X INTRODUCTION
que les lois en sont tellement multiples, variables et incohérentes qu'il est impossible de les réduire en une théorie scientifique? C'est que le mot imagination est pris dans des acceptions très diverses et qu'on l'emploie pour designer des faits qui n'ont entre eux que de très faibles analogies. Le langage philosophique, en effet, est loin de présenter les mêmes avantages que le langage scientifique, et il ne pourra probablement jamais atteindre à une précision aussi rigoureuse.
Vous entendez sans cesse répéter les mêmes plaintes : « C'est la mode aujourd'hui, parmi les savants, d'inventer une foule de mots barbares, que personne ne comprend à moins d'être initié ; ne pourraient-ils donc pas parler comme tout le monde? » C'est là au contraire, à notre avis, un grand bien. La bizarrerie même et la résonnance désagréable de ces mots les empêche de tomber dans l'usage journalier et de perdre leur acception propre et déterminée; ceux-là seuls les peuvent employer qui les comprennent et savent ne les prononcer qu'à propos-. Les questions philosophiques, au contraire, sont de celles qui intéressent tous les hommes sans exception ; un grand nombre s'ingèrent de les discuter sans préparation suffisante ; il en résulte que les termes du langage philosophique passent dans le langage journalier. Comme tous les mots usuels, chacun les emploie tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et il devient très difficile d'en reconnaître la véritable signification. Les questions de mots en philosophie ne sont donc pas à beaucoup près aussi futiles qu'on le croit généralement. Il importe, en effet, de suppléer à l'absence ''un langage spécial, en déterminant d'une manière précise le que l'on doit attacher à chaque expression. L'on sait avec
^ "n Socrate recherchait une exacte définition des mots.
sens
donc que l'imagination? On la définit souvent la
quel SOI- Qu'est-ce
INTBODUCTION, XI
faculté qui conserve et reproduit les images des objets que nous avons perçus. Mais une analyse attentive des phénomènes psychologiques nous montre que cette reproduction des images est loin de présenter toujours les mêmes caractères. Or, si dans les phénomènes qui la constituent il est impossible de reconnaître les manifestations d'une loi unique, on peut du moins les ramener tous à deux types nettement déterminés.
La représentation d'une image est toujours jointe à la conception d'une idée déjà antérieurement conçue et qui n'est pas immédiatement suscitée en nous par l'action de l'objet auquel elle se rapporte. Ce retour d'une notion est dû à l'association des idées. Telle est, en effet, l'activité de notre esprit que, alors même que notre attention n'est attirée par aucun phénomène actuel, il continue de penser par son énergie propre, et passe de la conception d'une idée à celle d'une autre. Le plus souvent, si une idée se présente à nous à la suite de la première, c'est qu'il existe, et que nous avons constaté entre les objets qu'elles désignent, un rapport de ressemblance, de contiguïté dans l'espace, de succession ou de simultanéité dans le temps. Par conséquent, si nous allons de l'une à l'autre, c'est parce que nous l'avons déjà fait et que, en vertu d'une habitude qu'a contractée notre intelligence, nous répétons ce que nous avons déjà pensé.
La résurrection de l'image, en pareil cas, est attribuée par la plupart des philosophes à une faculté spéciale qu'ils appellent l'imagination sensitive ou reproductrice. Il y aurait tout avantage, nous le croyons du moins, à renoncer à cette dénomination : l'image, en effet, accompagne constamment le souvenir, et l'une ne saurait jamais se produire sans l'autre. Il serait donc juste de rapporter ces deux phénomènes à la même faculté, essentiellement reproductrice, la mémoire. Nous pourrions alors