‹ De l'Intervention des Pouvoirs publics dans L'Émigration et L'ImmigrationChapitre 86 sur 103 · IMMIGRATION NOIRE · texte numérisé non relu

IMMIGRATION NOIRE

La main-d'œuvre noire fut longtemps employée à l’état servile. Pendant toute cette période, il n’y avait pas immigration proprement dite ; le nègre était enlevé de force de son lieu d'origine et transporté au loin pour être vendu à un planteur dont il devenait la chose (1).

L'esclavage fut aboli dans les possessions anglaises le 28 août 1833, après deux précédentes tentatives en 1787 et 1807.

Dans les colonies françaises, il fut supprimé une première fois le 16 pluviôse an II, rétabli en 1802 et définitivement aboli le 27 avril 1848.

Les autres nations européennes suivirent cet exemple, le Danemark en 1847, la Hollande le 8 août 1862. Ce fut, au Brésil, le dernier acte de l’Empire, avant sa chute, en 1889.

Le premier résultat de l'émancipation fut une désertion par les noirs, non seulement des plantations sur lesquelles ils avaient été jusqu'alors employés, mais de toute occupation agricole qu'ils considéraient comme la caractéristique du travail servile. On fut, en certains endroits, sous peine

(1) On trouve dans le journal Le Commerce, publié à Rio (année 1885) des annonces ainsi COnCÇues :

A vendre par besoin d'argent : un robuste nègre, prix: 1,100,000 reis.

A vendre : une gracieuse et sympathique créole, honnête et bien élevée.

À vendre : une belle mulätresse, sachant coudre et travailler, douce et caressante avec les enfants.

Ce

de compromettre toutes les cultures, obligé de tempérer les effets des lois abolissant l'esclavage en forçant les noirs à contracter un engagement sur une exploitation agricole pour un certain laps de temps.

Il se forma bientôt des agences dont le rôle consistait à provoquer des contrats de la part d’indigènes des côtes africaines, qui consentaient à être transportés, pour un délai fixé, sur un territoire où ils louaient leurs services à un propriétaire,

Les procédés qui furent employés pour ce recrutement furent tels, que les gouvernements durent intervenir pour éviter cette sorte de « traite ».

L'Angleterre désigna comme seuls lieux fente autorisés, les ports de Sierra Leone, Bonavista et Loanda (16 février 1843); puis voulut appliquer un régime analogue à la côte occidentale de l’ Afrique tout entière, mais l'essai ne réussit pas. Par la suite, elle se procura des travailleurs nègres d’une façon toute spéciale. « S'arrogeant le droit absolu de surveillance de la traite sur les côtes d'Afrique, elle arrôte tous les navires ayant embarqué des Africains, les traite en négriers, s'empare des noirs qui sont à bord et les transporte dans ses colonies de Sierra Leone ou:de Sainte-Hélène, où elle les débarque sous prétexte de leur rendre la liberté. ‘Puis elle ne tarde pas à obtenir d'eux leur engagement volontaire pour l’une de ses colonies (1) ».

L’Angleterre introduit, encore de nos jours, des travailleurs noirs dans ses colonies de Sierra Leone, Côte d'Or, Lagos et surtout dans le protectorat du Niger. Ces travailleurs sont originaires de la République de Libéria. Celle-ei frappe d'un impôt de 40 schellings chaque Krooby recruté ; elle perçoit cette taxe avec une rigueur extrême et l'on rapporte qu'une canonnière libérienne n’hésita pas à tirer sur un navire anglais qui emportait des noirs et qu’elle soupconnait de n'avoir pas acquitté l'impôt. Cette taxe aurait été récem-

(1) V. De Laxessan, Expansion coloniale de la France, p. 801.

ment supprimée:pour les Kroobys recrutés à destination des colonies anglaises, par une convention conclue en 1896 (1). .. L'immigration de travailleurs africains dans les colonies françaises fut de courte durée (si l’on en excepte celle, peu considérable, qui eut lieu jusqu'à nos Jours, à Mayotte et Nossi-Bé). | |

De même que l'Angleterre, la France se vit obligée d'intervenir dans le recrutement des noirs, par suite des ‘abus qui étaient commis. Elle avait, à cet effet, en 1857, conclu un traité pour l'introduction, à la Guadeloupe, de 7,500 immigrants ; mais ce traité ne put être exécuté par défaut d'engagés volontaires.

L'immigration africaine fut interdite à ‘Ia Réunion dès 1859.

