‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 20 sur 36 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Communiquée par M. Vulpian). — Coliques saturnines. — Paralysie

des extenseurs.

Dejouenne Eugène, 59 ans, peintre, entré le 14 octobre 1874, salle Saint- Raphaël, n" 16, service de M. Vulpian.

Le père du sujet travaillait déjà dans le plomb. Il a eu, vers la fin de sa vie, la langue paralj'sée. En outre, son intelligence avait tout à coup décliné rapidement.

Quant au sujet lui-même, il s'est toujours bien porté jusqu'à l'âge de i 3 ans oti il prit le métier de peintre-vernisseur.

En 18t)l, il fut atteint d'une première colique de plomb pour laquelle il resta deux à trois semaines à la Charité.

Vers 1 SoS, il eut une légère paralysie de la main droite seulement. Il retourna à la Charité. Il n'avait eu aucune colique.

Au commencement de 1873, il a eu pour la seconde fois des coliques. Il rentre à la Charité. Au moment oh il sortait de cet hôpital, il fut repris d'une légère paralysie de la main droite qui céda bientôt.

Il y a deux mois, il fut repris de douleurs et de lassitude dans les membres. Ces phénomènes s'aggravèrent notablement dans le commencement d'octobre. Il remarqua qu'il ne pouvait plus tenir sa brosse ni lever des fardeaux. En outre, il ressentait des douleurs sourdes et passagères dans les muscles du mollet et dans ceux du bras.

Il y a cinq ou dix jours, il fut pris de coliques, mais ces coliques étaient bien moins vives que les deux premières qu'il ressentit.

Pas d'antécédents alcooliques.

11 a présenté au service, en Afrique, en 18^0, des signes d'intoxication paludéenne, fièvres intermittentes normales. Depuis qu'il est revenu en France, il n'a plus eu d'accès.

Il y a quatre ans, il eut une bronchite qui dura peu de temps.

Enfin, depuis quelque temps, la faiblesse de son état augmentant, il se décide à entrer à l'hôpital.

Etat actuel. — Le sujet est maigre; toutefois, cette maigreur n'a rien de maladif, il paraît même d'une assez grande vigueur; il ne répond pas exactement aux interrogations qu'on lui adresse et reconnaît lui-môme que sa mémoire a beaucoup baissé; il a un teint jaunâtre, cachectique; ses conjonctives sont saines.

Tube digestif. — La langue est blanche et cet état saburral coïncide avec une perte de l'appétit. On trouve sur les gencives un liséré plombiquc manifeste; le ventre est rétracté ; la pression est douloureuse à ce niveau; la constipation n'est pas très-opiniâtre. Le foie et la rate ne sont pas trèshypertrophiés.

Cavité thoracique. — Le cœur n'est pas hypertrophié ; les battements sont un peu sourds. Dans les poumons, rien à noter. Le malade ne tousse pas, ne crache pas.

Organes génitaux. — Hydroccle gauche du volume d'un poing d'adulte. L'urination est normale.

Organes des sens. — L'ouïe est normale ; la vue a ùlù, dans ces jours derniers, très-troubl6e j le sujet ne pouvait pas distinguer les personnes, môme à une faible distance; maintenant ce trouble de la vue paraît avoir disparu. Il peut distinguer les numéros des lits qui sont de l'autre côté de la salle ; les pupilles sont très-contractées.

Membres inférieurs. — Le malade marche difficilement; il n'est pas très-sûr sur ses jambes, mais il a bien la sensation du sol; pas de trouble dans la sensibilité; peut-être un peu de retard dans la perception. Il ressent des crampes dans les muscles du mollet et dans ceux de la cuisse.

Membres supérieurs. — Pas de troubles de la sensibilité. Douleurs sourdes et lérébrantes surtout au pli du coude et jusqu'au niveau de l'épaule; la main est dans la flexion, il lui est impossible de la redresser, de la relever ; il ne peut non plus relever le bras, il emploie ses deux mains pour porter un verre à la bouche; lorsqu'on essaye d'étendre le bras fléchi; après avoir dit au malade de résister, on sent le long supinateur résister assez fortement. Le malade trouve que tout son membre a fortement maigri.

En examinant la contractilité musculaire avec la machine à induction, on la trouve conservée dans les muscles fléchisseurs de l'avant-bras ; elle a disparu dans les extenseurs. On constate quelques contractions musculaires dans les muscles de l'éminence thénar. Elles sont plus marquées à gauche qu'à droite; les muscles du brasse contractent sous l'influence de ces mêmes courants ; le deltoïde réagit très-difficilement.

21 octobre. — L'examen de la contractilité musculaire dénote la suppression complète de la contractilité des extenseurs avec les courants induits; avec les courants constants, on trouve quelques contractions fibrillaires à gauche.

10 novembre. — M. Vulpian examine la contractilité des extenseurs des doigts avec les divers courants et donne les résultats suivants :

Aucune contraction dans l'extenseur commun avec la machine magnétoélectrique ; aucune contraction avec le courant induit sur les mômes muscles; avec le courant continu (40 à 50 éléments) on obtient quelques contractions flbrillaires très-peu marquées dans ces muscles au moment de la fermeture du courant. Ces légères contractions, déjà peu visibles dans l'extenseur gauche, sont douteuses dans l'extenseur du côté droit.

22 novembre. — Depuis quelques jours, le malade remarque des tremblements dans les bras, et surtout à droite pendant les mouvements volontaires.

30 novembre. — Le tremblement ne s'accentue pas. Le malade ])eut exécuter certains mouvements autrefois impossibles ; il peut se vôtir facilement.

10 décembre. — Le sujet demande à sortir do l'hôpital. L'amélioration est très-sensible; néanmoins la main est toujours fléchie sur le poignet, surtout à gauhe. L'abduction et l'adduction en sont impossibles ; les doigts ne peuvent être étendus. La pronation et la supination sont complètement conservées.

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