‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 16 sur 24 · LAURE · texte numérisé non relu

LAURE

le corps; d'autre part, une autre partie avait été extraite. On le voit déjà, la quantité de poison est très restreinte. Admettons qu'il reste encore 0 gr. 10 de poison; cette quantité est insuffisante, nous semble-il, pour expliquer les accidents observés, car l’accoutumance aidée de l'élimination finissent par nous confirmer que cette dose est inoffensive, cette absorption n'ayant pu se faire que très lentement et incomplètement.

Au point de vue clinique, on peut aussi discuter la nature des symptômes présentés. Nous savons, en effet, que dans les deux genres d'intoxication, il peut y avoir catarrhe oculo-nasopulmonaire, sécrétion muco-purulente et la bronchite est accompagnée de toux grasse. D'autre part, la fièvre fait défaut en règle générale. Au contraire, la douleur rétro-sternale à forme constrictive et accompagnée de toux sèche, n'est-ce pas bien là ce que certains auteurs désignent sous la dénomination « d'asthme cardiaque »? À cette Hèvre modérée et constante, avec faiblesse et dépression générales, ne reconnaissons-nous pas cet état dyscrasique créé par le saturnisme et qui tient à l’anémie saturnine. Ces violents accès d’entéralgie signalés dans le deuxième cas sont plutôt des symptômes du saturnisme.

Les symptômes de gastro-entérites, avec nausées, vomissements alimentaires et bilieux, la diarrhée avec grumeaux riziformes, sont caractéristiques. Ces phénomènes manquent dans les deux observations.

Il nous est bien permis de répondre nettement qu'on avait bien là affaire à deux cas de saturnisme et qu'il est légitime d'incriminer les phénomènes morbides présentés par les deux malades à limprégnalion de l’économie par le plomb plutôt qu'à celle de son indigent associé.

Mais s’il reste quelque doute dans l'esprit, par contre l’observalion suivante, rapportée par le docteur Bronvin, est des plus démonstratives. Nous la rapprocherons du cas cité par les docteurs Nimier et Laval.

La nature de ces accidents est d’aulant moins incontestable: que, outre leurs caractères pathognomoniques, ils n’ont cédé qu'après l'extraction du corps étranger. |

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OBsErvarioN [II

(Bronvis, Union médicale, 1868)

Il s’agit de la présence de trois grains de plomb de chasse (n° 5) dans une plaie à l’avant-bras chez un enfant de treize ans. Faite le 23 septembre 1867, cette plaie, peu étendue, était complètement cicatrisée sept semaines après, malgré la présence de trois grains de plomb parfaitement caractérisée. Le 19 novembre, l'enfant éprouve des coliques assez vives et, le 21, le docteur Bronvin constatait une colique de plomb parfaitement caractérisée par le liséré bleu des gencives, de la constipation depuis .six jours et des douleurs très vives autour de l'ombilic.

Malgré des recherches minutieuses, elles restèrent sans résultat au point de vue des causes, si ce n’est l'absorption du plomb au niveau de la plaie.

La limonade citrique et l’eau de sedlitz modèrent les coliques qui reviennent avec une nouvelle intensité quatre jours après.

Le 28 novembre, deux grains sont extraits. Limonade citrique, lavement avec du séné et sulfate de magnésie tous les quatre jours.

Le 12 décembre, coliques et liséré moins intenses. Mais amaigrissement considérable, perte d’appétit, petitesse et grande fréquence du pouls (130), facies terreux, en un mot la cachexie saturnine est portée à son plus haut degré.

Potion avec :

ODA RE Re Re -0 gr. 45 Pxtraitide quiRquiNAr ee 0e 4 grammes

Tous les deux jours, lavements avec 60 grammes d'huile de ricin.

22 décembre. Coliques vives, liséré bleu diminué, mais toujours cachexie. Pouls à 140. Amaigrissement très prononcé. Dans une consultation avec le docteur Pitteloud, on décide de donner une infusion de digitale et 0,10 d’opium. Vésication à l’épigastre, saupoudrée de chlorhydrate de morphine. Lavement de séné.:Ce lavement est continué jusqu’au 30 décembre. Le pouls est tombé à 132. Les coliques ont

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beaucoup diminué. Les selles sont devenues plus régulières par le petit lait en boisson. Facies plus blanc.

On ordonne :

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Faire 32 paquets.

Amélioration ; deux mois après, le malade est complètement guéri. II se porte bien aujourd’hui, sauf que l’extension du médius et de l’annulaire ne peut se faire complètement.

OBsERvATION IV (Traduite de la Thèse d'ELkonix)

A la chasse aux lapins, dans le bois de Harzielder, M. C... était posé comme dernier tireur à côté des rabatteurs du gibier. A la fin de la battue, l'attention de M. C... fut attirée par son collègue sur un lapin. M. C... tira deux coups, dont le deuxième frappa en plein dans la jambe d’un homme de service.