Mayotte et Nossi-Bé continuèrent seules à recruter des travailleurs sur les côtes d'Afrique et à Madagascar; par la suite, une convention conclue avec le Portugal, en 1881, autorisa les propriétaires de ces colonies à faire venir leur main-d'œuvre des colonies portugaises du Mozambique.

C'est également de cette origine que le Transvaal tire les travailleurs nécessaires à l’exploitation des mines d’or. La. question de la main-d'œuvre est en effet capitale et, pour s’en procurer, le gouvernement transvaalien a pris les dispositions suivantes :

« Tout chef de tribu indigène recevra, pour chaque indigène de sa tribu ayant travaillé un an sur les fermes ou dans les mines, une prime de 2 sh. si le nombre des indigènes ayant ainsi travaillé est de 10 au plus; il recevra 3 sh; si ce nombre.est compris entre 10.et 25; la prime sera de 4 sh. si ce nombre est compris entre 25 et 50. Audessus de 50, il lui sera alloué une prime uniforme de 5sh. »

(1) V. Le Temps, 11 septembre 1896.

D'autre part, la taxe élevée, mise par le gouvernement portugais sur chaque émigrant recruté par le Transvaal, . était un obstacle au développement de cette émigration. Des négociations eurent lieu et ont abouti à une conven-

tion dont voici le résumé :

« La taxe de passeport perçue par les autorités portugaises est réduite de 27 sh. 6 par noir à 7 sh. 6. Les passeports seront désormais délivrés pendant tous les jours ouvrables de sorte qu’on n’éprouvera aucun retard dans l'expédition des noirs aux champs d’or. Les agents de recrutement pourront, en outre, obtenir les passes portugaises et transvaaliennes au même endroit, tandis que, jusqu’à présent, la redevance aux autorités portugaises devait être versée à Ressano Garcia, et celle des passes transvaaliennes à Komati-Port. Cette facon de procéder facilitera sensiblement la conduite des noirs de Lourenco-Marquès à leur lieu de destination. Le gouvernement transvaalien construira aux environs de Johannesburg un casernement auquel Seront amenés tous les indigènes recrutés : ils y seront confiés à un préposé désigné par les autorités portugaises et qui devra habiter dans le voisinage ou sur les lieux mêmes. Ce contrôleur recueillera les passes délivrées par les autorités portugaises et les conservera jusqu’à l'expiration de l'engagement de l’indigène qui devra s’adresser à lui pour obtenir un passeport de retour. Tout indigène sera à son arrivée inscrit sur les registres du contrôleur avec le nom de celui pour qui il doit travailler. Il sera délivré des permis de cireulation pour le Transvaal seul; ces permis devront porter le numéro du passeport portugais et seront remis contre payement de 2 sh. 6 qui devront être versés au contrôleur par celui qui doit employer l’indigène.

« Cette taxe, comme celle du gouvernement portugais et toutes les dépenses faites au cours du transport seront réclamées une fois par mois.

« Les Directeurs de mines soumettront au contrôleur un

relevé des indigènes à leur service venant du territoire de Mozambique et celui-ci pourra visiter les différents casernements des Compagnies pour vérifier l'exactitude de ces relevés et s'assurer qu'il ne s'est produit aucune désertion, Tout indigène désirant changer de maître au terme de son engagement devra obtenir l’assentiment du surveillant et se fait inscrire de nouveau moyennant 10 shellings, et versement de la même somme le jour où il réclamera sa passe de retour.

« Lors du versement de cette deuxième taxe, le titulaire rentrera en possession du premier passeport portugais qui lui avait été délivré: Les autorités portugaises s'engagent à punir tout indigène qui serait rentré au pays sans ladite passe et celui-ci pourrait être obligé de retourner pour terminer son engagement si son loueur l’exigeait (1) ».

Les permis de circulation qui sont délivrés aux indigènes sont nommés «passes». Ces bulletins doiventêtre renouvelés tous les mois, ce qui permet de vérifier si les assujettis remplissent leurs conditions d'embauchage. Cette mesure, excellente en principe, est soumise à des formalités et exécutée d’une façon telle qu’elle devra, si l’on n’y porte remède, détourner les travailleurs noirs qui viennent chercher du travail (2) au Transvaal.

(1) Extrait du Bulletin de la Chambre des mines de Johannesburg, du 12 novembre 1897.

(2) V.à cesujet : Économiste Européen, 12 déc. 1896.

Page 1