‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 13 sur 24 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

4° 6 onces de plomb. Premier accès, le 6 octobre 1836. Immédiatement manifestations digestives, de gravité graduellement croissante. Coliques et parésie da membre inférieur. Après vingt-trois jours, évacuation partielle : soulagement immédiat.

2° 6 onces. Deuxième accès, le 24 novembre. Recrudescence des symptômes. Phénomènes de gastro-entérite. Anémie. Faiblesse générale. Réapparition des phénomènes généraux et locaux ; en plus, phénomènes méningés et paralytiques. Soulagement immédiat après évacuation de 10 onces : le quaranteseptième jour après la première ingestion : soulagement immédiat.

3° Ecart de régime. Le quarante-huitième jour après l’ingestion. Recrudescence immédiate. Guérison lente après avoir présenté pendant cinquante jours des phénomènes aigus d’intoxication.

Comme on le voit, par ce court résumé, ce malade est très intéressant. Voilà un homme prédisposé, par le fait de son alcoolisme, à fournir un terrain favorable aux manifestations saturnines. Sa gastrite acide a sûrement contribué à hâter

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l’éclosion des symptômes. Par deux fois il prend du plomb et, par deux fois, il présente des symptômes d'intoxication aiguë, et la deuxième fois beaucoup plus graves que la première. D'autre part, il a réalisé et renouvelé l’expérience d’Archambault, tendant à montrer que les écarts de régime peuvent suffire à réveiller les symptômes d’une intoxication latente. En un mot, cet homme a réalisé sur sa personne une véritable démonstration expérimentale de ce genre d'intoxication.

De plus, nous pouvons affirmer que le plomb est le seul agent à faire entrer en cause, puisque le soulagement ne se produit qu'après son élimination.

OBsERvATION II

Voici une observation tout à fait analogue à la précédente. Mais les phénomènes ont présenté une gravité exceptionnelle, qui ont d’ailleurs amené la mort, gravité due probablement à la quantité énorme de plomb ingéré.

Nous avons affaire ici également à un alcoolique.

Début, quatre mois ? Quantité ingérée: 26 balles, mais on ne peut préciser ni la date de la préhension, ni la manière dont il a pris le métal. Débuts assez vagues de l’intoxication masqués par ceux d’une gastrite chronique d’origine éthylique.

Apparition du liséré, des coliques et de la stomatite, puis phénomènes gastro-intestinaux et hépatiques (ictère). Phénomènes méningés (insomnie, céphalalgie). Phénomènes urinaires (albumine, sucre). Phénomènes cardio-vasculaires (hypertrophie du cœur, pouls lent, artério-sclérose).

Dans ses derniers moment le patient présentait une hémiplégie localisée sur tout le côté droit.

Mort le dix-neuvième jour après son entrée à l'hôpital.

Comme on le voit, cet homme présente un tableau symptomatique beaucoup plus complet que dans la précédente observation. Presque tous les organes sont frappés. L’intoxication a été poussée jusqu’à ses dernières limites, comme l'indique l'en-

céphalopathie (qui est un symptôme très rare et ne se manifeste que dans les intoxications très graves). Il présente de plus un symptôme très intéressant et excessivement rare, c'est-à-dire l'hémiplégie nettement caractérisée.

Nous rapprocherons de ces deux cas les Observations IIT et X. Il est vrai que la quantité de plomb ingéré est sensiblement moindre et que l’âge des patients est de beaucoup inférieur.

Dans le premier, il s’agit (Obs. IIT) d’un bébé de douze mois, qui a ingéré un bloc de 8 gr. 60. Il meurt d’un accès d’encéphalopathie, après avoir présenté tous les symptômes aigus de l'intoxication, vingt-six jours après l’ingestion. Il est vrai qu'on peut accuser le lait d’avoir contribué à la solubilisation et d’avoir ainsi favorisé l'absorption, qui devait être profonde puisque l'enfant est mort malgré l'intervention.

Dans l’Observation X, il s’agit également d’un enfant, mais qui est plus âgé (sept à huit ans), qui avale une rondelle de plomb de la grandeur d'une pièce de 10 centimes. La succession des phénomènes n'en fut pas moins rapide et fatale, bien qu'ici aucun motif ne puisse être invoqué pour expliquer l'absorption, si ce n’est l’action des sucs digestifs. L'enfant n’en mourait pas moins d’un accès d’encéphalopathie, malgré l’extraction du métal, quarante-huit jours après avoir avalé le corps plombifère.

On fera le rapprochement avec les animaux dont parle Tuson (Obs. VIT) et qui mouraient empoisonnés deux ou dix mois après avoir avalé des balles de plomb.

De l'Observation I on peut rapprocher le cas dont il est question au n° VIIT où les phénomènes présentèrent des caractères absolument identiques. La quantité fut peut-être moins imporlante dans le cas actuel, mais l'intensité et la rapidité de l'apparition ne le cèdent en rien à celles mentionnées plus haut. Cet homme a, en effet, avalé une charge de plombs assez gros (n° 4) et a présenté les premières manifestations le septième jour après l’ingestion. La guérison fut plus rapide, car le plomb dut sans doute être éliminé le douzième jour.

Les observations citées au n° IV présentent ceci de remarqua-

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ble: c’est la façon originale et inattendue dont les malades absorbent le toxique. La seule façon de l'expliquer, c’est d'admettre (et nous y avons insisté plus haut) que le toxique s’accumule d’une façon lente et progressive sur les tuniques du tube digestif à l’état insoluble. Il ne révèle sa présence que chaque fois qu'une quantité est dissoute pour un motif quelconque et peut passer ainsi dans la circulation générale.

Les Observations V, VI et IX doivent être rapprochées et étudiées ensemble. Elles sont, en effet, une preuve irréfutable de ce que nous avancions plus haut: à savoir, l'attaque du plomb par les liquides acides, qui le solubilisent en partie et en rendent son absorption plus rapide et plus sûre.

D'un autre côté, les Observations V et VI sont particulièrement suggestives par la rapidité et la violence des symptômes, puisque la mort suit de très près l’ingestion d’une quantité relativement minime du métal incriminé.

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