CONCLUSIONS GÉNÉRALES
L'action lente et prolongée du plomb, sa fixation dans l'organisme probablement sous forme d'albuminates, son élimination par les diverses voies s'accompagnent de phénomènes morbides multiples et divers et à lente évolution. Débutant peut-être par des accidents d'imprégnation locale rapidement suivis d'une anémie particulière et qui ne cessera plus, l'intoxication saturnine chronique marche peu à peu vers une cachexie dont le type lui appartient en propre, et que j'ai décrite. Cette marche même est interrompue par des épiphénomènes aigus, la colique, l'arthralgie, l'encéphalopathie, qui font irruption subitement quand survient une recrudescence dans l'empoisonnement, et qui passent quand s'est rétabli l'équihbre entre l'apport du poison et son élimination régulière. Le plomb agit alors lentement sur les organes et les tissus. Il les avait d'abord excités dans les premières périodes, celles où l'on voit surtout apparaître les épiphénomènes aigus.
Plus tard, il semble déterminer une véritable action d'arrêt sur la vitalité même des éléments anatomiques; les stéatoses multiples se produisent, les tissus nerveux et musculaire s'altèrent sous l'influence du plomb; il n'est pas jusqu'aux tissus du squelette qui ne soient atteints, le plomb est dans les os, et il y peut déterminer des lésions profondes.
Ainsi procèdent les intoxications chroniques, l'alcoolisme, par exemple, et jusqu'à un certain point la syphiHs, empoisonnement chronique d'emblée, dans lequel nous ne connaissons qu'imparfaitement le poison. Ce qui en distingue surtout l'intoxication métallique, c'est la durée de l'imprégnation toxique, qui doit être nécessairement prolongée. Mais la succession des accidents, leur gravité croissante, les lésions des éléments des
tissus succédant aux réactions passagères des appareils d'or- ' ganes, tout est parallèle dans les intoxications chroniques.
Le propre de ces empoisonnements lents n'est pas seulement d'agir sur l'individu et pour le présent, mais aussi dans l'avenir, et sur sa postérité. On a commencé à étudier sérieusement la descendance des alcooliques et des saturnins; y aurait-il donc un alcoolisme et un saturnisme héréditaires comme il y a une syphilis héréditaire ? Ce saturnisme serait-il marqué par l'idiotie, l'imbécillité, l'épilepsie, comme l'a dit le docteur Roque? De nouvelles recherches seront nécessaires sur ces points intéressants de l'histoire de l'intoxication saturnine.
J'ai cherché, dans cette étude, h montrer comment s'enchaînent et se superposent les accidents de l'intoxication saturnine chronique ; je n'ai pu ni dû faire une étude minutieuse de chaque accident pris en particulier; mais j'ai traité les points nouveaux dans leurs détails, afin de les signaler à l'attention des observa-teurs. Tel a été l'esprit qui m'a guidé dans ma description, et dans les considérations diagnostiques et le traitement qui lui succèdent. J'ai aussi cru bien faire en rassemblant à la fin du mémoire, sous le titre de Pièces justificatives, les observations que mes maîtres et mes amis m'ont communiquées, ainsi que les documents qui ont pour ainsi dire servi de témoins à mes assertions, et auxquels j'ai renvoyé si fi'équemment au cours de mon Mémoire.
9 février i87o.