OBSERVATION XIV
(Communiquée par MM. Vulpian dt Raymond). — Paralysie saturnine. —
Anémie.
Dussaucy (Christophe), 20 ans, tailleur de cristaux. — Entré le 27 janvier 1873, salle Saint-Raphaël, n» 6; Sorti le 29 mars.
Renseir/ncments. — Pas d'antécédents de famille ; le malade n'a jamais fait de maladies graves antérieures. Dans son métier de tailleur sur cris-
taux, qu'il exerce sans accidents depuis quatre ans, on emploie une poudre qui, au dire du malade, doit être du minium.
11 y a deux mois, il fut pris, de coliques de plomb pour lesquelles il fut soigné pendant un mois par un niédecin qui lui donna des purgatifs.
A cette époque (fin décembre 1872), il se remit au travail et commença à s'apercevoir qu'il avait de la difflcultô à étendre ses doigts et sa main ; il éprouvait des tiraillements dans les bras et dans les jambes ; il n'en continua pas moins son travail jusqu'au samedi 18 janvier; son état n'a pas empiré ; depuis cette époque, il accuse même un peu d'amélioration ; il y a quelques jours, il s'est purgé.
Etat actuel. — L'état général n'est pas satisfaisant ; le malade est pâle, jaunâtre, amaigri; la langue est chargée, blanchâtre ; liséré plombique, dents noirâtres ; rien de particulier du côté des ongles.
Le malade est facilement essoufflé ; bruit de souffle anémique au premier temps et à la base du cœur ; rien du côté des poumons ; le ventre est plat et déprimé, peu douloureux à la pression.
Le foie et la rate ont leur volume normal.
Les bras présentent de temps à autre des mouvements convulsifs ; la main est fléchie sur l'avant-bras et sur les phalanges ; les doigts sont fléchis les uns sur les autres sans contracture des muscles de la région.
La sensibilité est conservée.
Le malade peut fléchir l'avant-bras sur le bras ; les mouvements de l'articulation de l'épaule paraissent difficiles, surtout l'élévation du bras ; les muscles ne sont pas atrophiés.
Les jambes tremblent, mais tous les mouv.ements s'exécutent ; le malade marche difficilement.
L'ai)pétit est revenu; pas de fièvre, pas de constipation.
Au moyen de la machine électrique de Gaifl'e, on constate que les extenseurs se contractent difficilement aussi bien que le deltoïde et le grand pectoral ; au contraire, les fléchisseurs se contractent difficilement ainsi que les muscles de la couche externe de l'avant-bras ; il en est de même des muscles postérieurs rhomboïde, trapèze, grand dorsal,
Marche, traitement. — • 1" février. Les muscles extenseurs de l'avantbras se contractent sous l'influence des courants d'induction, mais la contractililé est à peine appréciable.
Il en est de même pour les deltoïdes, surtout à droite ; les longs supiuateurs et les intérosseux se contractent ainsi que les muscles des bras, les pectoraux et les muscles du dos.
5 février. — La contractilité électrique est complètement abolie dans les extenseurs des avant-bras et dans les fibres antérieures du deltoïde droit ; dans les fibres postérieures de ce deltoïde et dans celui du côté gauche, la contractilité électrique est très-diminuée.
Conservation de la contractilité électrique dans le triceps, les intérosseux et le long supinateur.
13 février. — Mensuration.
Circonférence prise au niveau du sommet do l'olécrâne, le bras étant dans l'extension complète.
Côté droit 24 centim.
Côté gauche , 24 —
-- IGO —
Circonférence prise à huit travers de doigt au-dessus de la ligne passant par les apophyses styloïdes du radius et du cubitus.
Coté droit 22 centim.
Côté gauche : 22 —
Circonférence prise à quatre travers de doigt au-dessus d'une ligne horizontale passant par l'épitrochlée.
Côté droit 22 centim.
Côté gauche 22
Au niveau du bord inférieur du grand dorsal, il y avait 23 centimètres à droite et à gauche.
