyen d'affiches qu'il est autorisé à apposer dans les bureaux de poste. Ces affiches publient le prix officiel des transports, le nombre de passages gratuits ou à prix réduits offerts par les colonies, et l’état du marché du travail dans ces mêmes lieux.
On trouve dans toutes ses publications le désir, bien légitime d’ailleurs, de détourner l’'émigration vers les colonies. Toutes les brochures relatives à des contrées qui ne sont pas sous la domination anglaise sont suivies d’un appendice rappelant à ceux qui se disposent à émigrer: « que le climat de la plupart des pays hors d'Europe con- « vient moins aux émigrants du Royaume-Uni que les « colonies anglaises... Que, dans ces pays étrangers, les” « émigrants anglais se trouveront en face de gouverne- « ments, de lois, de langages, enfin, de modes de vie et de « travail différents de ceux auxquels ils ont été habitués, et « qu'il en résultera pour eux un grand désavantage.…. »
L’Anglais qui a l'intention d’émigrer reçoit donc, de cette façon, des renseignements qui lui permettent de choisir sa destination en connaissance de cause. Le système de liberté du gouvernement anglais ne lui permettant pas de faire plus, 1l se bornait à répandre des avis officiels pour décourager l'émigration à destination du Brésil, alors que les autres nations européennes interdisaient à leurs agents toute espèce d'opérations dans ce but.
Une enquête a été faite en 1896 pour rechercher les améliorations que l’on pourrait apporter, tant dans l’organisation intérieure que dans le fonctionnement extérieur de l'Emigrant’s Information Office (1).
On a suggéré l'envoi fréquent, aux colonies, d'agents spéciaux pour y étudier les conditions de la colonisation et l'extension de l’action de l'Office à tous les pays qui offrent
() Voir 4 ce sujet : Papers relating to the management and working of the Emigrants Information Offiee, Londres, Evrs et Srornis- Woopë, 1896.