‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 22 sur 36 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

(Gommnniquée par M. Vulpian), — Coliques saturnines, — Péricardile.

Barbier, Pauline, 29 ans, couturière, entrée le 15 avril 1373 salle Sainte- Claire, n» 18, service de M. Vulpian.

Les antécédents héréditaires du sujet sont les meilleurs. Sa mère est morte à la suite d'une couche. Son père, ses frères et sœurs, au nombre de six, se portent bien.

Le sujet, vers l'âge de 14 ans, paraît avoir été atteint d'une fièvre typhoïde. Réglée à 15 ans, elle a eu comme troubles menstruels quelques écoulements leucorrhéiques. Avant son mariage, la malade aurait eu quelques attaques d'hystérie. Mariée à 26 ans, elle a eu un enfant qu'elle a nouiTi pendant sept mois. Depuis sept mois seulement, elle n'allaite plus.

Depuis trois mois environ, la malade se sent moins de goût au travail. Le fonctionnement de sa machine à coudre la fatigue plus que de coutume. Ses jambes n'ont plus leur énergie habituelle. Peu à peu, elle devient apathique, perd ses forces. La fièvre apparaît peu intense d'abord, accompagnée de sueurs profuses. Pas de toux. Pas d'hémoptysie.

Cet état va s'aggravant ; des vomissements de matières filantes font bientôt leur apparition. La malade garde le lit. Elle s'aperçoit alors que ses jambes enflent, surtout au niveau des malléoles. Cet œdème est douloureux. Il ne dure que trois ou quatre jours.

C'est alors que lamalade ressentit dans l'abdomen des douleurs (coliques), qui eurent bientôt acquis une violence extrême. Elles étaient plus intenses que celles de l'enfantement, lancinantes, allant s'irradier jusque dans le dos, les lombes. Les jambes, les bras, les doigts surtout étaient le siège d'élancements insupportables. La pression sur le ventre augmentait la douleur. Pas d'ictère.

Cet état se prolonge plusieurs semaines sans rémission. L'insomnie était presque absolue. Ajoutez à cela une anoréxie complète, des vomissements fréquents, biUeux, une constipation opiniâtre.

Un médecin consulté prescrit des purgatifs, des lavements.

Sous l'influence de ce traitement, il y eut des selles dures, noires, peu abondantes.

Après ces évacuations, les coliques s'atténuent légèrement, mais aussitôt la constipation reparait, il faut de nouveaux purgatifs.

Il y a six semaines environ, la malade fut prise subitement d'une douleur violente dans la région mammaire gauche. Cette douleur était continue, térébrantc, se prolongeant jusque dans le dos. La pression la rendait insupportable. Elle était accompagnée de fièvre et d'une dyspnée extrômemcnt intense, mettant la malade sous le coup d'une suffocation imminente et l'obligeant i\ se tenir constamment assise sur son lit. Les battements cardiaques étaient tumultueux, rapides, retentissants.

Le ventre et la région épigastriquc n'étaient pas tuméfiés..

Un médecin appelé ordonna l'application d'un vésicatoire à la région précordiale.

Au bout de trois jours l'orthopnée disparaît, la douleur cesse également et n'est plus produite par les mouvements respiratoires.

Au bout de dix jours tout est rentré dans le calme normal. Mais bientôt les coliques signalées plus haut reviennent. La constipation est toujours opiniâtre. La malade ne va à la garde-robe que tous les huit jours, sous l'influence de lavements répétés. Les vomissements continuent.

Il y a trois semaines environ, tout à coup la malade est prise, le soir, dans son lit, d'une douleur extrêmement violente siégeant dans tout le ventre. Cette douleur était telle qu'elle provoqua l'apparition de sueurs abondantes, de bourdonnements d'oreilles, d'éblouissements, de vertiges, une syncope semblait imminente. La malade se tenait assise sur son lit, ployée en deux, les mains appliquées sur le ventre oii elle sentait très-bien les mouvements désordonnés de ses viscères. Tout à coup, il lui sembla que quelque chose se déplaçait, et toute douleur disparut. Épuisée par cette douleur, la malade s'endormit quelque temps.

Le lendemain, un lavement amena les selles : la constipation durait depuis quatre jours.