21 février, — Môme état ; le biceps du côté droit, depuis deux ou trois jours, se contracte beaucoup moins facilement.
i" mars. — La contractilité électrique a parfaitement reparu dans le biceps du côté droit, les faisceaux postérieurs du deltoïde droit commencent à se contracter ; le deltoïde gauche est dans le même état ; la contractilité électrique, bien que peu énergique, est conservée. 14 mars. — La mensuration donne les résultats suivants : 1° Circonférence prise au sommet de l'olécrâne, le bras étant dans l'extension complète.
Adroite 24 centim.
A gauche 24 —
2° Circonférence prise à huit travers de doigt au-dessus de la ligne passant par les apophyses styloïdes du radius et du cubitus.
A droite 21 centim. | ^. , .
A gauche 21 - j Dmi. de 1 centim.
3° Circonférence prise à quatre travers de doigt au-dessus d'une ligne
horizontale passant par l'épitrochée.
Adroite 21 centim. 5 ) ,
A gauche 21 - 5 j Dim. de 1/2 centim.
4" Au niveau du bord inférieur du grand dorsal, il n'y a pas de changement.
26 mars. — La sensibilité électrique n'est pas diminuée au niveau des avant-bras; lorsqu'un des pôles est appliqué sur le trajet du nerf radial et l'autre sur la face postérieure et supérieure du bras, on ne détermine pas de contractions dans les extenseurs.
29 mars. — Le malade sort de l'hôpital sur sa demande ; son état est plus satisfaisant ; la contractilité dans les extenseurs et le deltoïde, du côté droit, est toujours abolie; dans le deltoïde gauche elle est meilleure ; la main gauche étant fermée, le malade peut la relever de façon que son axe soit sur celui de l'avant-bras.
Ce malade rentre, le 11 mars 1874, dans le service de M. Vulpian, salle Saint-Raphaël, n° 28.
Etat actuel. — L'état général est bon ; point de cachexie saturnine, pas de souffle anémique, ni au cœur, ni dans les vaisseaux du cou.
Tous les muscles ont leur volume normal, sauf les extenseurs de l'avantbras ; ceux-ci sont les seuls qui ne répondent pas à l'électrisation faradique, tous les autres répondent sans retard.
Le malade peut volontairement relever le poignet, quoique l'électrisation ne fasse pas contracter ses muscles.
\ 0 mars. — M. Vulpian fait passer le courant faradique sur le nerf radial du bras droit. Il obtient une contraction énergique de tous les muscles auxquels il commande, y compris les extenseurs.
16 mars. — Les urines sont normales : l'expérience précédente, recommencée pour le bras gauche, donne le même résultat.
6 avril. — Depuis huit jours, on électrise avec les courants constants ; auparavant, on se servait des courants interrompus (machine électro-magnétique). La machine se compose de soixante-quinze éléments Daniell- Trouvé.
13 avril. — L'électrisation magnéto-électrique du nerf radial n'amène aucun mouvement dans les extenseurs du bras, ce qui est en désaccord avec l'expérience du 1 5 mars.
25 mai. — Le malade, très-amélioré, part pour Vincennes.
Remarque. — Dans ce cas particulier, le creux des mains était trèsamaigri, les éminences thénar et hypothénar très-diminuées de volume ; en même temps elles ne répondaient pas aux soixante-quinze éléments de la pile (courants continus) ; pour y déterminer des contractions, il fallait appliquer les tampons et provoquer des renversements de courants. Rien dans les interosseux.
Réflexions. — Il importe de noter, dans l'observation de ce malade, longtemps suivi, les points suivants :
1" Le mode de dis.nbulion de la paralysie, son inégalité à droite et à gauche, sa disparition successive ;
2» Un même muscle, le deltoïde est inégalement frappé dans ses éléments musculaires constituants ;
3» Les variations de la contracta ité et de la sensibilité électriques;
4° L'atrophie des muscles des mains;
5" Le désaccord entre l'action de la volonté et celle des courants électriques.