‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 18 sur 24 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Vuceric, Allg. Wiener med. Zeitung, XI, Jahrgang, n° 20)

Le 8 août 1894, un paysan de quarante ans de... fut reçu à l'hôpital de: Il disait être incapable de travailler depuis dix-huit ans,

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Laf.

parce qu’il ne pouvait pas se servir de sa jambe droite qui était le siège de suppurations et de douleurs.

Il disait qu'il avait reçu un coup de fusil dans la célèbre bataille sur le Jawo (23-24 juillet 1876), pendant la première guerre turco-serbe. Il disait que la balle s'était logée dans la cuisse et, depuis lors, elle avait occasionné une suppuration continuelle au-dessus de l'articulation du genou. Il en était résulté une perte de forces considérable. A la suite de la blessure se déclara une forte inflammation du tissu cellulaire. Le patient fut congédié après un séjour de seize semaines à l'hôpital parce qu'il se refusait à subir l'amputation qui lui était proposée.

L'opinion du médecin de l'hôpital était qu'il n'y avait pas de balle dans l'os. C'était l'extension de l’inflammation, menaçant de devenir gangrène, qui motlivait l'amputation.

Dans le pays natal du blessé, région de montagnes très saine, linflammation s'arrêta, mais la suppuration déjà constatée continuait. Plus tard on lui assurait, non seulement dans les hôpitaux, mais aussi des médecins particuliers auprès desquels il s’'informait, qu'il était impossible de prouver qu'un projectile était dans sa jambe et que l'amputation était nécessaire.

Etat actuel. — On se trouve en face d’un homme très faible, amaigri, qui, malgré ses quarante ans, produit l'impression d’un vieillard de soixante-dix ans, pas même bien conservé. Le teint est pâle, la peau est sèche, les cheveux et la barbe sont tout à fait blanes, brillants. Sur les gencives un liséré de 1""1/2 de large, couleur gris ardoisé. L'haleine est fétide, la voix enrouée. Les organes internes sont normaux.

Pouls, 66 par minute, tendu; température, 37°2. Jambe gauche normale, mais la peau est très pâle, les muscles lâches. Jambe droite atrophiée, la circonférence est de 2 à 3 centimètres moindre que celle de la jambe gauche un peu au-dessous du genou. Deux doigts au-dessous de l'articulation du genou se trouve l'orilice d’une fistule grosse comme un grain de calé par laquelle sort un pus épais, si l’on presse. Si avec une sonde on recherche le projectile, on ne trouve que des parties molles, des chairs, mais jamais un os ou un objet dur. C'est la même chose pour un second orifice de fistule qui est dans la même ligne, un doigt et demi plus haut.

En outre de ce qui a été dit ci-dessus, le malade raconte que le jour

de la bataille, un pétard avait aussi éclaté près de lui. Mais il ne se souvient pas d'avoir été blessé par un éclat, il est sûr pourtant d’avoir reçu un projectile dans la jambe droite, alors qu'il avançait le pied droit, et d'être tombé ensuite. Il croit encore que la balle est toujours dans sa jambe, ce qui l'empêche de marcher.

Le patient a de fortes douleurs dans la jambe droite, il ne peut, par conséquent, pas s’en servir. Il est incapable de travailler aux champs et s’affecte beaucoup quand il songe qu'il est une charge pour sa famille. Après les repas, il souffre de fortes coliques, il à mauvais appétit et manque de sommeil.

Vu cet état physique et moral, il est décidé à accepter tout ce qui sera jugé nécessaire, même s'il ne doit en profiter que très peu. Il ne redoute plus l’amputation de la jambe, si la guérison le nécessite.

Les jours suivants, on à cherché en vain le projectile avec la sonde. Ce n’est que cinq jours après la réception du malade à l'hôpital que M. le D' Vucelic réussit à toucher, avec une sonde ordinaire, un objet dur, immobile, en sondant de bas en haut, à l'entrée inférieure de la blessure.

Cet objet lui parut être une balle alors que ses collègues présents croyaient avoir affaire à un os.

La sonde était en vain introduite dans la blessure, on ne pouvait pas déterminer la place de la balle.

« Comme ce cas était justiciable de l'examen aux rayons Rœntgen ! » dit M. Vucetie, le patient accepta immédiatement l'opération, qui fut faite le 14 août 1894.