La malade, se sentant mieux, put se lever; mais au bout de trois à quatre jours, elle fut obligée de s'aliter de nouveau.

Les vomissements bilieux, longtemps après le repas, le matin surtout, la constipation, les douleurs abdominales, la sensation de picotement, de brûlure à la région de l'estomac reprennent leur marche antérieure. La malade se décide à entrer à l'hôpital.

État actuel. — La malade paraît abattue, profondément anémique. Elle réj^ond lentement, d'une voix faible, aux questions qu'on lui pose. L'interrogatoire qu'on lui fait subir semble la fatiguer. La face, pâle d'ordinaire, est un peu rouge ce soir. Du reste, il y a un peu de fièvre, la peau est chaude, on compte 98 pulsations. Les yeux sont cernés, un peu enfoncés; les joues sont amaigries. Les muqueuses ont une couleur de cire, la sclérotique est jaunâtre.

La malade dit avoir maigri beaucoup. Cependant l'émaciation n'est pas extrême. Tout le tégument cutané est un peu jaune. La malade se serait aperçue de ce changement de teinte depuis trois semaines environ, mais elle n'a pas vu la teinte subictérique de la sclérotique.

Fonctions digestives. — La langue n'est recouverte d'aucun enduit. Elle est belle, rosée, large. La bouche ne porte pas de traces d'inflammations ulcéreuses. L'anorexie est à peu près complète. Il y aurait môme un peu de malacia. L'ingestion des aliments ne provoque pas de douleurs, mais seulement un sentiment de gêne, de pesanteur, les digestions se faisant avec une grande lenteur. Il y a des vomissements quotidiens dépourvus de matières alimentaires, consistant en un liquide clair, un peu acide, ou bien en bile. Ils sont précédés de nausées.

En ce moment, les douleurs dans le ventre sont nulles. La malade n'est pas alléa^à la garde-robe depuis huit jours. Si ou palpe, on ne sont que quelques petits paquets de matières fécales. Dans le reste de l'abdomen, il n'y a jjag de tumeur bien appréciable, cependant la pression est un peu douloureuse à gauche, au niveau de l'estomac. Celui-ci ne paraît pas

dilaté. Il est continuellement le siège de douleurs qui donnent des sensations diverses.

L'insomnie est fréquente. Le sommeil est interrompu souvent par des cauchemars qui réveillent la malade en sursaut.

Circulation normale. Bruit de souffle continu dans les vaisseaux du cou. Rien d'anormal du côté des organes respiratoires. Le foie est augmenté de volume. La rate est normale.

Le toucher vaginal ne présente rien de particulier. Les régies, du reste, viennent régulièrement, le sang en est pdle. L'urine est rouge, ne renferme pas d'albumine, pas de bile. Le sang examiné au microscope montre un nombre anormal de globules blancs.

21 avril. — En ouvrant la bouche de la malade, on est frappé par la présence d'un liséré bleuâtre. Interrogeant alors la malade attentivement sur sa façon de vivre, on apprend qu'elle buvait de la bière, et que depuis quelque temps cette l)ière déterminait des douleurs après son ingestion. Sa mère aurait été atteinte par des accidents analogues à ceux qu'ellemême présente aujourd'hui.

19 avril. — Douleurs musculaires et articulaires toute la nuit.

20 avril. — La malade a été prise d'une douleur très-vive à la région précordiale. Elle n'a eu ni excitation, ni délire. La malade est fort abattue. — Vésicatoire.

21 avril. — Bruit de frottement à la base. — Huit sangsues.

23 avril. — Le frottement est moins net. 11 disparait par intervalles. En même temps étourdissements. Battements dans la tête. Douleurs dans la région mammaire s'irradiant dans l'épaule. Palpitations fréquentes et fatigantes. Un peu de toux.

27 avril. — État fort amélioré. Moins de douleurs. Le frottement est très-net aux deux temps.

l^^ mai. — Frottements très-moditiés. Le liséré des gencives a diminué. Taches noirâtres sur la langue et sur la muqueuse buccale à droite.

4 mai. — Le bruit de la base doit être maintenant attribué à un souffle intra-vasculaire. De plus, à la pointe il existe aussi un souffle, mais moins net.

Sort le 17 mai 1874 encore anémique. Le liséré persiste.

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