CHAPITRE III
SYMPTOMATOLOGIE
Ce qui frappe, à la lecture des observations, c’est lapparilion brusque des premiers symplômes el l’évolution rapide de la maladie.
Aux douleurs très vives du début viennent s’ajouter aussitôt tous les autres signes de l’invaginaton et le malade succombe, sans une intervention précoce.
Dans deux cas cependant (Obs. 2 et 4), le tableau clinique est un peu différent : l'évolution est plus lente, l'apparition des premiers symptômes remonte dans un cas à trois semaines et dans l’autre à deux mois : il s’agit d'accès douloureux dans l'abdomen, de véritables crises, “suivies d’une sédation de quelques jours, après lesquels la maladie s’installe définitivement.
Il semble qu'il y ait là deux formes d’une même maladie, une forme aiguë et une forme chronique ; mais nous ne nous attacherons pas à cette division pour l'étude de la symptomatologie.
Quel que soit le début de l'affection et la durée de
son évolution, les symptômes qui la caractérisent
sont les mêmes, à part quelques particularités que nous signalerons au cours de notre développement.
Nous envisagerons d’abord les symptômes locaux de l’invagination et nous lerminerons ce chapitre par les signes généraux qui représentent son retentissement sur tout l'organisme.
Parmi les symptômes locaux, deux sont surtout importants : la douleur et la tumeur.
La douleur est presque toujours le premier signe qui appelle l'attention. C'est le symptôme le plus constant, le plus persistant et le plus cruel. Son début est toujours brusque. A ce caractère de soudaineté, elle joint celui d'être excessivement violente et très aiguë : c'est une véritable colique, de plus en plus vive, s'accompagnant d’un sentiment de torsion et de déchirement et déterminant une angoisse extrême. Elle diminue ensuite graduellement ou rapidement, pour reparaitre à intervalles variables, soit le jour, soit la nuit, privant ainsi le malade de tout sommeil. Son siège et son étendue sont très variables : tantôt diffuse d'emblée, elle s'irradie à tout l'abdomen, tantôt elle se localise plus spécialement dans la zône qui correspond au leu de linvaginalion. Suivant ce siège, elle se manifesie alors avec une intensité particulière au niveau de la fosse iliaque, dans les flancs ou dans les hypocondres.
La tumeur est le symptôme pathognomonique, mais c'est un signe moins constant et elle peut passer inaperçue : cela lient surtout à son volume qui est très variable, à l'état des anses intestinales qui la constituent et à la situation qu’elle occupe par rapport aux plans superficiels. De forme ordi-
nairement cylindrique et plus ou moins allongée, la tumeur présente de grandes variations dans son volume suivant qu'une petite portion seulement d’anse intestinale a subi l’invagination ou que celle-ci comprend, comme cela se présente dans deux des Cas qui nous occupent, la portion terminale de l’iléon, le cæœcum et une grande partie du colon. Sa consistance n’est pas toujours la même : le plus souvent assez dure et résistante par suite de la turgescence qu'occasionne la congestion, elle peut être aussi d’une consistance pâteuse, mollasse ce qui permet la confusion avec des anses intestinales renfermant des matières. Seule, la sensibilité que réveille presque toujours la pression faite à ce niveau pourra faire éviter une semblable erreur.
Enfin, cette tumeur est presque toujours située assez profondément dans le ventre et on ne la trouve jamais unie à la paroi antérieure de Pabdomen par une Zône enflammée. Il faudra donc toujours déprimer assez fortement la paroi du ventre pour l’atteindre, mais souvent on en sera empêché par la douleur et par la réaction de défense des muscles abdominaux.
Comme sa constatation est d’une importance capitale on sera autorisé à donner du chloroforme pour vaincre la contraclure de la paroi et obtenir la résolution complète. Tout sera préparé en même temps pour une laparotomie immédiale au cas où les renseignements fournis par cette nouvelle exploration seraient positifs.
