‹ DE L'INTOXICATION SATURNINEChapitre 21 sur 24 · Partie expérimentale · texte numérisé non relu

Partie expérimentale

(Faite sous la direction et avec la collaboration du Professeur agrégé SABRAZÈS)

Nous avons pris six cobayes mâles, de poids et d'âge équivalents. Nous les avons nourris en pleine campagne, dans une grande serre, Jusqu'à la date du 21 octobre; puis ils ont été transportés à Bordeaux le 22 octobre el mis en cage le 23.

A deux nous avons introduit 14 grains de plomb (n° 11) sous la peau. dans la région postérieure du dos, au niveau des cuisses.

À deux autres nous avons introduit 14 morceaux de fer d’une grosseur équivalente à celle des grains de plomb de l'expérience précédente. ;

Aux deux derniers enfin, nous n’avons rien fait prendre. Nous les avons élevés dans les mêmes conditions que les quatre autres. Ce sont les témoins.

A diverses reprises nous avons fait trois frottis avec le sang pris à l'oreille.

ExPÉRIENCE I

Cobaye I. Plomb. Poids, 500 grammes. 6 septembre 1907.

Avant le plomb :

4 septembre 1907. Quelques hématies sont polychromatophiles (parfois une à trois par champ). Pas d'hématies à granulations basophiles. Pas de

globules rouges nucléés.

LAVONES

Introduction du plomb le 7 septembre.

Quatre jours après :

11 septembre. Beaucoup plus de polychromatophiles (une quinzaine par champ). Hématies à granulations basophiles nombreuses, à granulations généralement fines. On en trouve de toutes les variétés, généralement orthochromatiques. Quelques-unes très polychromatiques. Quelques microcytes; quelques formes en pessaire. Pas de globules rouges nucléés.

17 septembre. Une dizaine de polychromatiques par champ. Le nombre des hématies à granulations basophiles a baissé. Cependant on en trouve parfois encore deux à trois par champ. Les grains sont assez gros. Présence de globules rouges nucléés avec granulations dans le protoplasma. On en rencontre sans difficulté assez souvent deux à trois par champ. Le noyau est piknotique, parfois karyorrhexique.

22 septembre. Polychromatiques nombreux. Hématies à granulations basophiles plus nombreuses et de toutes les dimensions. On en compte trois et quatre par champ. Globules rouges nucléés avec granulations basophiles. Inégalité de volume et de coloration des hématies. On compte même neuf hématies à granulations basophiles dans un champ.

10 octobre. Cinq à six polychromatiques par champ. Hématies plus pâles. Hématies à granulations basophiles nombreuses (deux à trois par champ). Parfois petit bâtonnet irrégulier dans l'hématie à côté des granulations. Ce sang est devenu pâle. Inégalité de volume des hématies. Les granulations deviennent plus rares, mais plus grosses. On trouve des globules rouges nucléés, à noyau irrégulier, à encoches, avec gTanulations basophiles, à protoplasma souvent orthochromatique.

19 octobre. Polÿychromatiques assez nombreux, cinq à huit par champ. Rares hématies à granulations basophiles. Quelques globules

rouges nucléés.

ExPÉRIENCE Il

Cobaye IT. Fer. Poids, 470 grammes. 6 septembre 1907. Avant le fer :

Frottis du 6 septembre. Quelques polychromatiques, deux à trois par champ. Pas d'hématies à granulations basophiles. On introduit le fer le 7 septembre.

Le 0e

Cinq jours après :

12 septembre. Polychromatiques plus nombreux. Rarissimes hématies à granulations basophiles. On en trouve une seule dans une préparation. Pas de globules rouges nucléés.

Mort accidentellement le 17 septembre 1907. On n'a pas fait d’autopsie.

Expérience III

Cobaye IIL. Plomb. 470 grammes. 6 septembre 1907. Avant le plomb :

4 septembre. Polychromatiques peu nombreux, un à deux par champ. Pas d’hématies à granulations basophiles. Pas de globules rouges nucléés.

Le 7 septembre, on introduit sous la peau du dos quatorze grains de plomb (n° 11).

Dix jours après :

17 septembre. Polychromatiques en nombre considérable, quinze et plus par champ. Hématies à granulations basophiles pas très nombreuses,, généralement fines. Granulations basophiles dans les globules rouges nucléés qui ne sont pas très nombreux (on en trouve çà et là un à deux par champ).

