‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 26 sur 36 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

(Communiquée par MM. Vulpian et Raymond). — Coliques salurninei. — Paralysies. — Encéphalopathie. — Albuminurie.

Martin Zulma, 37 ans, peintre, entré le 22 mai 1872, salle Saint-Raphaël, .service de M. Vulpian. — Sorti le 3 mars 1874.

B.enseigncments. — Les parents du malade étaient bien portants; le père est mort à So ans, probablement d'alcoolisme ; la mère a succombé à 58 ans à une attaque de paralj'sie.

Bonne santé antérieure, peintre depuis l'âge de 17 ans;, a eu pour la première fois des coliques de plomb, il y a six ans. Les coliques, dans cette première attaque, ont été violentes ; elles ont duré huit joui-s environ, le malade a été soigné par M. Hérard, à Lariboisière.

Quelque temps après cette première attaque, au bout de huit à dix jours, le malade eut de la paralysie des mains; il ne pouvait les relever. 11 avait été prévenu de cette attaque par de légères crampes dans les doigts, durant depuis environ quinze jours et ayant précédé l'attaque de coliques; du reste, pas de vomissements, pas de céphalalgies, mais des douleurs généralysées, vagues, existant tantôt dans un point du corps, tantôt dans un autre ; traité par l'électricité et la strychnine, il sortit guéri au bout de six mois.

Deuxième attaque. — Celle-ci eut lieu il y a quatre ans ; il fut pris subitement de coliques et de crampes ; mêmes phénomènes que la première fois.

Soigné par M. Monneret, à l'Hôtel-Dieu, il fut traité par l'électrisation ; il sortit au bout de cinq mois, mais en conservant un peu de paralysie des extenseurs qui a toujours persisté depuis.

Troisième attaque. — A eu lieu il y a trois ans ; mêmes phénomènes encore, accentuation de la paralysie ; même traitement, même durée. Soigné par M. Marotte, à la Pitié, conserve, à sa sortie, une paralysie assez complète des extenseurs.

Quatrième attaque. — Il y a un an ; il est pris le l»' août, les coliques durent huit jours, il sort le 28 du même mois; la paralysie ne change pas ; il fut alors soigné par M. Galiard.

Cinquième attaque. — 11 y a quinze jours, coliques très-violentes, accentuation de la paralysie.

État actuel (24 mars), — Le malade souffre très-peu ; on lui a appliqué des compresses imbibées de chloroforme et les douleurs ont beaucoup diminué.

Pas de fièvre. TR. 37»,2. P. 78.

Soif assez vive. Langue blanche, perte d'appétit, constipation.

Le malade éprouve des crampes et des douleurs continues dans tous les membres, mais surtout dans le deltoïde ; au moment de sa contraction, point de fourmillements.

Les extenseurs des avant-bras sont complètement paralysés. La vessie est paresseuse, le malade urine difficilement.

La respiration s'exécute bien, pourtant le malade éprouve de légères douleurs au niveau des attaches du diaphragme lors de l'inspiration.

Il y a un léger tremblement du côté des mains. Rien à noter du côté do l'appareil respiratoire.

Palpitations assez fortes, léger bruit de souffle au premier temps et à la pointe.

La sensibilité n'est nulle part modiQée.

Le malade a un teint cachectique, jaunâtre, assez accusé; sur les gencives se montre le liséré plombique.

L'examen des urines montre qu'il y existe de l'albuminurie en assez grande abondance. Pas de sucre.

Marche, traitement. — Depuis le 10 juin, le malade est soumis à l'électrisation à l'aide de la machine électro-magnétique de Gaiffe.

22 juin. — Le malade, dont les forces sont essayées à l'aide d'un dynamomètre, amène 18° de chaque main.

La contractilité électrique est totalement abolie dans les extenseurs et au même degré.

29 décembre. — La paralysie des extenseurs persiste, cependant le malade peut relever légèrement la main qui, auparavant, retombait par son propre poids.

La contractilité électrique est toujours abolie.

L'examen au dynamomètre a été fait plusieurs fois ; il n'y a pas d'amélioration constatable par ce genre d'exploration.

10 février i873. — Le malade se plaint depuis deux ou trois jours de douleurs dans le genou du côté gauche j il y a un épanchement assez abondant; on applique six ventouses scarifiées.

i9 février. — Les douleurs qui tenaient le malade au lit ont complètement disparu, il peut marcher de nouveau.

