‹ De l'intoxication saturnine chroniqueChapitre 29 sur 36 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

(Communiquée par MM. Vulpian et Raymond). — Paralysie saturnine.

Edouard Bournotte, 46 ans, peintre; entré le 18 juin 1874, salle Saint- Raphaël, n» 27.

Renseignements. — Pas d'antécédents de famille, pas de sypliilis, pas d'alcoolisme.

Le malade est peintre en bâtiments depuis l'âge de 20 ans, jamais il n'a été malade avant le mois de janvier i 873, il se trouvait alors à Montévidéoj il raconte qu'à cette époque il eut une colique très-vive qui dura 13 jours, et qu'en même temps il éprouva des accidents cérébraux violents, on l'aurait cru mort pendant quelques heures.

Deux mois après, nouvel accès de coliques qui dura trois à quatre jours seulement, mais'à peine était-il fini que la paralysie se déclara graduellement.

Le malade resta sept mois à l'hôpital, et la paralysie était telle qu'on était obligé de le faire manger ; on lui administra trois pilules de strychnine par jour pendant ce temps, et il sortit presque guéri, au point de pouvoir reprendre son travail ; la main gauche se remit bien plus rapidement que la droite.

Deux mois après, les accidents reviennent; seulement il fut moins paraysé que la première fois; il entra à l'hôpital de Montévidéo où il séjourna deux mois; on lui fit des frictions et on le renvoya comme incurable, ce que voyant, il partit pour Paris où il est arrivé depuis quatre jours.

Etat actuel. — La santé générale est bonne, toutes les fonctions sont intactes, seulement le malade est notablement amaigri ; les gencives offrent un liséré plombique assez prononcé.

Les bras sont amaigris; il en est de même des avant-bras, principalement à leur partie inférieure.

Au début, le malade a remarqué que la main, lorsqu'il voulait étendre les doigts, se présentait sous la forme suivante : les doigts du médius et de l'annulaire sont fléchis; le pouce et l'auriculaire sont dans l'extension.

La main est en flexion surl'avant-bras; lorsque le malade veut les élever, il remarque que la droite se fléchit en dedans et peut à peine dépasser le plan horizontal; la gauche, au contraire, fait presque un angle droit avec l'avant-bras et ne subit pas de déviation en dedans.

En lui tenant les mains dans l'extension forcée et les doigts dans la flexion, il ne peut étendre ceux-ci, sauf l'auriculaire de la main gauche et un peu l'index de la main droite.

On constate facilement la saillie du long supinateur dans la flexion de l'avant-bras sur le bras ; au dynamomètre de Robert et Colin, le malade amène 6 1/2 à gauche et 4 à droite.

Marche. Traitement. — 1 9 juin. — Les courants constants au maximum produisent sur les extenseurs de l'avant-bras droit de la douleur, mais aucune contraction.

La même opération, répétée à gauche, détermine une douleur assez vive pour forcer le malade à retirer le bras, ce qui n'avait pas lieu à droite.

A droite, les courants constants font contracter l'extenseur du pouce seul. L'extenseur gauche et les autres muscles ne se contractent pas du tout.

Au maximum, dans le creux de la main, le malade ne sent pas ces mêmes courants, on ne remarque non plus aucun mouvement.

En employant les courants induits, on détermine dans le creux de la main une sensation non douloureuse, que le malade compare à un léger fourmillement; quelques mouvements se produisent surtout aux érainences thénar.

20 juin. — Dans la gaine des extenseurs communs, on constate de chaque côté une petite tumeur, limitée à droite et à gauche par une ligne droite très-nette en haut et en bas, d'une façon beaucoup plus indécise.

Celle de la main gauche est plus grosse que celle de la droite et un peu douloureuse. En étendant la main sur l'avant-bras, on relâche les tendons et on les déplace plus facilement, on déplace en même temps la tumeur.

Leur saillie est d'ailleurs peu notable, pas de changement de couleur de la peau, ni d'adhérences de celle-ci.

Bains sulfureux, iodure de potassium, électricité.

22 juin. — Nouvel examen électrique des muscles.

On constate, contrairement à ce qui a été noté à la date du 19 juin, que la douleur par les courants constants au maximum (73 éléments) est plus vive à droite qu'à gauche; l'extenseur droit du pouce ne se contracte que faiblement, à gauche il se contracte fortement.

A gauche, il y a une légère ascension de la main en bloc; à droite, où la douleur est plus vive, rien de semblable.

L'expérience est faite sur les avant-bras, qu'un aide soutient au niveau du carré pronateur avec les deux doigts; l'expérience du 19 était pratiquée les bras étant étendus sur une surface horizontale.

L'électrisation faradique maximum n'engendre dans les muscles malades, ni mouvement, ni douleur; dans le creux de la main elle produit des mouvements de l'éminence thénar et hypothénar.

Les courants constants déterminent dans le creux de la main des fourmillements "et des mouvements extrêmement lents et peu étendus.

En électrisant méthodiquement le malade avec les courants constants, on est obligé de diminuer les éléments, de n'en conserver que trente pour le bras droit, le gauche supporte les soixante-quinze éléments.

Avec les trente éléments, la peau de la face dorsale de l'avant-bras sent encore très-bien l'électrisation ; en appliquant alors les tampons sur la face palmaire du même avant-bras, le malade ne sent absolument rien.

Avec les soixante-quinze éléments, on applique les tempons sur la peau du bras droit, au niveau des biceps, le malade retire son bras à cause de la douleur; ils sont alors appliqués sur la face interne de l'avant-bras du même côté, et le malade les supporte.

La même expérience est faite sur le bras gauche et donne le même résultat.

Il s'ensuit que la face interne et la face externe des avant-bras est anesthésiée et elle l'est davantage à droite qu'à gauche. Les courants induits passent facilement des extenseurs aux fléchis.seurs.

1" juillet — Les extenseurs répondent mieux à l'électrisation; les progrès sont plus sensibles qu'en employant l'électrisation faradique.

10 juillet. — Le creux des mains est toujours anesthésié, il sent quelques décharges quand on fait jouer l 'interverseur.

2o juillet. — Le malade est mieux sous tons les rapports. Réflexions. — Nous noterons à propos de cette observation : 1» La différence entre les courants constants et les courants induits; 2" L'anesthésie et la perte de la sensibilité électrique, surtout à la paume des mains ;

3° Le passage facile, comme dans l'observation précédente^ de l'électricité aux fléchisseurs ; 4* Les variations dans l'action de l'électrisation ; 5* La conservation du long extenseur du pouce et des interosseux; 6» La tumeur dorsale des mains.

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