‹ De l'invention dans les arts, dans les sciences et dans la pratique de la vertuChapitre 3 sur 25 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

juge comme Cardaillac : « Sa libre nature semble fuir toute contrainte, et se dérober même à un regard trop curieux. Ondoyante et diverse, elle revêt toutes les formes; toujours présente, quoique non toujours aperçue, et jamais plus forte que lorsqu'elle se dissimule. Tour à tour faible ou puissante, elle effleure à peine la conscience et, le moment d'après, l'envahit tout entière... Comment imposer des lois à la fantaisie, dont l'essence même semble être de n'en pas avoir, et qui est pareille à ces composés trop subtils que l'on voit fuir et s'évaporer tout entiers dès qu'on veut les analyser (i). »

C'est encore l'étude de l'imagination reproductrice et surtout des phénomènes curieux qu'elle produit lorsqu'elle est surexcitée ou extraordinairement développée, qui fait à peu près seule L'objet du livre de iM. Joly (2); pour l'imagination créatrice, dont il est question dans les derniers chapitres, M. Joly est bien loin d'en avoir reconnu le véritable caractère et la loi suprême : « L'imagination, dit-il, n'est pas une faculté spéciale, une puissance vraiment à part et singulière : nous groupons sous ce mot les formes changeantes, les phases nombreuses et graduées de cette lutte de tous les instants, dans laquelle l'esprit, sollicité par les impressions de la nature, tantôt s'abandonne à elles, tantôt les ressaisit, les organise et s'efforce de faire rayonner, dans les ensembles harmonieux qu'il forme avec elles, sa divine et immortelle beauté (3). »

D'où vient donc cette opinion si répandue et si souvent exprimée, que l'exercice de l'imagination n'est soumis à aucune loi ou

(1) N. MicHAUT, Vlmaginalion. Introduction.

(2) H. Joly, Vlmaginalion. — Hachette, Bibl. des merveilles, 1877.

(3) Op. ciU., p. 261 et dernière.

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