DE L INVENTION DANS LA PRATIQUE DE LA VERTU
L'imagination ne nous rend pas moins de services dans la conduite de la vie et dans la pratique de la vertu que dans l'étude des sciences.
Pour pratiquer la vertu, trois conditions sont nécessaires, la connaissance du bien, l'amour du bien et la force de volonté capable de surmonter les obstacles intérieurs et extérieurs ; cette énergie de caractère nous est donnée par l'amour du bien. La plupart des moralistes se sont occupés surtout des deux dernières conditions : ils se sont attachés à montrer combien il nous faut de force pour accomplir notre devoir, combien la faiblesse a de suites dangereuses ; ils ont décrit les combats qu'ilnous faut soutenir contre nos passions, ils ont indiqué par quels moyens nous pouvons augmenter en nous la puissance de la volonté et l'amour des autres hommes. Quant h la connaissance du bien, on a négligé d'examiner en quoi elle consiste et d'où elle nous peut venir. Socrate. il est vrai.
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enseigne que la vertu et la science sont identiques ; mais ceux qui ont discuté cette théorie se sont attachés principalement à faire voir que de lacunes elle présente. D'autre part, l'exposé en est étroitement uni, chez Platon, à celui de la théorie de la réminiscence qui demeure fort obscure et n'est peutêtre qu'une allégorie ; de sorte que cette question est encore pendante : Gomment acquérons-nous la notion du bien, c'est-à-dire de ce que nous devons faire dans les conditions où nous nous sommes placés?
On a répété souvent et avec raison que les passions nous empêchent de faire notre devoir. Ce n'est là qu'une partie de la vérité : elles nous empêchent tout d'alDord de le connaître ; elles n'apportent pas, en effet, moins . d'obstacles à la lucidité de l'esprit qu'à l'énergie de la volonté.
Quelques auteurs ont soutenu que rien n'est plus facile pour nous que de connaître notre devoir. Nous n'avons, disent-ils, qu'à rentrer en nous-mêmes, qu'à écouter la voix de notre conscience ; elle nous dicte ce que nous avons à faire et nous fournit dans tous les cas qui nous embarrassent une décision infaillible. Dieu, qui soumettait tous les hommes à la loi morale, ne pouvait manquer de leur faire connaître cette loi qu'il leur imposait et il leur a enseigné toutes leurs obhgations :
Dixitque semel nascentibns auctor Q'iiclquitl scire decel (1).