‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 20 sur 24 · S{SAVI · texte numérisé non relu

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Remarques générales

L'évolution et le tableau de ce genre d'intoxication est, on le voit, en tout point comparable à ceux du saturnisme chronique et nous ne pouvons mieux faire que de citer ici les magistrales paroles du professeur Jaccoud dans son Traité de pathologie interne :

« Quelle que soit la voie de pénétration du métal dans léconomie (appareil digestif, appareil respiratoire, tégumentexterne), il suit la même évolution. Il se forme des produits anormaux (albuminate de plomb) dont une portion est éliminée par les sécrétions et dont l’autre se fixe dans les organes avec une affinité qui varie pour chacun d'eux. Ainsi il constitue une imprégnatien, une modalité organique spéciale, qui est bien représentée ici par le mot saturnisme. Cette modalité est le fonds permanent et en même temps le seul effet constant de l'intoxicalion chronique : que dans cette situation l'absorption du plomb cesse, alors l'élimination continuant à se faire, l'organisme se débarrasse et tout rentre dans l’ordre sans autre manifestation; qu'au contraire l'absorption devienne plus abondante ou que l'élimination diminue, alors sur le fonds permanent de dyscrasie apparaissent des phénomènes divers de gravité variable qui dénotent un degré de plus dans lintoxicalion». Le cadre nosologique des accidents saturnins comprend des symptômes généraux el des symptômes locaux, ou organopathies.

Parmi les symptômes généraux, nous citerons l'anémie, les troubles de la nutrition, la cachexie saturnine et la goutte. Ces phénomènes sont les plus constants.

Si nous considérons les phénomènes locaux, nous voyons que c'est principalement sur l'appareil digestif que retentissent les manifestations ,saturnines, soit aiguës, la colique de plomb en tête, soit chroniques, la dyspepsie. C’est également sur l'appareil, -digesuf que se trouve la pigmentation spéciale de la muqueuse,

signature de l’imprégnation plombique (liséré de Burton). La stomalile est à peu près constante.

Nous avons un cas de paralysie saturnine très net limité aux extenseurs, accompagnée d’atrophie musculaire. À noter un cas avec douleurs articulaires (arthralgies).

Parmi les symptômes locaux, il s’agit de mettre à part l'hypertension artérielle que nous retrouvons dans presque toutes les observations. C’est encore un des signes les plus importants de l’imprégnation plombique. Il indique les lésions trophiques du saturnisme chronique et la dégénérescence scléro-athéromateuse des vaisseaux sanguins.

Nous avons aussi plusieurs analyses d’urines et nous voyons qu'on y retrouve le syndrome urinaire caractéristique. Nous savons, en effet, que l’intoxicalion saturnine produit le ralentissement de la nutrilion et de la désassimilation; elle apporte un désordre profond dans les échanges organiques, comparable en tout point à celui de la goutte : oligurie, diminution de l'excrétion des chlorures et de l'acide phosphorique, abaissement du chiffre de l’urée avec augmentation parallèle de l'acide urique.

Il est un symptôme que nous trouvons signalé plusieurs fois et que nous trouvons seul positif dans l'observation que nous citerons tout à l'heure.

Mayençon et Bergeret nous disent que, parfois après un usage assez longtemps continué de sels saturnins, les reins et l'urine contiennent des traces de plomb. M. Meillère, qui a examiné les urines d’un très grand nombre de saturnins, nous dit qu’en dehors des crises le plomb s'élimine en très petite quanüté et d’une façon très irrégulière. Cette recherche ne peut donner que des renseignements très incomplets sur la marche d'un saturnisme chronique. « Le plomb a été rarement rencontré à dose appréciable dans l'intervalle des accès aigus ou épiphénomènes »; plus loin il ajoute : « La médicalion iodurée et la pilocarpine provoquent une élimination fugace dans l’intervalle des crises (1 à 3 milligrammes). »

Voici d'autre part ce qu’en pense M. le Professeur Dieulaloy : « Malgré lPaccumulalion du plomb dans les reins, l'urine des

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animaux en expérience élimine généralement peu de plomb, ce qui coïncide avec l'observation chez l'homme atteint d'intoxication saturnine. La présence du plomb dans les urines est, en effet, difficile à constater, même quand on fait prendre au saturnin de l’iodure de potassium, destiné à transformer le plomb fixe de l’économie en iodure de plomb légèrement soluble; on ne doit donc pas trop s'étonner que notre recherche soitrestée négative. »

Néanmoins, on devra toujours faire cette recherche, car l’élimination est quelquelois très hâtive et peut ainsi révéler la nature de symptômes d'origine obscure.