Ce rabatteur devint estropié à la suite du coup. Il poursuivit M. C... en dommages-intérêts.

M. le D' T... certilia qu'il avait vu le poursuivant le lendemain de l'accident et qu’il le traitait depuis ce moment.

Sa jambe était criblée partout d’un nombre indéterminé de grains de plomb. Au genou et à la cuisse, on déterminait le nombre des blessures ; quelques grains furent extraits. Le docteur jugea qu'il n’était pas prudent de sortir les grains entrés plus profondément en se basant sur l'opinion d’autorités médicales (Bergmann entre autres), ces grains s’encapsulant sans causer de troubles.

Deux ou trois semaines après, il y avait des symptômes d’empoisonnement par le plomb. Coliques, diarrhée, avec douleurs névralgiques dans les extrémités.

Quelques jours après apparurent la bordure de plomb aux gencives

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qui caractérise l’empoisonnement ; il n’y avait donc plus à y avoir de doute.

En même temps, fortes névralgies faciales des deux côtés, c’est-àdire inflammation des deux trijumeaux.

L’empoisonnement aigu s’est transformé en chronique.

M. le D' T... examine ensuite le patient et constate des tremblements du corps quand il allonge les mains et quand il montre la langue.

La grosseur des cuisses est semblable des deux côtés. Le genou droit est de 4 à 5 centimètres plus gros que le gauche. L'état du patient reste stationnaire.

Le traitement fut dirigé contre les symptômes d’empoisonnement, la gastrite, l’inflammation de la bouche et les douleurs névralgiques.

Au début, le docteur T... chercha à améliorer l'appétit du malade, mais c'était difficile, car le poursuivant, qui possédait toutes ses dents, devait en faire extraire vingt-quatre pour cause d’empoisonnement.

Le 11 août, neuf dents furent extraites; le 7 septembre, treize; le 21 septembre, deux.

Il mentionna l’amaigrissement des jambes, et quinze jours après l'accident il reconnut deux grains de plomb dans le tibia et un grain dans le genou gauche.

La Société était assurée, le plaignant voulut faire obstacle parce que les grains de plomb n'étaient pas extraits. Le docteur essaya de les retirer bien que, pour la marche de l'affection, il ne le jugeât pas nécessaire. Il sortit un grain, mais les deux autres étaient si profondément incrustés qu'ils ne purent être extraits.

Le docteur T... conclut que le poursuivant devait être considéré comme un impotent, puisqu'il ne peut plus s'occuper des travaux même les plus faciles. On ne put d’ailleurs prévoir si et quand son état s’améliorerait.

Pendant l'hiver, amaigrissement du malade : de 140 livres qu’il pesait il ne pèse plus que 96 livres.

Le malade fut examiné par deux autres professeurs qui émirent l'avis suivant :

Rien dans les organes de la poitrine et du ventre. Pouls, 76. Urine

ne contient ni albumine ni sucre. Dents au nombre de sept, quatre

En ve

devant et en haut et trois en bas. Il ne reste plus que la racine des autres. La langue est chargée.

On peut sentir deux grains logés dans le tibia gauche. La photographie Rœntgen a montré sept ou huit grains logés dans la jambe ; les professeurs pensent même que quelques-uns ont échappé à la photograpnie.

Mais quant à la question de savoir si l’état présent est une conséquence de la blessure antérieure, les professeurs n'affirment rien et ne formulent pas une opinion fixe.

Bien que les troubles organiques observés par le docteur T... soient incontestablement la conséquence d’une intoxication chronique, est-il possible que l’empoisonnement soit la conséquence des grains de plomb restés dans le corps ?

D’après eux, les sept ou huit grains restés logés dans la jambe ne peuvent guère en être la cause, ni de la carie de 24 dents.

Comme conclusion, ils ne sont pas d'avis que l’empoisonnement chronique a résulté de cette blessure.

Nous savons bien que la muqueuse digestive peut être le siège d’une coloration spéciale qui se rencontre également dans plusieurs autres intoxications métalliques, mais elle présente dans le saturnisme des caractères pathognomoniques. Ces pigmentations sont localisées à la sertissure des gencives, au bord du collet des dents, où elles constituent le liséré gingival. Quelquefois il y en a à la face interne des joues. Elles se trouvent de préférence à la mâchoire inférieure et au niveau des dents déchaussées et cariées. Gubler le décrit ainsi : « C’est une coloration gris bleuâtre, ardoisée, plus ou moins noirâtre quand elle est intense et dont l'étendue varie de 1/10 de millimètre à 1 millimètre ». Ce liséré est une marque d'élimination et ceci a son importance ici, car il indique une imprégnation profonde de l'organisme et, par conséquent, sa gravité.

En effet, voici comment l'explique M. Mesny dans sa thèse sur le liséré de Burton : « Les molécules plombiques qui entrent dans la circulation et celles qui, par un mécanisme quelconque, gagnent le tube digestif, sont englobées, phagocytées par les leucocytes et localisées ensuite dans les organes qui se

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