OBSERVATION XVII
(Communiquée par MM. Vulpian et Raymond). — Hémiplégie saturnine.
Dumont, Joseph, ouvrier cérusier, 46 ans, entré une première fois à la Pitié le 30 mai 1871, salle Saint-Raphaël, n» 39.
Renseignements. — Pas d'antécédents de famille.
Le malade jouit d'une bonne santé habituelle, depuis dix-huit ans il travaille dans les fabriques de céruse, toutefois avec quelques intermittences dans sa profession.
11 y a dix ans, il fut pris d'une colique très-vive avec constipation opiniâtre; au bout de quelques jours il était revenu à la santé.
Samedi dernier, 26 mai, douleurs abdominales très-vives, diarrhée abondante, il entre pour cette cause dans le service le 30 mai.
Etat actuel. — Le malade a un teint cachectique assez prononcé; il est pâle, amaigri.
Les gencives offrent un liséré plombique bien marqué.
La langue est saburrale; de temps à autre le malade a des nausées, quelques fois suivie de vomissements alimentaires.
Le ventre est rétracté, légèrement douloureux à la pression. Perte d'appétit.
Crampes fréquentes et passagères dans les membres inférieurs, la sensibilité au toucher et à la douleur dans les membres est un peu diminuée. Selles diarrhéïques, jaunâtres, assez abondantes.
Marche. — Au bout de quelques jours, à l'aide de purgatifs légers, on calme cet état et le malade part pour Vinccnncs guéri.
11 rentre à l'hôpital le 4 mars 1874, salle Saint-Rapaël, n" 10.
Renseignements. — Le malade raconte qu'il a eu une flèvre typhoïde à l'âge de i9 ans; depuis lors il s'est bien porté.
Il y a vingt ans qu'il a commencé à travailler dans une fabrique de céruse ; de temps à autre, il fut obligé de suspendre son travail à cause de violentes coliques dont il fut atteint.
Il cessa déûnitivemenl de travailler au plomb en 1871.
Il y a six semaines, après quatre ans d'interruption, il reprit son ancien métier, depuis cinq jours il souffre de coliques très-vives.
Il n'a jamais eu de troubles cérébraux ni de paralysies, il n'est ni alcoolique ni syphilitique.
Depuis quinze jours environ, sans qu'il puisse se rendre compte pourquoi, il s'aperçoit que son côté droit est plus faible.
Etat actuel. — Homme peu intelligent; cependant il répond nettement aux question? qu'on lui adresse.
Il souffre assez fréquemment de la tête : la vue du côté droit est bonne; à gauche, elle est affaiblie par suite de la présence d'une taie sur la cornée.
L'ouïe est très-diminuée surtout à droite; il ne peut préciser au juste la date de cet affaiblissement.
Sensibilité. — Tout le côté droit de la face est le siège d'une anesthésie assez mcirquée : anesthésie au simple contact, à la température et surtout à la douleur.
Motilité. — Il n'y a pas 'd'hémiplégie faciale bien accentuée; le côté droit de la face, pris en masse, paraît moins saillant que le côté gauche.
Le voile du palais est anesthésié; les muscles fonctionnel! mal, les mouvements réflexes sont abolis.
La langue est assez fortement déviée du côté gauche et plissée du même côté.
Le liséré plombique gingival est très-apparent.
La voix est nasonnée, les mots ne sont pas prononcés très-distinctement.
Membres supérieurs. — La motilité est diminuée dans le membre supérieur droit, à cette faiblesse se joint un certain degré d'atrophie portant sur les muscles de la légion postérieure de l'avant-bras.
L'extension du poignet est moins facile à droite qu'à gauche ; il y a, à droite, un léger degré de parésie des extenseurs ; la sensibilité au contact, à la température, à la douleur, à droite, est aussi abolie qu'à la face.
Membres inférieurs. — La marche est difficile, le malade traîne la jambe droite.
On peut se convaincre de l'affaiblissement de la jambe droite et de la cuisse correspondante en examinant comparativement les deux membres inférieurs, le malade étant dans le décubitus dorsal.
Anesthésie de tout le membre inférieur droit de même qu'au bras correspondant. Cette anesthésie existe en conservant son caractère hémiplégique surtout le côté droit du thorax, de l'abdomen, des lombes et du dos; elle s'arrête assez exactement sur la ligne médiane, en avant et en arrière. \
Outre la simple diminution -des divers modes de sensibilité, à part le simple contact, qui n'est pas perçu, il y a perversion de la sensibilté, la piqûre donne une sensation de frottement, le pincement une sensation de contact.