Quand cela ne serait que comme moyen de contrôle, il conserverait encore une grande valeur en indiquant que le plomb est dans l’économie et que l'élimination se fait bien.

OBservaTION IX (Extraite de la Thèse d’'ELKkonin)

Il s’agit de M. P..., qui fut victime d’un accident de chasse. L'histoire de la maladie est la suivante : Reçu le 17 août 1900, à l'hôpital de Kænigsberg, à la suite d’un accident de chasse arrivé de la façon suivante :

En voulant prendre son fusil appuyé contre une grille en fer, M. P... reçut toute la charge dans la région droite du flanc. Il a pu marcher quelque peu et a été obligé de se reposer en se couchant par terre, Il fut porté en voiture sans ressorts pendant #4 kil. 500 et porté à la clinique. On lui fait un pansement. De cette clinique, quatre heures et demie plus tard, il est transporté à l'hôpital.

L'examen révèle une blessure large comme les deux poings au flanc droit : on y trouve des morceaux de carton, des grains de plomb. Quelques grains étaient sortis aux premiers soins, ils manquent sur la photographie Rœntgen. Plus tard, l'extraction était faite et la blessure guérissait lentement.

Le 15 septembre, le patient était renvoyé pour suivre un autre traitement si c'était nécessaire. Le patient intenta un procès à la Société à cause de l'accident, L'opinion du professeur S... est la suivante :

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À l'examen fait aujourd’hui, on à pu constater une cicatrice bleu rouge, en forme de soleil, d’une longueur de 23 centimètres et d’une largeur de 2 à 4 centimètres, dans le flanc droit et jusqu'aux reins. La cicatrice est adhérente à la chair, spécialement à la veine de la jambe, comme le montre la photographie Rœntgen. Il y a au-dessus de la cicas trice plusieurs corps métalliques ronds qu’on peut considérer sûrement comme des grains de plomb logés et inactifs dans le flanc.

Malgré les tractus superficiels, dont quelques-uns font partie de l'os, d'importants troubles de la circulation ne sont pas constatés à la jambe. On ne remarque pas d’atrophie appréciable des muscles de la jambe blessée.

À part la cicatrice qui tient en partie avec l'os, on doit aussi considérer la présence de plusieurs corps étrangers. De plus, le professeur fait remarquer qu’on a souvent observé l'empoisonnement par le plomb dans des cas où des projectiles sont logés dans le corps. Après sept mois de traitement, on ne peut pas donner un jugement exact sur le degré de l'amélioration espérée, il est possible qu’une aggravation survienne. Sur la photographie, il y à 160 à 170 grains n° 6 de 2 mill. 3/4 de diamètre, qui font un poids d'environ 20 gr. 5.

Pendant l'examen du patient, fait pour la première fois en décembre 4905, c'est-à-dire cinq ans après l'accident, on constate que l’état est satisfaisant. On recherche des symptômes d'empoisonnement (car 20 gr. 5 de plomb ne sont pas une quantité négligeable). Mais on ne trouve pas trace de commencement d'intoxication. Pas de bordure, pas de coliques, pas de troubles de digestion. Le sang ne montre pas de changement qui fasse diagnostiquer une dégénérescence des globules rouges. Le patient est, depuis, toujours surveillé et l'urine examinée. La dernière analyse, en juillet 1906, est positive. Quantité d'urine, 2.500 grammes; ni sucre ni albumine, mais abondant précipité de

flocons noirs avec l'hydrogène suliuré.

QT

Lai,

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