‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 12 sur 36 · MO · texte numérisé non relu

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niura, sans albumine, dans l'urine d'un saturnin peu cachectique, mais en proie à des accidents cérébraux assez légers.

Obs. iX. A.., salle Saint-Louis, 19 (Beaujon, 1874), travaille à Clichy depuis un an. Colique légère, il y a cinq mois. Peu cachectique. Entre pour des étourdissements, tremblements, embarras de la parole, céphalalgie intense, vertiges, etc.

Urine hémaphôique au premier degré, c'est-à-dire ayant seulement la coloration ambrée. Sédiment minium abondant.

Pas d'albumine. L'urine est normale à la sortie du malade.

Nous n'insisterons pas sur le type secondaire dans lequel le ton jaune normal de l'urine s'affaiblit au point que celle-ci prend peu à peu les caractères des urines anémiques : pâleur, faible densité, coloration très-peu intense si l'on traite par l'acide nitrique, etc., quelquefois alcalinité. Une telle urine est l'indice des altérations profondes laissées dans l'organisme par le passage du plomb.

§ 3. — Coup d'œil général sur les modifications apportées par le plomb dans l'organisme. — Arrêt dans les échanges nutritifs, cachexie anémique saturnine. — Influence sur la vie de l'espèce. — Recherchesde Constantin Paul, de F. Roque.

Nous essayerons d'examiner maintenant brièvement l'action générale exercée sur l'économie par les composés plombiques au cours de leur lente évolution dans les organes et les tissus. L'un des effets les plus saisissants de l'action lente du métal est l'amaigrissement souvent énorme qu'il détermine chez les saturnins chroniques. L'anatomie pathologique nous apprend que c'est sur la fibre musculaire elle-même et non sur la graisse interstitielle que porte en premier lieu cette action de dénutrition. On trouve en effet les déchets des fibres musculaires dans les urines bien avant d'y découvrir ceux des graisses (1).

D'un autre côté les muscles eux-mêmes se détruisent par défaut simple de nutrition dans un grand nombre de régions non paralysées; la parésie générale des saturnins cachectiques ne

(i) Gubler et Alb. Robin, communie, orale.

paraît pas reconnaître d'autre cause. Les fibres lisses des plans sous-rauqueux, des vaisseaux artériels, des veines ont été vues granulo-graisseuses par des observateurs différents. (Kussmaul, — Duroziez, — Rosenstein, — Ilitzig.) Enfin les combustions organiques paraissent ralenties dans un certain nombre de cas ou plutôt dans de certaines conditions. Si l'on nourrit un saturnin surabondamment, c'est-à-dire si on lui donne une nourriture analogue à celle des ouvriers anglais par exemple, il ne pourra plus brûler les substances album inoïdes assimilées : au lieu d'en faire de l'urée il en fera de l'acide urique qui s'accumulera dans les tissus et créera la principale condition pathogénique de la goutte saturnine dont nous allons nous occuper dans un instant.

Aussi l'organisme languit, le sang appauvri ne peut suffire aux échanges organiques. Les éléments actifs, les globules (1) sont à la fois diminués de nombre et altérés dans leur forme, probablement aussi dans leur qualité. Au bout d'un long temps de l'intoxication chronique le malade ne se nourrit plus, s'il a maigri, l'alimentation la plus réparatrice ne peut reconstituer ses forces, il n'assimile plus, il n'éprouve même plus le besoin de manger, sa bouche est sans cesse amère, son haleine fétide, la langue est ou sale, ou blanche et anémique, le teint se ride, la peau devient de plus en plus jaunâtre. En cet état, les urines sont claires, anémiques, l'albuminurie se produit quelquefois avec des œdèmes et quand on ouvre l'individu on trouve son rein profondément altéré. Le cœur bat irrégulièrement, il palpite à la moindre cause, les bruits anémiques du cou s'exagèrent, parfois une lésion organique du cœur se produit et l'on trouve les valvules athéromateuses ainsi que les artères. Parfois aussi l'on trouve des dépôts tophacés sous l'endocarde, les accidents goutteux se montrent du côté des articulations. Enfin, le repos, l'alimentation, la cessation du travail, rien ne peut triompher de cet état d'inertie organique.