L'auscultation des poumons et du cœur ne fait rien découvrir d'anormal.
Foie et rate. — Physiologiques, — la région ombilicale est douloureuse à la pression ; le malade est constipé depuis huit jours.
Bruit de soufle continu avec renforcement dans les vaisseaux du cou.
L'examen des urines est négatif; le malade mange peu, il dort assez bien
Marche. — Traitement. — 5 mars. — lodure de potassium 1 gramme. 10 mars. — Une pilule de sulfate de strychnine.
18 mars. — Trois pilules de strychnine, 2 grammes d'iodure de potassium.
1 6 avril. — Le malade présente toujours le môme degré d'anestbésie que lors de son entrée; la force musculaire dans le côté droit est un peu revenue.
30 avril. — Avec l'appareil de GaifTe, on constate que la contractilité musculaire est affaiblie à droite ; la sensibilité électrique est complètement perdue.
3 mai. — L'état de la motilif.é est le même qu'au début, on constate, comme à l'arrivée, l'ancsthésie du côté droit du corps; cette anesthésie est plus marquée au membre supérieur qu'au membre inférieur.
Le voile du palais est toujours insensible au toucher ; la luetle est déviée du côté gauche; les piliers du côté droit sont moins saillants et affectent une direction se rapprochant de la verticale ; ils ne décrivent pas leur concavité habituelle; la déglutition est gênée.
G mai. — On note l'aspect en griffe des orteils du pied droit ; les muscles de la jambe (région antéro-eiterne) paraissent atteints d'un certain degré d'atrophie.
10 mai. — Mensuration des deux jambes, en trois points différents.
1" A 14 centimètres du bord inférieur de la rotule : Jambe droite, 24 cent. 8.
— gauche, 29 cent.
2° A 2 1 cent, du même point de repère : Jambe droite, 24 cent.
— gauche, 25 cent.
30 A 1 2 cent, au-dessus des malléoles externes : Jambe droite, 20 cent.
— gauche, 20 cent.
Le pied droit a l'aspect d'une griffe; les orteils sont dans l'ordi-e suivant :
La première phalange est étendue sur le dos du pied en formant, avec celui-ci un angle obtus; les deux dernières phalanges des orteils sont au contraire fléchies sur les premières.
Etat de contractilité électrique :
Avant-bras des deux côtés. — La contraction musculaire examinée avec la machine magnéto-électrique se prononce plus vite du côté gauche, lorsqu'on augmente graduellement l'intensité du courant, par conséquent, elle est plus marquée dans les muscles de l'avant-bras gauche, extenseurs et fléchisseurs, que dans ceux de l'avant-bras droit.
A la jambe droite, la contractilité électrique est très-diminuée, examinée comparativement avec celle de la jambe gauche.
(Machine Trouvé, à courants continus.)
Les extenseurs et les fléchisseurs de l'avant-bras di'oit présentent entre eux une notable différence sous le rapport de la contractilité ; le même courant (35 éléments) qui amène des contractions trés-manifestes dans les fléchisseurs, ne produit rien dans les extenseurs.
Si l'on compare les muscles du côté droit, c'est-à-dire du côté paralysé, avec ceux du côté gauche, sous le rapport de la contractilié, on obtient des différences suivant les régions examinées.
A la jambe droite, il faut un plus grand nombre d'éléments qu'à la jambe gauche pour faire apparaître des contractions dans les muscles de la région antéro-externe.
A l'avant-bras, les fléchisseurs du côté gauche se contractent plus vite que ceux du côté droit et il faut moin? d'éléments.
Les extenseurs des doigts, les radiaux, le long supinateur, présentent de notables différences.
A droite, peu de contractions dans les extenseurs alors qu'on en obtient de très-fortes dans les fléchisseurs.
Les extenseurs à gauche sont plus contractiles.
Les muscles de la face, comparés d'un côté à l'autre, ne présentent pas de différences appréciables ni au courant constant, ni au courant continu.
20 mai. — Ces constatations sont faites de nouveau et donnent les mêmes résultats.
1^' — Le malade a repris de la vigueur, il va beaucoup mieux.
Les phénomènes paralytiques sont beaucoup moins accentués, la jambe surtout est plus forte; à peine si le malade la traîne un peu en marchant.
Réflexions. — Doit-on, dans le cas particulier, considérer cette hémiplégie, survenue chez le malade qui fait le sujet de l'observation, précédente comme étant de nature saturnine? Pour nous, la réponse n'est pas douteuse.
