OBSERVATION II
(Communiquée par M. Vulpian). — Coliques saturnines. — Constipation
très-opiniâtre.
Bonet, 49 ans, peintre en bâtiments, entré le 24 juin 1874, salle Saint- Raphaël, n" 37, service de M. Vulpian.
Le sujet a été pris de fièvre typhoïde, à Manille, alors qu'il était dans l'infanterie de marine. Malgré sa qualité d'ancien soldat, il affirme qu'il n'a jamais eu d'accidents syphilitiques qu'il n'a jamais bu plus que de raison.
II peint depuis l'âge de 12 ans sans avoir éprouvé le moindre accident.
Il manie peu de plomb. La maison où il travaille a remplacé la céruse par l'oxyde de zinc. Il a les plus grands soins de propreté. Il travaille souvent dans des appartements chauffés.
On pourrait diviser son état en deux périodes : la première aurait débuté il y a deux ans pour se terminer il y a deux mois; la deuxième aurait commencé à cettje époque.
Dans la première, on ne trouve que des signes prodromiques. Le sujet a des malaises. Il ne va plus à la garde-robe que tous les deux ou trois jours. Ses selles sont noirâtres. La miction est douloureuse. En même temps l'appétit diminue, le goût est perverti, les sclérotiques prennent une teinte jaunâtre.
Depuis deux mois surviennent des crises très-douloureuses, revenant quelquefois deux, trois fois par jour, et laissant après elles des douleurs sourdes.
C'est une barre transversale sous-ombilicale, à laquelle succède une douleur qui remonte vers l'estomac. Si le malade a mangé, les vomissements ne tardent pas à survenir. La douleur s'irradie quelquefois dans le dos, les reins. Il comprime alors son abdomen, et ainsi il éprouve quelque soulagement. Le malade ne peut dire s'il y a quelques rapports entre les garde-robes et les crises : celles-ci reviennent plus fréquemment la nuit; les selles surviennent à plusieurs jours d'intervalle, elles peuvent se succéder au nombre de deux ou trois dans la môme journée.
Les crises fortes coïncident généralement avec une teinte jaUne des sclérotiques. Pas d'accidents cérébraux.
État actuel. — Liséré plombique assez marqué. Les gencives sont anémiées et comme bleuâtres. La langue est normale. La face n'a pas de teinte particulière. Pas d'amaigrissement. Pas de troubles pupillaires. Les avant-bras ont leur volume normal. Pas de troubles de la inotilité ou de a sensibilité. Pas de troubles musculaires, sauf une faiblesse générale résultant de la souffrauro prolnngée.
L'abdomen ne présente rien de particulier. La pression avec la paume de la main est un peu sensible; celle avec deux doigts est douloureuse.
25 juin. — Le malade, après avoir pris un purgatif hier, a eu des vomissements. — On prescrit un lavement purgatif.
26 juin. — Pas de résultats. — Nouveau purgatif : 15 grammes huile de ricin avec une goutte huile de croton, — Un lavement.
27 juin. — Aucun résultat.
28 juin. — 2o grammes eau-de-vie allemande avec une goutte huile de croton.
7 juillet. — Les purgatifs sont restés jusqu'aujourd'hui sans effets. — On prescrit 1 gramme scammonée, 50 centigrammes jalap. — Effet excellent.
10 juillet. — Bains suKureux. — Mieux notable.
11 juillet. — La nuit dernière, deux accès de coliques. — Ce matin, grande fatigue. — Nausées.
OBSERVATION IlL (Communiquée par M. Vulpian). — Coliques saturnines.
Trichon, 31 ans, peintre en bâtiments, entré le juillet 1874, salle Saint-Raphaël, n» 29, service de M. Vulpian.
Rien de particulier à noter au point de vue des antécédents.
Le sujet est peinti'e depuis l'âge de 15 ans. La couleur dont il se sert est toujours broyée. Il travaille indifféremment à l'air ou dans des appartements. Il a toujours exécuté scrupuleusement les règles d'hygiène recommandées aux peintres.
Il y a un an, à cette époque, il était à la Pitié, salle Saint-Michel, pour des coliques de plomb. Depuis huit jours il éprouve de nouvelles coliques. Les douleurs vont croissant. La constipation existe depuis trois jours.
Le sujet a remarqué qu'il devient jauuo le soir principalement. Pas de troubles cérébraux. Depuis huit jours, il a remarqué que ses avant-bras devenaient faibles et qu'il éprouvait des difflcultés à étendre les mains.
État actuel. — Le malade est en proie à des souffrances horribles : il se roule dans son lit, cherchant une position où son ventre soit le plus comprimé qu'il est possible. L'abdomen est souple. La pression avec les doigts est douloureuse. La pression avec le plat de la main est aussi douloureuse, quoique le malade se couche volontiers sur le ventre.
Le foie n'est pas douloureux; il dépasse d'un centimètre le rebord des fausses cOtes.
La langue est blanchâtre. Le liséré plombique existe. Les gencives sont bleuâtres et mollasses. L'haleine est fétide, métallique. Vomissements. Pas d'ictère.
Le malade éprouve une céphalalgie habituelle.
2 juillet. — Le malade raconte que la nuit dernière il a beaucoup souffert. Il s'est trouvé attaché dans son lit sans savoir pourquoi. On lui raconte alors qu'il s'est levé et est tombé par terre.
6 juillet. — Amélioration,