Bien plus, le métier insalubre est abandonné, le repos gardé,

(1) Les résultats obtenus parMalassez ont f:të tout récemment corroborés par M. le professeur Béhier. Voy. Gaz. des Hôpitaux, du 11 février 187:1.

l'anémie s'aggrave encore (1). Des observations intéressantes de Malassez le démontrent. De tout ceci faudrait-il donc conclure que le plomb exerce sur les fonctions organiques une sorte d'action d'arrêt? C'est du moins une déduction qui se trouve d'accord avec les faits. On connaît des poisons qui frappent d'inertie les éléments actifs des tissus, et cela d'emblée, le phosphore en est le type (Ranvier). Le plomb arrive-t-il lentement à ce résultat dans l'intoxication chronique? On pourrait le croire.

Quand bien même tout le plomb qui s'était fixé dans l'organisme s'en est éliminé, et l'a quitté par la voie des émonctoires divers en imprimant sur ces derniers une trace profonde de ses passages répétés, on voit en effet, l'organisme tout entier comme frappé d'inertie. C'est ce qui donne à Tanémie saturnine cachectique sa physionomie particulière. C'est là aussi probablement la cause d'une série d'accidents qu'on pourrait appeler tertiaires, si l'on voulait classer les troubles amenés par le saturnisme chronique, d'après leur ordre de gravité ou plutôt de ténacité.

L'action du plomb porte non-seulement son influence sur la vie de l'individu, mais un certain nombre d'observateurs ont montré qu'elle n'était pas sans influence sur la vie de l'espèce elle-même.

Je ne ferai que signaler ici l'influence de l'intoxication saturnine chronique sur l'avortement. Tous les auteurs depuis M. Constantin Paul, s'accordent à reconnaître que le métal agit sur les fibres musculaires lisses de l'utérus pour provoquer l'expulsion prématurée du fœtus. Ainsi nous suivons cette action primitivement excitante du plomb sur les fibres lisses jusque dans les fonctions mêmes de reproduction. Les ouvrières qui manient les composés plombiques (2) ont de fréquentes métrorrhagies.

(1) Mon ami Malassez me communique à ce sujet les résultais suivants concernant le malade qui fait l'objet de son observation 7, et qu'il a suivi depuis plus d'un an (voy. p. 20, note); à sa sortie (9 janvier 1872), il avait 3,500,000 globules rouges par millimètre cube, la paralysie avait disparu. Il rentre à sa fabrique comme surveillant, il est ainsi moins exposé aux ])oussières ; le 25 septembre il est repris de paralysie des extenseurs. 11 s'en guérit de nouveau. Le 6 décembre 1873, il avait 3,080,000 et restait à ce chiffre pendant quelque temps. Il y était encore le 31 mars 1874, malgré un long séjour à la campagne.

(2) Surtout les polisseuses en caractères.

M. C. Paul a montré que ces métrorrhagies étaient des avortements. (1)

L'influence générale du plomb sur les fonctions génitales ne nous occupera point. (2) Mais nous devons rapporter ici les conclusions formulées par M. C. Paul au sujet de l'influence de l'intoxication saturnine sur la grossesse et sur la part qui revient au père saturnin ou à la mère saturnine, dans les accidents qui en entravent l'évolution, frappant parfois aussi bien l'enfant que le fœtus dans leur vitalité.

L'influence de l'intoxication saturnine de la mère est très-remarquable. Une femme bien constituée a eu plusieurs enfants bien portants, elle se met à manier le plomb ; elle avorte une première fois, puis une seconde, ou bien ses enfants sont chétifs et meurent dans le premier âge. Les fausses couches ont lieu de trois à six mois à partir de la conception, ou les accouchements sont prématurés et donnent des avortons. (3)

(1) C. Paul. Arch. génér. de Médec. 1800 et Soc. de Biologie. — Nouveaux faits relatifs à l'influence de l'intoxication saturnine sur le produit de la conception, 1861, t. III, 3* série, p. 4.

(2) Hcrmann {lac. cit.) ne dit à ce sujet que des généralités sans intérêt, et c'est ù ma connaissance le seul auteur qui ait abordé la question.

(3) La mortalité des enfants nés de mères saturnines est très-au-dessus de la moyenne dans les trois premières années de la vie de l'enfant. Voici, du reste, un abrégé de la statistique de M. Paul. .

A. — Intoxication saturnine des mères.

Sur 27 grossesses, survenues chez 5 femmes : 22 avortements, 4 enfants morts, i seul vivant.