Un des derniers caractères de cette tumeur et l'un des plus frappants, c'est sa progression. Formée dans la fosse iliaque droite, au niveau de la portion
ÉORES
terminale de l'intestin grêle, on la voit émigrer régulièrement en suivant la direction du gros Intestin et venir occuper successivement le flanc, lhypocondre droit, se cacher sous le foie, pour venir faire saillie à la région épigastrique.
I nous reste à examiner parmi les symptômes locaux ceux que nous fournissent l'examen du tube digestif et l’état de la paroi abdominale.
L'état de la langue n'offre rien de particulier, elle est quelquefois sale et chargée ce qui tient aux phénomènes généraux de la maladie.
L'appétit peut être conservé, maïs 11 est généralement aboli ou très diminué par suite de la fréquence des vomissements et des nausées. Même lorsqu'il est conservé, le malade refuse de s’alimenter par crainte des crises paroxystiques que provoque la digestion.
Les vomissements constituent un des symptômes les plus précoces et les plus persistants. Ils apparaissent de bonne heure, quelquefois en même temps que la douleur ; ils sont d'abord alimentaires, puis ils deviennent vite muqueux, bilieux et porracés, rarement ils sont fécaloïdes. Ils peuvent quelquefois manquer, ce qui tient à ce que le cours des malières est simplement entravé mais pas complèlement arrèté. Cet élat de choses s'observe dans les cas où l’invagination s'installe plus lentement, dans ce que nous pourrions désigner sous le nom de forme chronique.
Nous ferons la même remarque en ce qui concerne l'émission des selles et des gaz; elle peut être complètement supprimée ou conservée en partie. La dlatabilité de l'intestin, comme l'a fait remarquer
Cruveilhier, est tellement considérable que, malgré l'intussusception, il reste encore une lumière perméable dans la partie invaginée. On trouve alors tous les intermédiaires entre une constipation opiniâtre et la diarrhée abondante, avec odeur infecte des matières.
Quelquefois on peut constater (Obs. 5), et cela se rencontre plus particulièrement chez les enfants, l'évacuation de sang et de mucosités par l'anus, s’accompagnant d’un peu de ténesme et pouvant faire croire à l’existence d’une dysenterie.
L'examen du ventre est difficile, à cause de la douleur. Les muscles sont, en effet, tendus par une contracture de défense, ce qui donne au ventre, surtout au moment des crises douloureuses, une sensation de dureté anormale et un aspect rétracté. On trouve cependant (Obs. 2 et 4) un abdomen relativement flasque avec une palpation peu douloureuse, qui se rapporterait plutôt à la forme chronique.
La sensibilité à la pression est relativement faible, sauf dans les cas où l’invagination coïncide avec le développement d’une péritonite tuberculeuse. Elle est quelquefois beaucoup plus nette dans la zône qui correspond à la tumeur. |
Un fait très important à constater c’est qu'il y à peu de météorisme, souvent même il n'y en à pas du tout. L'absence de fluctuation et de matité, sauf au niveau de la tumeur, éloigne l'idée de liquide dans la cavité abdominale.
Il nous reste à parler des symptômes généraux qui ne sont ni moins frappants, ni moins rapides dans leur apparition et qui se montrent d'autant plus rapidement que l’invagination est plus serrée,
L'intensité de la douleur, l’insomnie, les troubles de la nutrition produisent des altérations constitutionnelles graves qui se traduisent par de lanémie et de la cachexie. Les malades sont pâles, amaigris, très affaiblis et dans un état de prostration complète. Le facies est anxieux, les traits*sont tirés, les yeux excavés et cerclés de noir : l’état général est déplorable. La teinte terreuse des téguments en impose parfois pour une affection cancéreuse, mais cet état peut provenir aussi des lésions profondes de la tuberculose pulmonaire qui à pu précéder la tuberculose intestinale.
Le pouls est augmenté, petit ef misérable.
La respiration est brève et fréquente.
La température est à peu près normale; on peut trouver un peu d'hypothermie ou une légère élévation qui trouve son explication dans d’autres lésions tuberculeuses concomittantes.
L'examen devra se compléter par la recherche des signes que peuvent présenter les poumons.