En somme, beaucoup plus de polychromatiques, mais relativement moins d’'hématies à granulations basophiles.

28 septembre. Même état que dans la précédente lame. Pas de granulations basophiles. Beaucoup de polychromatiques. Pas d’hématies nucléées.

5 octobre. Polychromatiques en assez grand nombre. Deux hématies à granulations basophiles par champ assez souvent. Pas d’hématies nucléées.

10 octobre. Les polychromatiques ne sont pas très nombreux. Hématies à granulations basophiles en assez grand nombre (deux par champ en moyenne). Présence d'un globule rouge nucléé dans un champ ; pas de granulations basophiles dans son protoplasma.

Mort accidentellement.le 25 octobre 1907. On n’a pas fait d’autopsie.

sb 0

ExPÉRIENCE IV

Cobaye IV témoin, 460 grammes. 6 septembre 1907. 10 octobre. Peu de polychromatiques, deux à trois par champ. Très rares hématies à granulations basophiles. On en trouve une dans une

préparation. Pas de globules rouges nucléés.

49 octobre. Polychromatiques peu nombreux. Très rares hématies à granulations basophiles. On en rencontre deux dans une préparation.

ExPÉRIENCE V

Cobaye V. Fer. Poids, 485 grammes, le 6 septembre 1907.

Avant le fer:

7 septembre 1907. Peu de polychromatiques. Très rares hématies à

granulations basophiles, deux dans une préparation.

On introduit 14 morceaux de fil de fer le 10 septembre.

24 septembre. Très peu de polychromatiques. Pas d'hématies à granulations basophiles. Pas de globules rouges nucléés.

» octobre. Peu de polychromatiques. Rarissimes hématies à granulations basophiles.

10 octobre. Peu de polychromatiques, un à deux par champ. Pas d’'hématies à granulations basophiles. Pas de globules rouges nucléés.

19 octobre. Comme la précédente. Rien de particulier.

ExPéRIENCE VI

Cobaye VI témoin. Poids, 400 grammes, le 6 septembre 1907.

Frottis du 19 octobre 1907.

Peu de polychromatiques. Rarissimes hématies à granulations basophiles. On en trouve quatre dans une préparation par un examen pro-

longé. Pas de globules rouges nucléés.

ExPÉRIENCE VII Chien. Plomb ab ingestis.

Avant l’expérience :

17 juillet. Le sang de la circulation générale contient des polychro-

MN, matiques en assez grand nombre. Pas de globules rouges nucléés. Pas d'hématies à granulations basophiles.

On lux fait avaler ce jour-là cinq rondelles de plomb, grandes comme des pièces de 50 centimes.

19 juillet. Beaucoup de polychromatiques. Beaucoup de globules rouges nucléés. On en trouve souvent deux et trois par champ. Rares hématies à granulations basophiles.

20 juillet. Les piqûres saignent abondamment. On est obligé de cautériser au fer rouge. Beaucoup de polychromatiques. Le nombre des globules rouges nucléés est devenu considérable. On en trouve fréquemment deux par champ. Beaucoup des globules rouges nucléés ont des lacunes dans leur protoplasma hémoglobinifère, comme des vacuoles : il s’agit de #ormoblastes. Leur protoplasma est ordinairement orthochromatique. On trouve de rares mégaloblastes. Quelques rares normoblastes ont des granulations basophiles. Il y a quelques rares normoblastes qui sont polychromatiques.

Voici la formule leucocytaire :

Polynucléés, 53,70 °/,; lymphocytes, 5 °/,; mononucléés, 11,2 °/, ; éosinophiles, 7,20 °/, ; normoblastes, 22,4 °/, ; pas de myélocytes.

24 juillet. Le chien chancelle sur ses jambes.

25 juillet. Le chien est tout à fait déséquilibré. Il a de la raideur dans les membres, surtout au membre antérieur gauche. Il porte des ulcérations sur le museau et sur la lèvre inférieure qu'il s’est faites en tombant.

27 juillet. Le chien est beaucoup mieux. Il peut se tenir sur ses jambes quoiqu'en titubant. Il a l'air plus gai, il s’est promené dans la cour. Il répond quand on lappelle et il remue la queue. La tête est toujours tournée du côté droit. Il tombe sur le côté droit quand il veut faire des mouvements trop vifs.