43 grossesses après intoxication : 32 fausses couches, 3 mort-nés, 2 vivants mais chétifs.

Une femme qui avait fait 5 fausses couches quitta sa profession et eut un bel enfant. — Selon que les femmes quittaient ou reprenaient alternativement leur état, les enfants vivaient ou mouraient.

B. — Des pères.

141 grossesses par pères saturnins : 82 avortements, 4 avant terme, 5 mort-nés.

Sur les 50 vivants : 20 morts de 1 jour à 1 an. — 15 — de i an à 3 ans.

14 vivaient, mais 4 seulement avaient passé 3 ans, époque à laquelle les enfants peuvent être regardés comme ayant échappé à cette cause de mort.

Ces faits ont été conQrraés par ceux d'Archambault.

Si une femme ainsi éprouvée quitte son état et se rétablit, elle peut concevoir, mener à bien sa grossesse, avoir des enfants bien portants. La série des avortements recommencera si elle retourne à son travail insalubre.

L'influence du père, plus difficile à suivre, est moins grande que celle de la mère, mais également démontrée par M. Constantin Paul.

Enfin la descendance même des saturnins est frappée si l'on eu croit mon ami le docteurRoque, d'une infériorité marquée du côté des fonctions du système nerveux ; résultat bien remarquable si ou le rapproche de ce fait presque universellement accepté de la présence du plomb dans l'encéphale des saturnins.

Les auteurs anglais avaient signalé déjà (ann. d'hygiène 186S, de l'état sanitaire des potiers de Straffordshire) ce fait que la santé des ouvriers qui manient le plomb est des plus mauvaises, que la mortalité est grande parmi eux, surtout chez les jeunes enfants; beaucoup parmi ces derniers succombent en effet, à des affections cérébrales et aux convulsions, dans la première enfance (1).

De son côté M. Roque, dans une série d'observations prises à la Salpétrière et à Bicêtre, a constaté des cas nombreux d'idiotie, d'imbécillité et d'épilepsie chez des enfants nés de parents saturnins non alcooliques. Le travail statistique de M. Roque a porté sur 16 familles de saturnins dans lesquelles un ou plusieurs individus étaient atteints des affections précitées. Quand la mère et le père étaient tous les deux saturnins, l'influence héréditaire était encore plus marquée. Enfin l'homme et la femme, parents d'enfants idiots ou épileptiques, ayant changé d'état et s'étant guéris de leur intoxication plombique ont eu depuis, dit M. Roque, des enfants sains et bien portants.

Ainsi le plomb, même éliminé à peu près totalement, après une longue période d'intoxication chronique, crée dans l'organisme des conditions de moindre résistance, arrête ou entrave les échanges, créant ainsi une cachexie anémique, persistante et te-

(1) Et cela dans une proportion deux fois plus considérable que pour le reste de l'Angleterre.

- lis —

nace, et non-seulement il agit sur la vie de l'individu, mais encore sur celle de l'espèce, puisque s'il ne rend pas l'homme impuissant et la femme stérile (Const. Paul) il frappe leur débile postérité dans l'utérus maternel lui-même, ou dans l'enfance, ou enfin, il imprime aux produits qui résistent, ce cachet d'infériorité physique que présentent au plus haut degré les êtres imbéciles, épileptiques ou idiots.

§ 4. — Des rapports de l'intoxication saturnine chronique avec les maladies générales. — Alcoolisme. — Paralysie générale progressive. — Goutte. — Tuberculose.

Il résulte dfe tout ce qui précède que l'introduction lente et pour ainsi dire méthodique des composés saturnins et leur évolution dans l'organisme, crée en quelque sorte de toutes pièces une maladie générale, ayant ses attributs spéciaux, et conduisant à une forme particulière de cachexie. Nous connaissons ici la cause première de cette longue série d'accidents, nous en ignorons en partie les causes prochaines, mais peut-être, en vertu même de la nature connue du mal, pourrons nous un jour arriver à entrevoir ces dernières. Le saturnin chronique est en effet comme en expérience devant nous, il constitue un objet précieux d'étude pour le pathologiste, et j'ai cherché jusqu'à présent dans ce travail, à précisément montrer comment on doit l'étudier. Mais un rapport de plus, unit l'intoxication saturnine aux maladies chroniques spontanées et d'origine inconnue. Elle paraît en effet exercer sur quelques unes d'entrés elle une certaine influence. On a même avancé qu'elle est antagoniste de la plus commune, la phthisie tuberculeuse, qui est en même temps la plus redoutable.

