CHAPITRE IIL
Faut-il renoncer à l’emploi de l’iodoforme, dans la crainte de voir se produire les accidents dont nous avons parié, comme l’a proposé Kocher, faisant allusion à ceux que détermine l’intoxication par absorption, accidents bien autrement fréquents ? L
Agir ainsi, ce serait oublier que les mécomptes locaux dus à cet agent chirurgical ont été signalés très rarement et toujours dans des conditions de susceptibilité, difficiles à expliquer et impossibles à prévoir.
Que conviendra-t-il donc de faire aux premières manifestations érythémateuses, prurigineuses ?
Rien de plus simple et de plus sûr.
Tout d’abord, par la suppression de l’iodoforme, le mal évoluera vers la guérison, lentement il est vrai, en une ou deux semaines, suivant la gravité des cas. Mais bien différente sera la marche des accidents, si l’on applique sans retard le traitement curatif que nos recherches personnelles nous ont fait découvrir.
Du jour où nous constatimes sur nous cette action irritante, nous entreprîimes des expériences, en vue de
EAU nous prémunir contre cette susceptibilité, ou tout au moins d’atténuer les symptômes les plus pénibles qui en sont la conséquence, les démangeaisons principalement.
Nous avons eu la bonne fortune, après bien des mécomptes et des nuits troublées par le prurit expérimental, car nous avons constamment fait les essais sur nousmême ; nous avons eu, dis-je, la bonne fortune, au mois de février de cette année, de découvrir dans les agents vaso-constricteurs, alun, sulfate d’alumine, sels de fer, etc., un moyen à la fois préventif et curatif rapide, pour enrayer radicalement la marche des accidents ; moyen d'autant plus précieux, qu’outre son efficacité, 1l est d’un maniement facile et nullement dangereux.
Apres bien des expériences faites avec divers astringents, nous préconisons spécialement l’alun en solution saturée, el le sulfate de protoxyde de fer en solution de 10 à 30 pour 100, suivant la gravité et le siège des accidents. Ces deux substances ne sont à l'extérieur ni caustiques, ni toxiques et ne peuvent donner lieu à aucun inconvénient. On peut se les procurer partout, même dans les épiceries, où le sulfate de fer est connu sous le nom de vitriol vert ou de couperose verte.
Si nous avons choisi le sulfate de protoxyde de fer et l'alun, ce n’est pas uniquement à cause de leur prix modique et de la facilité de les avoir à sa disposition; d’autres agents astringents possèdent la même vertu à l’égard de liodoformisme, mais ils offrent des inconvénients multiples. Le sulfate de zinc et de cuivre sont caustiques, ils peuvent produire des phénomènes de gastro-entérite ; de plus, le sulfate de cuivre passe pour être un vaso-dilatateur. Il va donc, comme le tanin, à l’en-
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contre du but proposé. L’acétate de plomb, en présence d’émanation d'hydrogène sulfuré, forme un sulfure de plomb noir insoluble.
Nous avons rejeté les sels de sesquioxyde de fer, à cause de leur forte coloration, le perchlorure parce qu’il ne se trouve guère qu'à l’état liquide, et qu’il contient ordinairement un excès d’acide chlorhydrique. L'idée nous est venue d’utiliser l’oxalate, sel incolore et incapable de tacher, mais il est peu soluble, et son efficacité s’est montrée médiocre.
C’est donc l’alun et le sulfate de protoxyde de fer que nous préconisons. La légère coloration que donne ce dernier disparaît très facilement par l'acide oxalique. Ces deux médicaments se sont toujours montrés infaillibles en ce qui nous concerne, nous dirions même héroïques, si cette expression ne semblait prétentieuse, eu égard au but recherché.
Passons maintenant à l'application de notre méthode ; voici en quoi elle consiste :
Tous les téguments atteints par l’érythème ou les vésicules doivent être badigeonnés avec soin, au moyen d’un gros bourdonnet de coton hydrophile imbibé de la solution choisie.
Il ne suffit pas d’exprimer rapidement le tampon sur les parties malades; le liquide glisse sur la peau comme une gouttelette d’eau tombant sur un corps gras ; il faut, si lon peut s'exprimer ainsi, faire mordre le liquide. Par conséquent, il est indispensable de faire une friction assez vigoureuse et suffisamment prolongée.
Le résultat nous a paru presque nul, avec le sulfate de
PAR + RER fer ou l’alun réduits en poudre. et mélangé ou non à une poudre inerte quelconque, tale, bismuth.
La solution, au contraire, a un effet immédiat.
C'est merveille de voir en quelques instants se circonscrire et rapidement disparaître tous les désordres. Le prurit, quelques minutes auparavant intolérable, cesse comme par enchantement ; dans les cas exceptionnels où 1l reparaît, une seconde application en a vite raison.
Après lui s’affaiblit progressivement la sensation de chaleur et de cuisson ; les plaques cutanées pâlissent, les vésicules et les exsudats infiltrés se résorbent,se couvrent, vingt-quatre heures après, de quelques croûtes jaunâtres ; la desquamation est à peu près nulle.
Nous n’avons parlé jusqu’à présent que de l’action curative des agents vaso-constricteurs, nous avons hâte de dire que leur action préventive est tout aussi efficace.
Il est inutile d’insister sur les conséquences pratiques faciles à en déduire.
Est-il nécessaire de fairé ressortir les ennuis qu’éprou-vera un praticien intolérant pour l'iodoforme. N’est-il pas à craindre, en effet, qu'en présence de l’intensité et de la durée des accidents, qu’il ne saurait éviter, il ne vienne à renoncer pour ses malades, à l’emploi d’un remède dont il reconnaît cependant les avantages, et que ses confrères emploient avec succès à ses côtés ?
Pénétréde]la valeur de ces considérations, et poussé aussi, il faut bien le dire, par l’argument personnel, nous avons poursuivi nos expériences, et nous pouvons affirmer que, sur nous, les mêmes agents vaso-constricteurs ont toujours été infaillibles également comme préservatifs.
Nous nous sommes entouré des mêmes précautions
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20e indiquées plus haut, les frictions étaient faites sur les téguments exposés au contact de l’iodoforme.
Si la quantité de cette substance employée était assez considérable, il était utile de renouveler les frictions, d’en
faire deux ou trois de la cinquième à la sixième heure après le contact de l’iodoforme.