{1 août. Le chien se tient sur ses quatre jambes relativement bien quoiqu'encore titubant. Polychromatiques assez nombreux. On en trouve un par champ en moyenne. Quelques globules rouges nucléés à

protoplasma polychromatique.

Expérience VII

Mème chien qu'en juillet. Plomb ab engestis.

Avant l'expérience :

Frottis du 11 novembre. Polychromatiques assez nombreux (quatre à cinq par champ}. Pas d'hématies à granulations basophiles. Leucocytose d'un haut degré. Beaucoup de plaquettes sanguines.

Voici les rapports réciproques des globules blancs :

Polynucléés, 73,41 ‘/,; lymphocytes, 9 °/,; grands mononucléés, 10,05 °/, ; éosinophiles, 7,53 °/,. Pas de Mastzellen.

Ce jour-là, on lui fait avaler huit rondelles de plomb, grandes comme des pièces de 50 centimes. :

Deux jours après l'expérience :

13 novembre. Trois à quatre polychromatiques par champ. Globules rouges nucléés nombreux, deux, trois, quatre par champ (on en trouve même sept dans un champ). Ce sont des normoblastes. Beaucoup ont des granulations basophiles dans le protoplasma. Le noyau est souvent karyorrhexique. Présence d’hématies à granulations basophiles rares, mais un bon nombre de globules rouges nucléés en contiennent. On trouve quelques mégaloblastes.

Formule leucocytaire : à

Polynucléés, 79,42 */,; lymphocytes, 5,99 */,; grands mononucléés, 8,24 °/,; éosinophiles, 6,36 °/,; formes dites de transition, 0,37 °/..

On trouve au moins deux fois plus de globules blancs que dans la préparation précédente.

15 novembre. Polychromatiques nombreux (quatre à cinq par champ). Présence de globules rouges nucléés en grand nombre. Plusieurs champs en ont montré deux. La plupart sont des normoblastes. Un bon nombre contiennent des granulations basophiles.

Formule leucocytaire :

Polynucléés, 67,10 */,; lymphocytes, 17,28 °/,; grands mononucléés, 8,81 */,; éosinophiles, 7,78 °/,; Îormes dites de transition, 0,33 °/..

On ne trouve guère moins de globules blancs que dans la préparation précédente.

Es

L'étude expérimentale de l’intoxication par le plomb, après inclusion sous la peau de grains et de balles de plomb, aurait exigé un temps très long que nous n’avons pu lui consacrer.

Aussi cette étude sera-t-elle continuée par d'autres que par nous.

Considérations hématologiques

E. Braatz se demande si les hématies à granulations basophiles, dont la valeur diagnostique au début du saturnisme est actuellement incontestée, ne seraient pas l'indice de l’intoxication commençante dans les cas où des sujets ont du plomb dans l'organisme à la suite de coups de feu. Il n'apporte, du reste, aucune preuve à l’appui de son assertion.

M. le Professeur agrégé Sabrazès s'était posé cette question dès 1900, lors de ses premières publications sur les hématies à granulations basophiles dans le saturnisme expérimental et clinique.

Le 9 janvier 1901, ainsi qu'il l'a rappelé récemment dans le journal qui a publié le travail de Braatz, M. Sabrazès communiquait à la Société linnéenne de Bordeaux l'observation suivante, provenant du service de M. le Professeur Lanelongue, qui est ainsi résumée dans les comptes rendus :

M. Sabrazès a constaté la présence, dans le sang d'un sujet qui avait reçu une charge de menu plomb dans un bras, d’un nombre considérable d’hématies à granulations basophiles. Le coup de fusil avait été le point de départ d’une infection avec développement de gaz dans les tissus; dans la plaie, largement drainée, on injectait de l’eau oxygénée comme antiseptique. M. Sabrazès pense que la présence d'un grand nombre de grains de plomb dans les tissus explique l’apparition dans le sang d'hématies à granulations basophiles (le plomb se serait solubilisé partiellement par oxydation et aurait provoqué ce trouble de l’hématopoièse). Dans un cas de septicémie gazeuse consécutive à une plaie contuse (sans intervention de plomb) bien que le tableau clinique se superposàt à celui du précédent malade,

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