‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 24 sur 36 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

(Communiquée par M. Vulpian). — Encéphalopathie saturnine. — Hémianesthésie. — Amaurose saturnine.

Pérolas, 47 ans, journalier, entré le o janvier 1875, salle Saint-Raphaël, n» 2G, service de M. Vulpian.

Le sujet ne donne aucun délail intéressant concernant ses antécédents héréditaires. Il n'est pas syphilitique et ne fait d'excès de boisson que de-

puis qu'il travaille dans la fabrique de céruse. Autrefois il était homme de peine; c'est depuis deux ans qu'il est entré dans cette fabrique.

Au bout de huit mois, il ressent des coliques qui l'obligent à entrer à l'hôpital de la Pitié. Ces coliques sont assez fortes, s'accompagnent de difficultés de la miction, d'affaiblissement do la vue, d'étourdissements. A cette môme date, il est pris un dimanche, en se promenant, d'attaques convulsives qui s'accompagnent de perte de connaissance.

De plus, il s'aperçoit que la main droite perd de sa force; elle se fléchit sur l'avant-bras et ne peut plus être relevée. Or, il est à remarquer que c'est précisément cette main qui était trempée ordinairement dans le mélange do tannée et de céruse que le malade agitait.

Les dents étaient noires, l'appétit était notablement diminué, l'anémie profonde. Des tremblements se montraient dans les bras et dans les jambes pendant la marche et le repos.

Dans l'intervalle des paroxj'smes, il a plusieurs fois eu des troubles intellectuels profonds. Il sortait de chez lui sans savoir où il allait, s'emportait contre les personnes qu'il rencontrait, et le plus souvent ne gardait aucun souvenir de ce qui s'était passé. On le ramenait chez lui, et il s'en- • fermait jusqu'à ce que tout fût rentré dans l'ordre.

Il partit un jour de chez lui pour entrer à l'hôpital Beaujon; il s'égai'a en chemin et fut tout surpris de se trouver à la Pitié. Il y fut traité chez M. Marotte, qui lui donna l'iodure de potassium à hautes doses et des bains sull'ureux. Pendant cinq niois qu'il passa comme malade dans cet hôpital, il n'eut qu'une attaque convulsive avec perte de connaissance. Son état général s'améliora beaucoup. Les tremblements diminuèrent, l'état intellectuel redevint normal.

Il prit ensuite une place d'infirmier dans le même hôpital, où il resta onze mois en cette qualité. Il n'eut, dans ce long intervalle de temps, qu'une seule attaque convulsive, moins forte que les précédentes.

Au mois de juillet dernier, il quitta l'hôpital et rentra à Clichy, dans la même fabrique. Les attaques revinrent bientôt avec les tremblements, le trouble intellectuel, l'affaiblissement de la vue. Enfin il retomba dans le même état qu'autrefois, sauf qu'il n'eut pas de paralysie limitée au bras droit. Dès lors, il ne put travailler que par intervalles. Enfin, il y a quinze jours, il a cessé de travailler.

Depuis ces deux ans, il a eu dix attaques environ. Celles-ci sont caractérisées comme il suit : il n'y a pas d'aura; le malade tombe en criant, il devient très-pâle; il est d'abord dans une roideur extrême, puis surviennent des contractions. L'attaque dure plus d'une heure; elle laisse le malade dans un grand état d'accablement. Elle s'accompagne d'émission involontaire de l'urine. Depuis quelque temps, il a par moments de l'incontinence d'urine en dehors des attaques.

État actuel. — Le malade semble trés-abattu. Il est dans le décubitus dorsal. Il répond assez bien aux questions qu'on lui adresse. Cependant, hier soir, il s'est trompé sur son ilge quand on le lui a demandé.

Il présente des plaies multiples résultant d'une chute qu'il a faite la veille dans son escalier, et à la suite de laquelle il a été amené i\ l'hôpital. Cette chute s'était accompagnée d'une perte de connaissance qui a duiv jusqu'au lendemain. Il avait perdu le souvenir de ce qui s'était passé.

