OBSERVATION VIII
(Communiquée par M. Vulpian). — Paralysie des extenseurs. — Anémie profonde.
Mercier, Maria, 33 ans, composeuse, entrée le 20 décembre 1869, salle Saint-Haphaël, service de M. Vulpian.
Composeuse depuis l'âge de 20 ans, se marie à 21 et quitte ce métier. Veuve à 2o ans, elle reprend son ancienne profession.
Deux ans après elle ressent des douleurs très-vives à certains moments, surtout la nuit; ces douleurs siégeant aux bras et aux jambes. Les coliques se montrent bientôt avec leur cortège classique. Cette première manifestation de l'intoxication ne dure que six semaines.
Elle reprend son travail et pendant deux ans elle ne ressent rien.
A cette époque elle quitte encore son métier de composeuse.
Trois ans après, elle le reprend (février 1869.)
Le 5 décembre, dans la journée, tout à coup, elle est prise de douleurs dans les deux avant-bras; ces douleurs suivaient un trajet qu'elle indique et qui semble correspondre au trajet du nerf radial. Ces douleurs sont tellement vives qu'elles l'empécbent de dormir. En même temps, elle éprouve beaucoup de peine à mettre la main dans l'extension, toutefois elle y parvient. A la main gaucbe l'annulaire seul ne pouvait être étendu ; à la main droite, l'annulaire et l'auriculaire seuls n'obéissaient plus aux extenseurs. Dans les deux articulations du coude, elle éprouvait une sorte de gêne qu'elle compare à la sensation que donne la fatigue.
Le môme phénomène se faisait sentir dans le jarret au niveau de l'articulation tibio-tarsienne ; la malade nous dit que depuis qu'elle est composeuse, elle a toujours eu le liséré noirâtre des gencives; cette fois elle n'a pas eu de coliques.
Stat actuel. — La face n'est pas très-pâle, les muqueuses sont légèrement décolorées; l'amaigrissement est assez prononcé, le liséré est trèsapparent. La malade ressent, la nuit surtout, un mauvais goût, une sorte d'amertume dans la bouche, et elle se plaint que depuis longtemps son haleine a une odeur désagréable.
Les poumons ne présentent à l'examen rien de particulier.
On entend un soufle très-fort dans les vaisseaux du cou.
La sensibilité est conservée sur la face dorsale des deilx avant-bras : elle est moins nette sur le bras droit. Rien d'anormal aux jambes ; les doigts sont dans l'état décrit plus haut.
Deux bains sulfureux par semaine; eau Vichy; pilules Vallette.
JO janvier. — Amélioration ; les forces commencent à revenir.
lo janvier. — Exploration électrique : sensibilité cutanée conservée.
liras droit. — Les faisceaux externes de l'extenseur commun se contractent énergiquement tandis que les internes se contractent à peine.
Bras gauche. — Le faisceau de l'annulaire se contracte moins bien que les autres. Du côté des fléchisseurs, la contractilité est intacte.
9 février. — La malade sort assez améliorée. La pâleur des muqueuses est moins prononcée qu'au début, mais la malade se sent toujours faible; La force musculaire parait ôtre revenue jusqu'à un certain point dans les
muscles de l'avaut-bras. Toutefois, la coutraclure des fléchisseurs est ftiible; celle des extenseurs présente une notable diminution; cette faiblesse est surtout prononcée à droite ; le liséré des gencives persiste.