OBSERVATION XII
(Communiquée par M. Vulpian). — Encéphalopathie saturnine. — Erysipèle.
Rogissart, 54 ans, peintre en bâtiments, entré le 10 février 1875, salle Saint-Raphaël, service de M. Vulpian,
Le sujet, en 1858, a eu des chancres mous suivis d'un bubon. Il a eu aussi plusieurs blennorrhagies. En 1863, pendant un an, il a eu des accès de fièvre intermittente.
Il exerce la profession de peintre depuis l'âge de 12 ans. Pendant vingt ans, il n'eut aucun accident saturnin. A 32 ans, pour la première fois, il eut des coliques ainsi que des douleurs dans les genoux et dans la continuité des membres. Le genou droit était plus douloureux. Pendant quatre ans, ces accidents reparaissaient toutes les fois qu'il essayait de travailler. L'odeur de la peinture lui était insupportable j il était devenu pâle, maigre; il avait perdu ses forces. Sa respiration était gfinée au moindre effort. Quand il avait passé quelque temps sur un échafaudage, on était obligé de le descendre.
De 1857 à 1858, il a eu vingt attaques, consistant en perte de connaissance, qui duraient dix minutes. A ce moment, il buvait beaucoup d'absinthe. En 1861, il quitta son métier et se fit placer à Épernay. En 1865, il y contracta des fièvres intermittentes quotidiennes, qui durèrent dix mois en deux fois.
Une fois, il perdit connaissance dans le cours de ses fièvres. L'attaque était en tout semblable aux précédentes : chute soudaine, sans aura, avec perte de connaissance complète durant dix minutes. Particularité remarquable : en tombant, il tousse toujours. Pas de roideurs; pas de convulsions. Pas d'évacuations. Il ne se mord pas la langue. Après l'attaque, il est accablé de fatigue; il dort pondant une heure ou deux.
En 1867, il revint à Paris et reprit son métier. Il était alors très-bien portant. En 1870, pendant le siège, douleur et gonflement du genou droit.
On lui applique un vésicatoire. Depuis celle époque, il a eu presque continuellement des douleurs dans les articulations. .
De 1867 i 1875, aucun accident saturnin, tout en continuant son métier de peintre. Depuis trois mois, courbature générale. Durant tout cet hiver le malade n'a pas pu faire de peinture.
Il y a trois semaines, il but coup sur coup quatre ou cinq verres de vin à jeun, dans l'après-midi. A son dîner, il but un litre de vin, et en sort tant de table il se sentait un pou étourdi. Il voulut alors rentrer chez lui, et, après dix minutes de cbemin, il tomba sans connaissance dans la ruo et resta dans cette position pendant une heure environ. Quand il rcvinà lui, il était extrêmement fatigué, et si faible qu'il Ht plusieurs chutes en continuant sa route. Il s'aperçut le lendemain qu'il avait de nombreuses contusions, notamment à la face.
Les jours suivants, il eut des mouvements fébriles, revenant tous les soirs vers sept ou huit heures, avec frissons, chaleur et sueurs. Au bout de quatre jours, il allait mieux ; puis, quelques jours après, il eut des maux de tête assez forts, et les accès de fièvre revinrent comme la première fois, mais beaucoup plus forts et durant presque toute la nuit. Il eut même du délire l'avant-dernière nuit.
Depuis deux jours, les ganglions de la région parotidienne gauche sont gonflés et douloureux ; la peau est chaude et rouge. Il existe, au niveau des sourcils, deux petites croûtes qui datent de la première chute; ces croûtes recouvrent des érosions superficielles. L'oreille gauche est gonflée, déformée et très-rouge. Les ganglions parotidiens droits sont un peu tuméfiés.
Tube digestif. — Peu d'appétit; langue blanche.
Cœur, normal; foie, idem; rate, idem. Pas de liséré buccal; pointe de hernie ombilicale; pas d'affaiblissement dans les membres; douleurs dans le genou droit et la hanche gauche.
Système nerveux. ■- — Intelligence et mémoire intactes; pas de vertiges; quelques éblouissements.
Sensibilité. — Conservée partout.
Organe des sens. — Surdité de l'oreille gauche depuis vingt ans. JJrines. — Ne présentent rien d'anormal.
La peau du front présente quelques plaques rouges et douloureuses, sans rebord faisant saillie.
18 février. — tes plaques rouges du front se sont étendues. Douleurs vives à la nuque.
L'oreille gauche est dégonflée. Les ganglions parotidiens gauches sont toujours gros. La joue droite est aujourd'hui rouge et gonflée. Le malade a déliré toute la nuit.
20 février. — La rougeur a presque disparu.
21 février. — Plus de rougeur. Un peu d'engorgement.
2ù février. — Nouvelle plaque érysipélateuse, partie du sourcil gaucho.
26 février. — Le dos du nez est le point de départ d'une plaque rouge qui s'étend do chaque côté sur les joues.
27 février. — Plus d'extension.
28 février. — Tout a disparu.