Ii fut endormi. La sonde, de nouveau introduite, frappa un objet dur qu'on ne prenait plus pour un os. On eut l'impression de frapper avec la sonde sur un objet moins dur, semblable à du bois mou. On crut, au début, à un amas de morceaux d'os. La différence de sensation éprouvée dans ces deux cas était reconnue par les deux médecins assistants. Dans la direction de la sonde, on fit une incision sur une longueur de 42 centimètres et de même dans l'os; on avança jusqu'au périoste, on recueillit 4/4 de décilitre de pus assez épais. Au tiers supérieur de la blessure, sur la base, se montrait une surface moins ronde et d’une grosseur de 5 centimètres qui se présentait, après un examen attentif,

comme un projectile incrusté dans l'os. A l’aide d’une pince on ne put

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retirer la balle, il fallut l'intervention d’un ciseau et d’un marteau. L’os fut ouvert jusqu’à la moelle autour du projectile. On ne recueillit pas de pus de la blessure. Elle fut nettoyée et cousue. La guérison fut rapide et excellente. 11 put faire quelques pas dans la chambre dix jours après en s'appuyant sur une canne. Il n’y avait plus de douleurs ni au ventre ni à la jambe. Le sommeil était très bon et le malade avait un grand appétit.

Le 7 septembre 1895, le malade quittait l'hôpital.

OgservaTioN VI (Extraite de la thèse de Mamrr, communiquée par le docteur Caoyav)

M. D..., âgé de cinquante-trois ans, n’a, comme antécédents, rien à signaler du côté paternel, son père est mort âgé, d’une attaque d’apoplexie, après avoir toujours joui d'une bonne santé. Sa mère a été atteinte d'une arthrite chronique du genou droit pendant huit ou dix ans et est morte d’une pneumonie à un àge très avancé.

M. D...avait toujours été bien portant jusqu’en 1870. Le 24 septembre de cette année, étant aux avant-postes sous les murs de Paris, il reçut une balle prussienne qui le frappa à la'joue droite, atteignant le maxillaire inférieur et, n'ayant pas assez de force pour le briser, le contourna et se dirigea, en longeant le cou, en arrière de l'insertion supérieure du sterno-cléido-mastoïdien. Le docteur Luys, l’aliéniste, voit le blessé le lendemain de l'accident et le confie aux soins du docteur Cruveilher qui tente, mais en vain, d'extraire la balle. Le projectile est resté toujours à la même place et on le perçoit encore facilement avec le doigt.

Jusqu'au mois d'août 1872, aucun trouble dans la santé du blessé. A cette date, M. D... commença à éprouver des troubles fonctionnels et tous les signes physiques d’une anémie profonde qui le mit dans l’obligation de quitter très promptement Paris. Cet état dura dix-huit mois environ et fut qualifié de chloro-anémie par le médecin appelé à lui donner des soins. Aussitôt après, vers le mois de février 1874, le malade éprouve des douleurs abdominales très violentes, apparaissant surtout après les vomissements alimentaires qui mettaient fin à la douleur.

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Ces crises duraient vingt-quatre à quarante-huit heures et apparaissaient tous les dix ou quinze jours avec les mêmes caractères et cela pendant quatre ans. Ni dans le cours de son anémie ni pendant la période de ses douleurs abdominales, le mot d'intoxication saturnine ne fut prononcé.

Le 1° janvier 1880, M. D..., alors âgé de trente ans, eut un premier accès de goutte envahissant les deux gros orteils et les deux pieds, accès qui dura cinq ou six jours. De 1880 à 188% les accès de goutte se sont reproduits fréquemment. Le malade avait cinq ou six accès par an. Chaque accès durait trois semaines et, sauli les deux premiers qui n’occupent que les pieds, les autres furent généralisés, occupant successivement presque toutes les articulations, grandes et petites, sans manifestation cardiaque. Entre chaque accès les fonctions revenaient presque normales et les articulations ne présentaient pas de déformations persistantes très accentuées .

Les accès de goutte font défaut de 1885 à 1889. Pendant toute cette période, M. D... présente un eczéma généralisé très tenace, avec des périodes de rémission, mais ne disparaissant jamais complètement.

La goutte est revenue depuis cinq ou Six ans, mais avec un seul accès par an, et le dernier accès a eu lieu au mois de mai 1900, dans les deux mains, prenant les articulations radio-carpiennes et métacarpo-phalangiennes.

Depuis cette époque, la santé de M. D... a été très satisfaisante, sauÎ au mois de novembre 1901, où il a présenté des accidents abdominaux qui ont pu faire craindre de l'obstruction intestinale, mais qui étaient dus en réalité à la présence d’un gravier dans l’uretère gauche.

En examinant les gencives de M. D... on n’y voit rien d’añnormal. Pas de liséré saturnin.

Voici les résultats d’une analyse d'urine faite le 13 janvier 1902, c'est-à-dire à une époque où M. D... est bien portant.

L'urine ne contient ni sucre ni albumine, on n’y à pas trouvé non plus de plomb.

Elle renferme par litre 16 grammes d’urée, 0 gr. 60 d’acide urique, 10 gr. 40 de chlorures et 1 gr. 55 d’acide phosphorique.

L’acidité totale évaluée en acide oxalique est de 1 gr. 70. Le dépôt urinaire, examiné au microscope, présente de nombreux cristaux d'acide

urique, des hématies et de rares cellules épithéliales.

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