L'homme est un saturnin, il est cachectisé ; fréquemment il a eu des coliques violentes; presque en même temps que sa dernière, il éprouve de la faiblesse dans le côté droit du corps, lui qui, jusqu'alors, avait été indemne de tout phénomène paralytique.
Cette hémiplégie s'accentue davantage au bout de quelques jours; puis après un traitement convenable, en six mois, elle rétrograde presque complètement.
Les phénomènes paralytiques sont plus accentués dans le membre supérieur que dans le membre inférieur ; au membre supérieur ce sont les extenseurs qui sont le plus paralysés. Les muscles au bras, à la jambe, sous l'influence de la contractilité électrique (courants constants et courants induits) se comportent comme dans les paralysies saturnines ordinaires.
Il y a anesthésie complète de tout le côté paralysé, absolument comme dans certains cas d'hystérie ou bien d'hémorrhagie cérébrale à foyer limité; au-dessus de la couronne rayonnante deReil, comme MM. Charcot, Vulpian, Veyssière l'ont démontré, soit par la cliinique. soit par l'expérimentation.
Certes, cet homme n'a rien de l'hystérique ; sa paralysie est survenue lentement, sans phénomènes précurseurs, sans attaques apoplectiques; enQn, la sensibilité électrique a disparu dans les membres paralysés, et nous rappellerons que, contrairement à ce qui a lieu dans l'hémorrhagie cérébrale, les membres sont assez irrégulièrement frappés et, dans chacun d'entre eux, les groupes musculaires sont, eux aussi, inégalement atteints.
Ce malade a donc une hémiplégie saturnine ; son observation rapprochée d'une autre dans laquelle nous voyons tous les phénomènes paralytiques (sensibilité et mouvement), perte de l'ouïe, de l'odorat, du
goût, plus marqués d'un côté que de l'autre, observation qui est presque une transition par rapport à celle-ci, montre nettement que les paralysies saturnines, tout en conservant leurs caractères particuliers peuvent affecter la forme hémiplégique. (Réflexions textuelles de Raymond.)
OBSERVARION XVIIl.
(Communiquée par MM. Raymond et Vulpian). — Encéphalopathie saturnine. —
Ataxie.
Josselin (Léopold), 42 ans, fumiste. — Entré le 8 avril 1874, salle Saint- Raphaël, n» H.
Renseignements. — Pas d'antécédents de famille.
Il n'a pas, avant sa maladie actuelle, été sérieusement indisposé ; pas de syphilis, pas d'alcoolisme.
Le malade, fumiste de sa profession, a commencé à travailler à la fabrique de plomb de Clichy, à la fin du mois de janvier dernier jusqu'au 25 mars ; il n'y avait jamais travaillé avant. Vers la fin de son séjour, il eut une attaque de coliques qui dura du 20 mars au 3 avril.
Cinq jours après le début de sa colique, le 23 mars, une attaque d'encéphalopathie saturnine se déclare ; il était en train de se laver les mains, lorsqu'il tomba en perdant connaissance; il eut ensuite des mouvements convulsifs ; cette attaque dura deux heures.
Quatre ou cinq jours après, nouvelle attaque semblable à la première; elle ne dura qu'une heure.
Il cessa alors complètement de travailler dans le plomb. Jusqu'alors les accidents plombiques s'i'taient bornés aux deux attaques mentionnées et à un certain degré d'affaiblissement musculaire limité au membre supérieur, et dont il s'était bien rendu compte.
Le 2 avril, il remarqua qu'il ne pouvait plus guère se servir de ses membres supérieurs pour manger ; lorsqu'il voulait porter à sa bouche, un verre, par exemple, le bras était agité de secousses telles, qu'il ne pouvait boire ; entre l'incoordination motrice, la faiblesse musculaire était trèsprononcée.
Le lendemain, il éprouva quelques fourmillements très-peu marqués dans les membres inférieurs ; la marche était encore à peu près normale. Au bout de quatre jours, le malade ne put marcher que difficilement, il était obligé de s'appuyer sur un objet quelconque pour ne pas tomber ; en même temps, il ressentit des troubles du côté de la tête, il eut des maux de tête assez violents avec diminution de la vue et de l'ouïe, surtout à gauche.
A mesure que les troubles de la marche se prononçaient davantage, les mouvements d'incoordination des membres supérieurs devenaient moins prononcés ; aussi, le malade voyant cela, se décide à entrer à l'hôpital, surtout à cause de sa marche.
Etat actuel. — Hémicrânie du côté gauche, assez forte, s'étendant au côté correspondant de la face et présentant des exacerbations nocturnes.
