‹ De l'Intervention des Pouvoirs publics dans L'Émigration et L'ImmigrationChapitre 72 sur 103 · AMÉRIQUE CENTRALE · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE CENTRALE

L'Amérique Centrale est peu fréquentée par l’émigration. Faut-il en trouver la cause, suivant l'opinion du consul de Costa-Rica à Berlin (1), dans une croyance populaire que ces pays sont en proie à la révolution, aux guerres civiles, au régime des « pronunciamientos », qu’il n’y a en eux ni justice ni sécurité pour la vie et la propriété ? Costa-Rica est, il est vrai, celle de ces républiques qui s’est montrée la plus hospitalière pour les émigrants ; mais il y a une grande part de vérité dans cette prétendue croyance en ce qui concerne les dissensions civiles. On peut espérer cependant qu'un traité, récemment conclu entre toutes les républiques de l'Amérique Centrale pour le maintien de la paix intérieure, produira d’heureux résultats.

Le gouvernement de Costa-Rica proposait, en 1848, de recevoir des déportés et de leur donner des terres. En 1849, il établit à Paris un bureau de recrutement pour l’envoi de 1,500 émigrants; mais personne ne se présenta, malgré la promesse d’une subvention en argent, d’une concession de terrain et de l’exemption de contributions pendant quinze ans.

Le gouvernement costaricain reprit ses propositions en

(1) ee Informes consulares, San José de Costa-Rica, juin 1896, page 9.

1860. Il s’adressa, cette fois, à une société suisse. [Il luraccordait une portion de territoire de dix lieues carrées, de 9,000 varas espagnoles, à prendre « dans une ou plusieurs « localités au gré du gouvernement, quelque ëèloignées « qu'elles soient les unes des autres ». La société pouvait choisir elle-même son terrain; il eût alors été réduit d’un tiers. Ces propositions n’eurent pas de suite.

La Constitution du 7 décembre 1871 accorde aux étrangers tous les droits des citoyens, ils peuvent exercer leur industrie, etc., ils né Sont tenus ni de se faire naturaliser, ni de payer de contributions extraordinaires.

Malgré tous ces efforts, l'élément étranger de Costa-Rica est peu considérable. Au cours de 1892, sur une population de 243,205 habitants, on ne comptait que 2,879 étrangers, soit 1,18 0/0 ainsi répartis :

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Au Nicaragua, le gouvernement se propose d'attirer l’émigration ; qu'il considère « comme le meilleur remède, qui « puisse être appliqué pour mettre fin aux dissensions poli- « tiques (1) » qui ravagent les républiques de l'Amérique Centrale.

A cet effet, une loi publiée en 1897, décide d'établir à New- York et dans certaines villes d'Europe des bureaux de renseignements, chargés de fournir des informations de tout genre concernant la République de Nicaragua, en vue d'y attirer l’émigration.

Le recensement de 1892 accusait la présence de 371 étran-

(1) Préambule de la loi de 1897,

gers. Leurs propriétés étaient estimées 4.205,160 pesos, soit environ trois millions de francs. Les Allemands et les Italiens comptaient dans ce nombre pour environ 900,000 francs chacun, et les Français pour 200,000 francs. Les nationalités étaient ainsi réparties.

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Le Salvador (1) accordait quelques avantages à l’émigration, mais il exigeait en retour la naturalisation. Ce pays fut en révolution jusqu’en 1885. Sa Constitution date du 13 août 1886 ; elle contient quelques dispositions relatives aux étrangers. Ceux-ci doivent observer strictement les lois salvadoriennes (art. 45); ils ne peuvent réclamer du gouvernement une réparation quelconque pour quelque dommage que ce soit (art. 46); le seul fait d’avoir accepté un emploi public, sauf le professorat et la milice, confère la nationalité (art. 48); ces règles ne pourront être modifiées par traité international (art. 49). Les émigrants ne peuvent, enfin, recourir à la voie diplomatique, qu’en cas de déni de justice, et seulement après avoir épuisé inutilement, les recours de droit commun établis par les lois (art. 89).

La loi du 3 mars 1877, dégageant la responsabilité de l'Etat à l’occasion de pillages ou exactions en temps de guerre, insurrections ou anarchie, ne donne aucune garantie à la propriété dans un pays continuellement en proie aux luttes intestines.

Le climat de la République de Honduras, plus sain que

(1) BraNconr, Cartes commerciales, Paris, Chaix, 1891.

celui du Salvador, se prêterait mieux à la colonisation euro péenne. Dès 1876, les pouvoirs publics ont essayé de relever ce pays épuisé par les guerres civiles.

Le Guatémala offre aux immigrants certaines immunités fiscales ; mais pas plus que dans les contrées voisines, l’immigration ne répond à ses avänces. Les terrains sont achetés à l'État au prix de 200 francs les 45 hectares. Les Indiens qui habitent sur le terrain sont tenus de travailler pour le propriétaire moyennant le paiement d’un salaire officiel. En cas de refus de leur part, le propriétaire pourrait les expulser (1).

(1) Recueil consulaire belge, année 1885, tome LIT, page 467.

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Les causes qui ont, pour ainsi dire, empêché toute émigration de travailleurs européens au Mexique sont nombreuses.

À côté des raisons climatériques, il faut tenir compte du régime du louage d'ouvrage, qui tient le travailleur dans une sorte de sujétion à laquelle ne saurait se soumettre un Européen ; la population indigène, d'autre part, est très dense et travaille pour des prix excluant toute concurrence ; il n’y a enfin que peu d'années que le Mexique jouit de la paix intérieure, actuellement très assurée sous la présidence du général Porfirio Diaz.

L’étranger y fut d'ailleurs longtemps un ennemi; on voyait toujours en lui un Yankee. En 1854, on mentionne cependant une loi nommant des agents, chargés de recruter les colons. Ceux-ci auraient bénéficié de l’avance du passage et de la concession d’un terrain, qu'ils auraient remboursées en un certain nombre d’annuités.

En 1885, le Mexique s’associait aux efforts tentés par les Etats du Sud des Etats-Unis pour attirer l'immigration (création de The Southern States and european land and emigration Company). Les immigrants, amenés aux frais du gouvernement, auraient été considérés comme mexicains et soumis aux lois, dont ils recueillaient les bénéfices. C'était mettre un obstacle à l’arrivée de ceux, que leur position de fortune ne rendaient pas indépendants. Une loi du 27 no-

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vembre 1896, complétée par un règlement du 6 septembre 1897, concerne la concession gratuite de terrains nationaux (1).

L'agriculture n’y fut pas considérée, dès le début, comme source de fortune ; la recherche des métaux précieux absorbait, avec l’industrie, le travail de tous les habitants. Le développement constant de la production caféière prouve cependant que les immigrants pourraient, de ce chef, trouver des garanties de réussite.

L’exportation des dernières années pour le café se chiffre ainsi :

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Le Mexique semble devoir s'ouvrir à la colonisation japonaise. Le premier pas dans ce sens serait l'établissement d’une ligne de navigation entre Salina Cruz et un port Japonais. On signale, depuis cette création, des achats considérables de terre par des Japonais dans l’État de Chiapas (août 1896).

(1) V. Semana Mercantil, Mexico, 4 octobre 1897. (2) La piastre mexicaine — 3 fr. 75 environ.

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