OBSERVATION XV
(Communiquée par MM. Vulpian et Raymond). — Coliques saturnines. —
Paralysie.
Vuillet, Jean-Antoine, 32 ans, peintre, entré le 18 février 1874: service, de M. Vulpian, salle Saint-Raphaël, n° 24. Renseignements, — Pas d'antécédents de famille.
Après la guerre, le malade s'est livré à la boisson pendant trois mois environ, pas de syphilis.
Il travaille depuis quinze ans à la peinture des fruits artificiels (céruse, minium, vert de Schweinfurt, etc.).
La plupart des couleurs se manient en poudre, d'où leur inhalation répétée.
En avril 1873, le malade fut pris de vomissements et de coliques; tous les phénomènes qu'il raconte se rapportent bien à la colique de plomb.
Depuis cette époque, il ne se remit pas complètement; il conserva du dégoût pour les aliments, de temps à antre, il eut de légères coliques et de la constipation.
Le 25 mai, le malade reprit son métier, le 20 octobre il retomba malade gravement; en dehors des symptômes de la colique, il éprouva une fai-
blesse générale, du Iremblement dans les jambes et dans les bras, un peu d'œdême péri-malléolaire; au bout de quelques jours, les mains étaient paralysées. Alors il abandonna complètement sa profession, et jusqu'à ce jour suivit un traitement général consistant en bains sulfureux et ioduro de potassium ; il a déjà pris 7b0 gr. d'iodure et onze bains sulfureux.
Il a remarqué que depuis qu'il est malade, ses sueurs normales se sont complètement supprimées; la marcbe est devenue difDcile, il ne peut faire que de petits pas et se fatigue facilement; le caractère est triste; le malade prétend perdre la mémoire; il dit également avoir beaucoup maigri.
État actuel. — Le teint de la face est jaune brun, on constate un liséré plombique sur les deux gencives; les muqueuses sont très-décolorées ; bruit de souffle anémique au cœur et dans les vaisseaux du cou. Le malade dort mal, il n'a pas d'appétit, les digestions sont mauvaises.
État des membres. — Bras. — Paralysie des extenseurs. Dans la pronation, le poignet retombe en formant un angle droit avec l'avant-bras; il ne peut les redresser; les mouvements de supination sont conservés.
La partie inférieure de l'avant-bras est amaigrie; les éminences hypothéuar surtout ont diminué de volume; le côté droit dans son ensemble est plus atteint que le gauche. Les longs supinateurs ont conservé leur action; il en est de même pour les interosseux.
Les muscles du bras droit sont atrophiés; il en est de même pour ceux du bras gauche; mais à un moindre degré; ainsi pour les deltoïdes.
Il y a un peu d'analgésie dans les deux bras, anesthésie légère.
Ces deux phénomènes sont moins marqués au bras gauche.
La puissance musculaire est plus faible à droite qu'à gauche.
Dans tout le côté droit du corps la sensibilité est plus éteinte qu'à gauche.
Jambes. — Les phénomènes sont les mêmes qu'aux bras; seulement les extenseurs des pieds sont très-peu paralysés.
A la face, au cou, la sensibilité est considérablement affaiblie, au poin qu'il est difficile de déterminer le côté le plus affecté. Pas d'ataxie de mouvement; rien dans les urines.
La vue est conservée.
Le sens du goût est très-diminué, surtout dans la moitié droite de la langue: odorat presque perdu dans la narine droite, il est également diminué à gauche, à un moindre degré,
Marche. Traitement. — Deux bains sulfureux par semaine, iodure de potassium, électrisation.
9 mars. — Les mouvements d'élévation de la main gauche sont revenus et cependant l'électrisalion ne fait pas contracter les muscles.
16 mars. — L'urine ne renferme rien d'anormal,
6 avril. — Au niveau des poignets, sur la partie médiane de la face dorsale des deux mains, il y a une tumeur arrondie, sans changement de couleur à la peau, du volume d'un petit œuf, légèrement douloureuse à la pression ; elle est aussi marquée à droite qu'à gauche.
10 avril. — La sensibilité électrique est à peu près nulle au niveau des extenseurs, elle est absolument nulle sur les muscles de la face palmaire de la main.
13 avril. — L'électrisation faradique des deux nerfs radiaux n'amène aucune contraction dans les muscles extenseurs.
30 mai. — On recherche avec un nombre donné d'éléments si la contractilité électrique est plus puissante dans les extenseurs que dans les fléchisseurs; on ne constate rien de semblable: au moment au contraire oii on n'obtient plus qu'une contraction très-minime des extenseurs, en diminuant graduellement le nombre des éléments, les fléchisseurs avec le même nombre d'éléments se contractent énergiquement.
5 juillet. — Le malade vient d'avoir un léger érysipèle de la face qui a duré six jours j depuis huit jours, il souffrait de la gorge.
10 juillet. — Les muscles sont de nouveau examinés avec la machine Trouvé.
En faisant placer l 'avant-bras sur un support, de façon que le poignet repose directement, la main étant tombante, on constate que les courants constants traversent la couche malade et font contracter les fléchisseurs, ce qui ne se produit pas sur un avant-bras sain.
Quant aux courants induits, ils produisent des contractions assez énergiques, surtout dans l'extenseur du pouce du bras droit.
11 juillet. — • En somme, pendant ce long séjour du malade à l'hôpital, il a engraissé ; la teinte cachectique jaunâtre, si prononcée quand le malade est entré à l'hôpital, a disparu ; l'appétit est revenu.
Les muscles se contractent bien.
A gauche, il peut relever la main et pourtant les muscles de ce côté ne répondent presque ])as à la conti^action électrique.
if) juillet. — La sensibilité électi'ique est revenue en partie sur les muscles extenseurs, elle est toujours complètement nulle sur les muscles des éminences thénar et hypothénar, droite et gauche.
Du reste ces muscles sont manifestement atrophiés, surtout à droite, ils ne se contractent pas du tout.
Les interosseux ont perdu aussi une partie de leur contractilité musculaire volontaire sous l'influence de l'électricité.
17 juillet. — -Les extenseurs des bras se contractent à peu près bien, c'est le contraire pour les muscles des mains.
Réflexions. — Dans cette observation, nous relevons les particularités suivantes :
1" Les accidents, dans la sphère de la motilité et de la sensibilité sont plus prononcés d'un côté que de l'autre;
2" La contractilité volontaire persiste dans certains muscles, alors que la contractilité électrique est abolie ;
3» Le courant électrique passe des extenseurs aux fléchisseurs avec une grande facilité, ce qui n'a pas lieu lorsque l'avant-bras est sain ;
4" Il y a une différence d'action entre les courants induits et les courants centinus ;
5° La sensibilité électrique suit dans ses manifestations la contractilité électrique ;
6° Les muscles des mains ont perdu et la sensibilité et la contractilité électrique;
T Le malade a présenté des tumeurs dorsales des mains.