OBSERVATION XIX
(Communiquée par MM. Vulpian et Raymond). — Hémiplégie de cause
saturnine. — Ataxie.
Moulin, coloriste, 32 ans; entré le 19 mai 1873, salle Saint-Athanase, n° 22, service de M. Marrotte.
Renseignements. — Le malade raconte qu'il travaille à la peinture depuis l'âge de 1 4 ans.
Il fut bien portant jusqu'à 22 ans, à cette époque, pendant environ trois mois, il eut de violentes attaques de coliques. 11 y a deux ans, il éprouva de la faiblesse des membres inférieurs, la marche devint difficile, surtout dans l'obscurité; de temps à autre il avait des douleurs lancinantes qui parcouraient les membres inférieurs. Il continue son métier pendant six mois; la faiblesse des jambes était très-augmentée, les yeux ne percevaient plus nettement la lumière, il entra à l'hôpital le 19 mai.
Etat actuel. — Homme d'apparence chétive. Il se plaint de ne pas avoir d'appétit, la langue est blanchâtre ; dian'hée depuis trois jours.
La vue est faible, le malade a de la diplopie de l'œil di'oit; de ce côté, il y a un strabisme externe.
Douleurs en ceinture et douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Sensation de fourmillements à la plante des pieds, il semble au malade qu'il marche comme sur des coques de noix.
La sensibilité est presque conservée, il y a légère diminution de la sensibilité au contact, la sensibilité à la température est conservée, léger degré d'hypéreslhésie au niveau des masses musculaires du mollet,
Ataxie du mouvement, surtout lorsque le malade ferme les yeux ; il a néanmoins conservé toute sa force musculaire; on ne peut lui fléchir la jambe sur la cuisse.
Rien dans les membres supérieurs; diminution de l'appétit génésique; incontinence d'urine.
Marche. — Le 1'"' novembre 1873, tous ces phénomènes se sont accrus, le malade est obligé de rester au lit, il est presque paralysé.
Réflexions. — Cette observation est un exemple bien évident de sclérose des cordons postérieurs développée chez un saturnin, aussi qu'elle différence de résultat avec ce qui s'est passé chez notre malade de l'observation précédente.
L'existence de deux types cliniques, non encore décrits dans les paralysies saturnines, nous parait suffisamment établie : 1° L'hémiplégie de cause saturnine.
2° L'ataxie des mouvements de cause également saturnine. L'une et l'autre forme, prise à temps et soignée par les moyens appropriés, est susceptible de guérison. (Raymond.)