Pas de déviation des traits ; léger degré d'anesthésie à gauche.
Pas de paralysie des muscles de l'œil ; la pupille gauche est plus dilatée que la droite.
L*ouïe est fortement diminuée à gauche ; le malade éprouve aussi depuis huit jours, dans cette oreille, des bourdonnements.
Pas de tremblement de la langue, liséré plorabique sur les gencives.
Motilité. Membres supérieurs. — Dans les deux bras, on trouve une diminution considérable de la force musculaire, cette diminution est plus marquée à gauche qu'à droite.
Les masses musculaires ne paraissent pas avoir subi de diminution appréciable ; au niveau des dernières vertèbres cervicales, et des premières dorsales, la pression provoque une douleur assez intense (points d'hypéresthésie).
Dans les deux membres, il existe de l'incoordination motrice assez marquée du côté gauche surtout ; le malade ne peut pas, les yeux étant fermés, porter la main sur un point de la face, sans tâlonnemçnts ; dans les deux bras, analgésie au pincement et à la piqûre surtout à gauche.
Dynamomètre : Main droite 35
— Main gauche 35
Membres inférieurs. — Incoordination motrice très-apparente dans les mouvements des deux jambes.
Lorsque le malade veut exécuter un mouvement, il n'y a pas adaptation exacte de l'effort musculaire au but à atteindre; la marche est très-difficile ; il frappe le sol du talon en jetant les jambes en avant lorsqu'on lui fait fermer les yeux, il chancelle, et il tomberait s'il ne trouvait à côté de lui un point d'appui.
Sensibilité. — Il existe à la jambe gauche deux zônes douloureuses au niveau des articulations du cou, du pied et du genou ; en outre, il y a anesthésie des deux jambes, surtout à gauche ; anesthésie au contact, à la température, à la douleur.
Les membres inférieurs sont le siège d'une excitabilité réflexe intense, mise en jeu par la pression des parties douloureuses; cette excitabilité est surtout marquée à gauche.
Les jambes ne sont pas diminuées de volume, il n'y a pas de contracture ; la droite est plus forte que la gauche.
Toutes les autres fonctions s'accomplissent normalement.
Marche. Traitement. — lodure de potassium, i gramme ; bains sulfureux, deux par semaine.
13 avril. — 2 grammes d'iodure de potassium.
Le malade a éprouvé, dans les deux nuits qui viennent de s'écouler, des crampes musculaires spontanées, assez fortes et empêchant le sommeil.
Ce matin, à la visite, le malade n'accuse qu'un peu de céphalalgie ; les secousses musculaires ne se montrent qu'après excitation et seulement du côté gauche ; l'incoordination motrice est à peu près la môme au bras et aux jambes.
l(j avril. — La marche est moins assurée; il y a moins d'incoordination motrice que lors de son entrée ; il a cependant de la difficulté à croiser ses jambes l'une sur l'autre ; les mouvements ne sont pas coordonnés.
L'excitabilité réflexe, si prononcée dans le membre inférieur gauche, a diminué beaucoup ; la pression sur les masses musculaires détermine des
mouvements réflexes moins prononcés qu'au début. Léger tremblement réflexe de la plante du pied lorsqu'on fléchit le pied sur la jambe.
L'hyperestbésie, au niveau du genou et du coup de pied, a disparu, excepté à l'attache du triceps à la rotule.
Les membres supérieurs présentent le même degré d'incoordination qu'au début ; la force musculaire est en partie revenue à gauche.
La céphalalgie, quoique moins forte, persiste encore.
i8 avril. — La marche est plus facile, pourtant elle est encore un peu hésitante et accompagnée d'incoordination et de tremblements, surtout dans la jambe gauche.
20 avril. — Le malade a été pris, dans la nuit, d'une douleur vive au niveau du poignet gauche ; on constate, en effet, à la visite du matin, que les articulations carpiennes sont le siège de douleurs provoquées par les mouvements communiqués ou volontaires.
Le médius et l'annulaire sont un peu fléchis, et lorsqu'on essaie de les étendre, on provoque des douleurs violentes au niveau du carpe.
Léger gonflement à la face dorsale de la main.
22 avril. — Le gonflement du poignet parait borné aux gaines du fléchisseur sublime ; il s'étend à 5 ou 6 centimètres au-dessus de l'articulation ; la peau est rouge et la pression très-douloureuse.