25 février. — Tuméfaction et douleur au niveau de l'articulation tibiotarsienne gauche ; trois ventouses scarifiées ; on conserve du sérum du sang pour examiner s'il contient de l'acide urique (procédé du Ql).

26 février. — Le fil n'est pas chargé de cristaux d'acide urique.

10 juillet. — Le malade, depuis deux ou trois jours, se sentant souffrant, gardait le lit ; depuis un mois on avait suspendu l'iodure de potassium, qu'il prenait régulièrement depuis son entrée à l'hôpital (de 1 à 4 grammes progressivement) ; lorsque, ce jour, au matin, en revenant à son lit, le malade éprouva des étourdissements et se heurta à tous les obstacles.

Environ deux heures après (i 1 h. 1/2 du matin), il est pris, dans son lit, d'une attaque d'épilepsie saturnine. Point d'aura ; cri unique, assez fort ; roideur tétanique du cou et des membres ; face pâle, abolition absolue de la connaissance ; la respiration cesse au bout d'un instant ; face violacée avec des taches de congestion sur le front et sur la face ; convulsions des muscles du visage ; légères convulsions cloniques (mouvements concentriques), écume blanchâtre sanguinolente ; cet état dure trois minutes. Résolution des membres; coma et respiration stertoreuse (durée 1/4 d'heure); le malade recouvre à moitié connaissance, mais reste somnolent.

Le malade a eu, dans la journée, deux nouvelles attaques (3 h. et 6 h. 1/2), elles ont été moins fortes, pas de cri, pas d'écume.

L'urine contient de l'albumine en grande quantité, on reprend le traitement par l'iodure de potassium.

11 juillet. — A la visite du matin, le malade a l'air Xaligué et trèsabattu : il est somnolent, mais il ne se plaint pas de souffrir, il ne s'est pas mordu la langue; la vue n'est pas très-nette; il ne distinguo rien; la mémoire, relativement à ce qui s'est passé la veille, lui fait défaut.

Toujours de l'albumine dans les urines, en quantité notable, pas de sucre.

12 juillet. — Intelligence plus nette, la vue est redevenue bonne ; le malade se plaint de battements incommodes dans les tempes ; les mouvements du cœur sont rapides et énergiques ; douleurs dans les deux épaules.

13 juillet. — L'urine du malade contient toujours une quantité notable d'albumine et d'acide urique.

L'état général est meilleur.

14 juillet. — A peine existe-t-il des traces d'albumine dans les urines, dépôts abondants d'urates et d'acides uriques; l'urine est acide.

Le mieux continue,

io juillet. — L'urine est redevenue plus claire, trace d'albumine, plus d'urates.

16 juillet. — En traitant l'urine par le chloroforme et l'acide nitrique, on trouve une très-grande quantité d'iodure de potassium.

22 juillet. — L'état général est bon; à partir de ce moment on ne relève rien de particulier. Le traitement est continué ; on électrise les avant-bras tous les jours, et le 3 mars 1874 le malade part pour Vincennes, complètement amélioré.

Réflexions. — Nous relèverons dans cette observation les particularités

suivantes :

1 " L'attaque de paralysie a eu lieu en même temps que la première attaque de coliques ; elle a cessé rapidement sous l'influence de l'électricité ; au bout de la troisième colique, elle s'est établie en permanence, il a fallu deux ans d'électrisalion continue pour l'améliorer sensiblement.

2" La présence de l'albumine dans les urines a été souvent constatée, en même temps, il a existé de l'acide urique et des urates en abondance.

3° Dans le cours de sa paralysie, le malade a été pris de douleurs rhumatismales évidentes.

4» Quoique ne maniant plus le plomb depuis près de deux ans, quoique soumis au traitement par l'iodure de potassium, le malade a été pris, dans le service, d'attaques d'épilepsie saturnine, alors que ce médicament avait été suspendu depuis une quinzaine de jours ; il est juste d'ajouter que ces attaques ont coïncidé avec la présence dans les urines d'une grande quantité d'albumine ; on pourrait songer à de l'éclampsic urémique, mais le phénomène ne s'est pas reproduit depuis, (llaymond.)

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