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Le3 lésions traumatiques que l'on constate sont des ecchymoses palp6l)rales, une fracture des os du nez, surtout une plaie du gros orteil gaucho, à la suite de laquelle on voit se développer une lymphangite remontant vers la jambe. La langue ne porte pas de traces de morsure.

lodure de potassium : \ gramme.

7 janvier. — Pas de nouvelles attaques.

L'intelligence revient graduellement. On trouve des troubles de la sensibilité qui peuvent se résumer ainsi : bras droit insensible à la douleuret à la température. Cette insensibilité s'étend jusqu'au coude et remonte même un peu au-dessus, en diminuant graduellement. Rien d'anormal sur le tronc, mais la partie droite du visage et le membre inférieur droit sont manifestement moins sensibles que les parties semblables du côté gauche.

d3 janvier. — La lymphangite a disparu, mais la plaie du gros orteil est encore large, quoique belle et rose. Cette nuit, il y a eu de l'agitation, des étourdissements sans perte de connaissance.

29 janvier. — Examen électrique. — La sensibilité de la peau du bras droit, et surtout de l'avant-bras, est presque abolie. Avec 70 éléments, le malade sent à peine le courant du côté droit; du côté gauche, il ne peut le supporter (brosse métallique). Avec les deux tampons et le môme nombre d'éléments, les contractions musculaires de l'avant-bras sont peu sensibles, c'est à peine si elles sont perceptibles.

La force musculaire est extrêmement diminuée du côté droit (dynamomètre).

L'état intellectuel est fort amélioré. Plus de nouvelles attaques.

12 février. — Cette nuit, un peu de vertige, de céphalalgie.

L'électrisation donne les mêmes résultats. Sous l'influence de la volonté, les muscles présentent des mouvements assez accentués. Leur volume est normal.

17 février. — État de la sensibilité générale. — • La sensibilité du membre supérieur droit est notablement diminuée (sensibilité de contact, de douleur). La sensibilité redevient normale au niveau de l'épaule.

La sensibilité du membre inférieur droit est aussi diminuée notablement dans ses trois formes. Elle redevient normale au pli de l'aine. Elle est normale sur tout l'abdomen, le thorax, le dos.

La moitié droite de la face a également perdu sa sensibilité.

Sensibilité spéciale :

Ouïe. — Le malade n'entend plus le tic-tac d'une montre touchant son oreille droite.

Vue. — Notablement affaiblie dans l'œil droit. La cornée, la conjonctive sont moins sensibles que normalement.

Odorat. — Le malade ne sent plus le tabac dans la narine droite.

Goût. — La moitié droite de la langue a perdu un peu de sa sensibilité tactile. Quand on met du sel sur ce point de la langue, plus de saveur perçue.

Ex amen de la force musculaire au dynamomètre.

A gauche 71 kilog.

A droite 49 kilog.

3 mars. — Les membres du côté gancho n'offrent aucune diminution

de la sensibililô ol aucun trouble de la motililé, La contractilité mtisculaire y est absolument intacte,

A droite, diminution très-notable dans la force des mouvements volontaires dans le membre inférieur. Pas de diminution appréciable de la contractilité musculaire de ce membre.

Pas de troubles de la contractilité dans la moitié droite de la face.

La force des mouvements volontaires est absolument intacte dans le membre inférieur gauche.

Examen des yeux fait par M. Landolt :

(EU gauche. — Normal.

œil droit. — Acuité visuelle S/20.

Rétrécissement concentrique du champ visuel général et du champ visuel des couleurs. Les limites ne s'étendent pas au delà de 20'* du point de ûxation.

Le rétrécissement du champ visuel des différentes couleurs est proportionnel i celui du champ visuel général.

Hypérémie du fond de l'œil droit. Les veines sont surtout dilatées.

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