Je ne m'arrêterai pas longtemps sur les rapports de l'intoxication saturnine chronique avec l'alcoolisme. Celui-ci est la plupart du temps l'adjuvant de celle-là. Un grand nombre de saturnins sont buveurs, de telle sorte que les effets des deux intoxications se composent. On voit alors les accidents nerveux, les tremblements, l'albuminurie, la tendance en un mot, à l'arrêt des échanges organiques, se produire chez les alcooliques saturnins avec une

— IIG —

grande facilité. C'est aussi chez ces derniers malades qu'on voit s'établir graduellement, et succédant à la parésie générale, la parahjsie générale progressive étudiée par M. Devouge.

Il y a peu de choses à dire de cette forme saturnine de la paralysie générale. Devouge, Marcé, M. Falret et les autres aliénistes ne lui reconnaissent aucune particularité différentielle digne d'être notée (1). On établit surtout cette forme par l'anamnèse, par l'existence du liséré saturnin, et de la cachexie plombique, si caractéristique pour le clinicien.

Mais les rapports de l'intoxication saturnine avec la goutte mni plus intéressants à étudier. Nous avons vu dans le paragraphe précédent, combien le saturnin chronique exécute difficilement ses échanges organiques. La multiplicité des stéatoses est chez lui l'indice de l'insuffisance des combustions. Or, les combustions insuffisantes paraissent aboutir, dans beaucoup de cas, à la formation de l'acide urique, d'un autre côté les émonctoires des saturnins sont compromis dans leur fonctionnement.

Si comme nous l'avons dit, dans ces conditions, le saturnin est soumis à une alimentation ou l'azote domine, les conditions sont favorables pour la formation et la fixation dans les tissus de l'acide urique, sous forme de dépôts d'urates de soude. Or, en 18o4, Garrod a formulé nettèment comme une loi, la tendance des ouvriers anglais saturnins à contracter la goutte.

En effet, plus d'un quart des goutteux observés par lui, avaient éprouvé des accidents d'intoxication plombique (2) : sur 12 malades goutteux et saturnins, 2 avaient éprouvé un ou plusieurs accès de goutte, les i 0 autres avaient le sang riche en acide urique. Plusieurs enfin, avaient été pris d'accès goutteux à la suite de l'administration du plomb comme médicament ; l'ingestion du plomb et l'explosion de l'accès avaient été nettement isochrones. Garrod se demanda si chez les saturnins la production de

(1) Voy. les auteurs précités. — Magnan, Communication orale.

(2) Garrod (/oc. cit. in Reynold's System). 30 0/0 de la population goutteuse de l'hôpital a subi l'inlluence du plomb : les uns ont eu la colique des peintres, certains la chute du poignet, tous ont eu le liséré; ils n'avaient pas d'habitudes intempérantes plus que les autres malades. (Textuel.)

l'acide urique était augmentée ou si ce produit, s'étant formé dans l'organisme en quantité normale, ne pouvait plus être éliminé suffisamment. Les lésions du rein, très-analogues à celles qu'on trouve dans la goutte, semblaient en faveur de cette dernière hypothèse. Aussi Garrod, se fondant surtout sur deux observations, conclut que la rétention de l'acide urique se produit chez les saturnins et cause ainsi la goutte.

Il est, on le prévoit, difficile de démêler, quand on observe des individus qui se gorgent de viandes et de bières fortes, la part qui revient, dans la production du saturnisme, à l'hygiène alimentaire et à l'action du plomb. C'est ce que M. le professeur Charcot a fait remarquer avec raison en étudiant cette question. Il a même été conduit à conclure, dans un sens diamétralement opposé à Garrod, que la goutte est peu fréquente chez les ouvriers saturnins de Paris.

