OBSERVATION X
(Communiquée par M. Vulpian). — Eucéphalopathie saturnine.
Jarlot, François, 33 ans, bijoutier, entré le 4 novembre 1874, salle Saint-Raphaël, n» 5, service de M. Vulpian.
Le sujet n'accuse pas de maladies antérieures. Il travaille dans le plomb depuis six ans. 11 est occupé à une sorte de travail qui, plus que d'autres, l'expose à l'absorption du métal : il tamise le minium, et pendant ce travail, il est constamment au milieu des poussières. Toutefois, il est bon de dire que ce n'est que par intervalles qu'il se livre à celle occupation. Bijoutier jusqu'en 1860, c'est à cette époque qu'il est entré dans une fabrique de minium. Il n'y resta que trois semaines, au bout desquelles il fut obligé de quitter son travail pour une affection singulière de la
bouche. Ses dents étaient ébranlées, et il eut de petits abcès dans les gencives du côté droit. Il n'eut pas de coliques de plomb.
Pour se faire gaérir de cette affection, il passa trois mois à la Charité.
11 reprit alors son ancien métier de bijoutier. Mais il rentra bientôt dans la fabrique de minium, où, après seulement quatre jours, il eut des coliques. A ce moment, et avant de rentrer dans la fabrique, il était sujet à des étourdissements, à du vertige.
Il entre à l'hôpital. Mais à peine guéri, il reprend son travail. Au bout de trois semaines, il était obligé de laisser de nouveau ses occupations et de rester chez lui. C'est douze jours après avoir quitté son métier de tamiseur qu'il eut l'attaque d'encéphalopathie saturnine pour laquelle il entre à l'hôpital.
4 novembre. — Le malade est dans le décubitus dorsal. Les membres sont en résolution. Pas de déviation de la tête. Pas de rotation des yeux. Mais il existe une hémiplégie faciale droite évidente, et, du môme côté, les membres paraissent retomber plus facilement que du côté gauche.
5 novembre. — Môme état, à peu près. On peut tirer le malade du • coma où il est plongé en lui parlant. Il essaye de prononcer quelques paroles, mais ne peut murmurer que des sons inintelligibles. C'est une apathie véritable. La face est toujours fortement déviée vers la gauche. On ne peut faire tirer la langue et par conséquent constater sa déviation.
Les mouvements sont possibles du côté droit comme du côté gauche. Pas de contractures. La sensibilité est conservée, peut-être exagérée. Température rectale, 38°8.
6 novembre. — L'état comateux a presque complètement disparu. Le malade fait les mêmes réponses aux questions diverses qui lui sont adressées successivement. La déviation de la face est beaucoup moins marquée.
7 novembre. — Intelligence plus nette. Douleur à la région de la nuque.
9 novembre. — L'amélioration continue.
14 novembre. — La veille au soir, le malade a eu un accès de délire. On a été obligé de lui appliquer la camisole de force. Le matin, il se rappelle mal ce qui s'est passé. Il se plaint d'une céphalalgie intense. L'intelligence ne paraît pas nette.
17 novembre. — Pas de délire depuis le 14. Douleurs très-vives au niveau de la nuque. Il y a toujours un certain degré d'obtusion intellectuelle. Quand il est interpellé, le malade répond facilement. Il peut lire un journal.
8 décembre. — Part pour Vincennes.