CHAPITRE III
Traitement
Le doute, dans lequel la clinique laisse le chirurgien, sur l’étiologie des accidents d’invagination, n'influe heureusement en aucune façon sur le mode de traitement.
Un obstacle quelconque empêche Ia circulation des matières dans le tube digestif, il faut, ou supprimer l'obstacle, ou déiourner le cours des matières d'un autre côté. Le traitement chirurgical est, dans l'immense majorité des Cas, le seul capable de produire ces heureux résultats.
Si le diagnostic très difficile, d’invagination intestinale par polype a pu être porté, nulle hésitation n’est permise; l’intervention opératoire, seule, si elle est pratiquée dans de bonnes conditions, amènera la guérison sans récidive, par lexérèse de la tumeur. La principale condition de réussite réside dans le diagnostic précoce, suivi d'une intervention hâlive. Il faut que l’on sache bien que ce n’est pas l’opération elle-même qu'il faut rendre responsable des cas d’in-
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succès, mais bien plutôt la négligence du malade, ou celle du médecin qui a trop temporisé.
À notre avis, il n'y a qu'un cas, hormis celui où le malade ou son entourage refusent l’intervention, où le diagnostic posé, il y ait une indication de ne pas opérer: c'est lorsque le malade est agonisant et que ses lésions viscérales sont telles, que la mort n’est plus qu'une question d'heures. En conséquence, une invagination étant soupçonnée, si l’on se trouve en présence de symptômes faisant redouter à brève échéance les phénomènes d’occlusion, nous pensons, qu'il est du devoir du praticien, de ne pas, rester dans l’expectative, et de proposer immédiatement l’intervention chirurgicale.
Il se présente parfois des cas où les symptômes sont si peu accentués, où les accidents revêtent une forme si bénigne, que le médecin ne sait trop de quel côté orienter son diagnostic; s’il pense à une invagination, il pourra, devant le peu de gravité de l'état du malade, tenter là réduction par l’emploi de traitements dits médicaux.
Trailement médical. — Il ne saurait plus être question aujourd’hui, de l'ingestion de mercure à hautes doses, méthode qui aurait été employée autrefois pour réduire l’invagination; on ne comprend pas d'ailleurs très bien comment le poids du mercure, agissant dans le même sens que celui du boudin, pourrait produire cet heureux résultat.
Le massage préconisé par Leichtenstern, paraît vraiment n'être capable que de faire progresser l’invagination: Il provoque un spasme dont l'effet est de tétaniser l'intestin qui se trouve au-dessus de la lésion, et de le pousser à la suite du segment invaginé.
Le lavement électrique, l’insufflation gazeuse, l'injection rectale, pourront être essayés dans les premières heures.
Ces traitements qui ont été suivis de quelques succès seront d'une inefficacité presque certaine, s’il s’agit d’inva-
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ginalion intestinale par polype. D'ailleurs, si on réussissait à désinvaginer, le mieux ne subsisterait pas longtemps, le malade restant sous le coup d’une récidive, provoquée par la tumeur toujours existante.
Après échee de ces divers procédés, les accidents resant bénins et le diagnostic douteux, le traitement médical à instiluer sera le suivant: on mellra de la glace sur le ventre, on surveillera lPélat du péritoine, on appai- Sera la douleur par le chloral la morphine ou la belladone; on se gardera toutefois d’abuser de ces calmants qui pourraient masquer des phénomènes graves, indiquant une intervention absolue et rapide. On évitera surtout Femploi des purgalifs, qui ne réussiraient qu'à réveiller la contracülité intestinale et à faire progresser l'obstacle.
Si les accidents ne s’améliorent pas, el il en sera presque toujours ainsi dans linvagination intestinale par polype, on saura ne pas s’attarder aux traitements médicaux el on proposera la cure opératoire.
Träitement chirurgical. — Nous ne nous étendrons pas longuement sur l’exposé des divers procédés chirurgicaux, ni sur la technique opératoire, très bien décrits dans l’excellente thèse de Gernez. Nous donnerons seulement quelques indications propres aux conditions spéciales, créées par Pexistence d’une tumeur.
Parmi les différentes méthodes proposées, nous citerons d’abord la désinvagination, suivie de l’entérotomie.
Désinvagination. — C’est, quand elle est possible, l’opération la plus simple; procédé de douceur exigeant des manœuvres combinées de traction et d'expression. Pas de tiraillements violents qui n'auraient pour résultat que de déchirer le collet, ou de léser la paroi intestinale. On ne cherchera à désinvaginer que s’il n’y a pas d’adhérences, si le collet et la gaine paraissent sains, si les accidents sont récents.