‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 17 sur 24 · LA 7 RES · texte numérisé non relu

LA 7 RES

prêtent soit à une élimination (poils, peau, glandes salivaires et sudorales), soit à une localisation prolongée (substance nerveuse, os). Arrivées au niveau des capillaires superficiels de la muqueuse du tube digestif, dans la partie privée de leur épithélium par le frottement, ulcérations ou toute autre cause, la molécule plombique, non protégée par l’épithélium, se sulfure et s’immobilise.

Cette dernière théorie est conforme à l’enseignement actuel de la bactériologie avec Metchnikoîf et Besredka et de l'histologie avec Renaut et P.-E. Launois.

Nous savons, en effet, que les uns ont cru voir là un signe d'imprégnation directe; d’autres, celui d’une élimination par la salive; mais la première théorie est plus conforme avec les données actuelles de la science et avec ce que nous connaissons du rôle des leucocytes et l'élimination des corps hétérogènes.

Nous savons, de plus, que ce liséré gingival peut se trouver dans des intoxications similaires et surtout dans le bismuthisme. Mais Berthelot amontré qu'avec l’eau oxygénée le liséré saturnin blanchit et reprend ensuite sa couleur normale sous l'influence d’un sulfure.

Dans tous les cas, ce liséré est très généralement un liséré d'élimination. Comment, en effet, expliquer autrement le liséré tardif observé à un moment où la cause d’imprégnation est depuis longtemps écartée, le liséré observé par Burton chez un homme qui avalait des balles en guise de pilules perpétuelles, celui qu'on observe chez les gens qui ont reçu une charge de plomb dans le corps ou qui se sont intoxiqués par des mjections ou des lavements. Les exemples pourraient être multipliés où il est impossible de l'imputer à une imprégnation directe.

Les tatouages et le liséré gingival constituent en quelque sorte la signature de limprégnation plombique; mais au cours de l'intoxication chronique le plomb frappe toujours le tube digestif et ses annexes; parmi ces manifestations localisées sur les organes de la digestion, nous avons la colique dite « colique de plomb ».

Depuis Lorrain, elle constitue ce que lon a appelé un épiphé-

LT

nomène, c’est-à-dire une réaction violente, mais accidentelle, de l'organisme: tandis que les autres symptômes, d'allures moins violentes, sont d’une constance assez marquée, comme les pigmentations de la muqueuse et la dyspepsie. Elle peut se produire aussi bien au cours d’une imprégnation plombique chronique qu'au début d’une intoxication à forme rapide.

Les coliques indiqueraient donc l'intolérance de l'organisme à une période quelconque de l'intoxication aiguë ou chronique. Il en est de l’intoxication saturnine comme de certaines infections microbiennes. Il s'établit, en effet, au cours de toutes les manifestations toxiques ou infectieuses, une sorte d'équilibre entre l'absorption, l'élimination et la localisation. Que pour une raison quelconque l'équilibre soit détruit, un accident saturnin se produit en se localisant sur le locus minoris resislentiæ; par exemple, dans les cas actuels, avec les voies digestives, on obtient les coliques de plomb.

Nous n’entreprendrons pas de décrire les coliques saturnines, si souvent et si bien décrites. Tous leurs caractères sont d’aillcurs résumés dans les deux observations précédentes. Nous nous contenterons d'indiquer siniplement la physionomie de la colique typique.

Elle est généralement précédée de troubles digestifs qui vont s’accentuant insensiblement, dyspepsie, constipation parfois précédée de diarrhée, inappétence, langue pâteuse, avec à la fois saveur sucrée el styptique; ceux-ci peuvent durer plusieurs jours ou quelques heures seulement: puis la colique éclate brusquement. Les douleurs spontanées, continues, sont surtout abdominales. Leur maximum d'intensité réside généralement dans le creux épigastrique et au voisinage de l’ombilic. Elles s'irradient vers l'hypogastre, le testicule, les lombes et l'épigastre. Une pression longue, lente et profonde, diminue la douleur, tandis qu'une palpation superficielle, un frôlement léger l’exacerbent.

Le ventre est dur, déprimé en bateau. L'ombilic est enfoncé.

Les vomissements d'abord. alimentaires, puis bilieux et porracés, rappellent ceux qu'on observe dans la péritonite.

os

La constipation est opiniâtre et absolue.

Il y a d’autres phénomènes importants à noter : ce sont le liséré de Burton et les autres pigmentations, un certain degré d'ictère (ne pas confondre avec l'ictère cachectique du saturnisme chronique), la rétraction du foie qui fait rarement défaut.

Le pouls est dur et lent. La sphygmographie enregistre une pulsation longue, à ligne ascensionnelle courte et inclinée avec deux ou trois rebondissements. Ce tracé est pathognomonique de l’intoxication saturnine.

En un mot, les caractères de l’intoxication s’exagèrent au cours de l’attaque de la colique de plomb.

À noter encore comme caractère essentiel : l’'apyrexie complète au cours de la colique.

Absolument comme dans les autres cas d'intoxication, la symptomatologie peut varier. La prédominance de tel ou tel symptôme peut imprimer à la colique une allure spéciale.

En général, la colique est un syndrome isolé au cours d’une intoxication chronique. Les autres manifestations correspondent en général à une imprégnation plus prolongée de l’organisme. Ces accidents peuvent se présenter de bonne heure et venir compliquer la symptomatologie de la colique. On verra, en effet, dans les observations suivantes les coliques compliquées de paralysies, d’arthralgie saturnine, de goutte, de tremblements.

Jusqu'à présent, nous avons eu affaire à des grains de plomb, à de la grenaille, voici maintenant deux cas où les coupables furent deux balles en plomb. Ces cas sont remarquables, car ce sont les seuls relatés dans la littérature médicale où des balles entrent en jeu, avec celui que nous rapporterons plus loin. Ils deviendront exceptionnels avec les projectiles modernes.

Page 1