La marche revient peu à peu à l'état normal ; l'incoordination motrice des membres supérieurs est elle-même moins prononcée.
mai. — On fait marcher le malade, et on constate que l'ataxie des membres inférieurs a disparu à peu près complètement; il traîne encore cependant sa jambe gauche.
L'ataxie des membres supérieurs a peu changé, ce dont on s'assure eu faisant fermer les yeux au malade et en lui disant de toucher son nez avec l'extrémité du doigt ; il vient tomber sur le menton ou sur la joue, puis ensuite, il arrive sur le nez.
L'incoordination dans les deux membres supérieurs est la même.
45 mai. — Examen de la sensibilité. Aux jambes, il y a diminution de la sensibilité au contact et à la douleur ; il y a inexactitude dans le rapport de la douleur au lieu excité.
La température est très-bien appréciée ; le malade en perçoit nettement les différences.
Aux bras, diminution de la sensibilité tactile et douloureuse, conservation de la sensibilité à la température. A la face, la sensibilité ne présente pas de modiflcations appréciables. 26 mai. — Le malade part pour Vincennes.
L'état actuel est le suivant : la marche est normale ; on n'aperçoit aucune trace bien nette d'incoordination ; il semble cependant que le malade élargisse un peu plus sa base de sustentation, cela n'a pas lieu d'habitude.
Si on le fait regarder en l'air, pendant qu'il marche, on ne note aucune trace d'incoordination.
La sensibilité de la jambe gauche est à peu près normale ; un peu d'analgésie à droite ; le contact et la température sont bien moins perçus qu'à gauche.
Ces derniers jours, il a eu quelques douleurs spontanées dans les jambes, principalement à gauche.
Membres supérieurs. — Lorsque le malade porte son doigt au nez, les yeux étant ouverts, il exécute ce mouvement facilemetit et sâns erreur de localisation.
Si, au contraire, les yeux sont fermés, le malade n'exécute plus ce mouvement d'une façon aussi précise ; cependant il y a un grand progrès sur le passé.
La sensibilité est un peu modiOée du côté gauche ; la douleur et la température sont bien moins senties qu'à droite. Les organes des sens et l'intelligence ne présentent rien d'anormal.
Le 13 juin, le malade rentre à l'hôpital.
11 est mieux sous tous les rapports, pourtant ses forces ne sont pas encore revenues.
20 juin. — La marche est à peu près normale ; la jambe gauche est très-légèrement paresseuse, il n'y a pas d'incoordination du mouvement.
L'incoordination motrice des membres supérieurs a complètement disparu ; on constate cependant un léger degré d'hésitation lorsque, les yeux fermés, le malade cherche à saisir les objets qu'on lui dit de toucher.
Léger degré d'anesthésie dans la jambe gauche. Au membre supérieur, la sensibilité au contact est légèrement diminuée et la localisation est quelquefois fausse ; pas de thermo-anesthésie.
La force musculaire, mesurée avec le dynamomètre, donne les résultats suivants :
Main droite 80
Main gauche 6o
Différence de 50 avec la première mensuration.
29 juin — Le malade quitte l'hôpital à peu près complètement guéri ; il faut l'avoir suivi longtemps pour retrouver quoi que ce soit de l'afTection pour laquelle il était entré.
Réflexions. — Nous noterons dans cette observation :
1" La prédominence des phénomènes à gauche ;
2" L'ataxie très-prononcée des mouvements aux membres supérieurs et aux membres inférieurs )eur arrive après deux attaques d'encéphalopathie saturnine, leur disparition a lieu au bout de quatre mois.
Il n'est pas possible, dans le cas particulier, de songer à des phénomènes dus à l'ataxie locomotrice ou à des lésions médullaires quelconques. En effet, il n'y a point eu de douleurs fulgurantes en ceinture, de troubles de la vue, etc., dans la première période ; la seconde période n'a pas été franche, le malade a été ataxique, il n'est jamais devenu paralytique, au contraire ; il a guéri, et rapidement.
Nous sommes donc bien en présence de troubles de mouvement dus à l'intoxication saturnine.
Nous avons cherché s'il était possible de déterminer expérimentalement de semblables phénomènes ; jusqu'à présent, il ne nous a pas été donné d'avoir un sel de plomb qui ne coagulât pas l'albumine du sang.
L'ataxie locomotrice peut se montrer chez les ouvriers qui travaillent au plomb, et qui en ont subi les funestes effets absolument comme chez les autres; l'observation suivante en est une preuve, mais chez eux la maladie
évolue en présentant ses caractères habituels, facilement reconnaissables. (Raymond, Mémoire cité.)