Ce n'est pas à dire pour cela que la goutte n'existe pas concomitament avec l'intoxication saturnine. Deux cas en effet peuvent se présenter, ou bien l'individu en puissance de goutte héréditaire ou acquise deviendra saturnin, et alors il paraît évident que le saturnisme aura sur sa goutte existante une action adjuvante et l'exagérera; ou bien un saturnin, ce qui arrive rarement en France du moins, suivra une hygiène propre à favoriser l'apparition de la goutte, et le terrain saturnin pourra peut-être favoriser l'éclosion de celle-ci. Mais ce que M. Charcot a bien rtiontré, c'est que rien ne prouve que l'intoxication saturnine puisse développer par elle-même la goutte en vertu d'une sorte d'influence productrice qui lui serait particulière. (1)

Il serait hors de propos de décrire ici la goutte chez le saturnin. Nous en donnons du reste une observation (voy. pièces justificatives, Obs. XXII). Je ferai seulement remarquer qu'il faut bien se garder de confondre avec la douleur et le gonflement goutteux d'une part, la tumeur dorsale du poignet, qui comme nous l'avons

(I) M. Charcot a néanmoins observé, dans le service de M. Pidoux, un CHS de goutte dans lequel on ne trouvait d'autre cause appréciable que l'intoxication saturnine. Mais on ne connaît pas toutes les causes de la goutte, en dehors de l'hygiène alimentaire.

vu n'appartient point à la goutte, et d'un autre côté lesarthralgies. Mais c'est une grave complication pour un goutteux que d'être saturnin ; pour un saturnin d'être goutteux. C'est dans ces cas qu'on a observé surtout l'albuminurie chronique et l'urémie (1) dont souvent l'état même du rein chez le saturnin goutteux donne une explication tout à fait satisfaisante.

On ne s'est pas contenté d'établir des rapports de causalité et d'influence réciproques entre la diathèse goutteuse et l'intoxica- ^ tion saturnine chronique. Beau a été plus loin, il a affirmé nettement l'antagonisme entre l'intoxication saturnine et la tuberculose, il a fait du plomb un médicament anti-tuberculeux et ses opinions ont trouvé un appui dans l'autorité considérable de M. le docteur Pidoux (2).

Pour ce dernier auteur comme pour Beau, l'antagonisme dont nous parlons ici est évident. Il n'est cependant pas admis par la majorité des pathologistes et les statistiques n'en ont pas confirmé l'existence.

Bien au contraire dans un travail tout récent dont la première partie seule a paru, L. Hirt affirme que la phthisie pulmonaire est plus fréquente chez les ouvriers qui vivent au milieu des poussières plombiques, (3) que chez ceux qui subissent de la même iaçon l'action du fer et du cuivre. Ces derniers ne lui donnent en effet que 12 plithisiques pour cent, on en trouverait 21 pour cent chez les ouvriers qui travaillent le plomb.

Si d'un autre côté l'on compare, avec LudwigHirt, les vitriers, peintres, polisseurs de caractères, vernisseurs, qui sont aussi exposés aux émanations plombiques, on arrive à peu près au même résultat que pour les imprimeurs ; ces professions fournissent dix-huit phthisiques pour cent. Chez les broyeurs de couleurs, on voit môme la phthisie pulmonaire entrer pour un quart dans le nombre total des maladies.

11 est bien certain qu'on doit ici, comme pour l'asthme satur-

{i) Voy., pour ce point spécial, le premier travail d'Ollivier, déjà cité.

(2) Tanquerel indi(|iiait aussi la rareté de la phthisie chez les ouvriers qui manient le jilomb.

(3) Imprimeurs. — Compositeurs. — Fondeurs de caractères.

nin, faire entrer en ligne de compte l'action mécanique des poussières, agent actif des phthisies professionnelles. Mais, si de nouvelles recherches sont nécessaires sur ce point, on peut néanmoins dire que rien n'est moins prouvé actuellement que l'antagonisme entre le saturnisme et la tuberculose. Ceux qui manient le plomb ne sont pas préservéi, et d'autre part l'ingestion de ce métal , contrairement à l'espoir de Beau , n'a malheureusement jamais amené la guérison de la phthisie pulmonaire (1).

(I) Nous croyons utile de reproduire ici un tableau statistique cité par Hirt, el qui permettra au lecteur de contrôler les faits qui ont été exposés dans le texte.

pnoFEsioNs.

Phthisie.

Catarrlie chronique des bronclie».

ai

Pneumonie.

Maladies chroniques abdominales.

ai

a a s si

Maladies du cœor.

Maladies aiguës.

Mortalité.

Durée de la vie.

Sur 100 malades.

Broy. de couleurs. . .

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